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samedi 30 novembre 2013

Tunisie, un pays zawali 8

Mais que fait M. Othman Jerandi au ministère des Affaires étrangères ?

Monsieur Othman Jerandi est de l'avis de la plupart de ses collègues diplomates un "bon type"; je le croyais aussi, ayant intégré la diplomatie peu après lui. Et j'ai sincèrement espéré, le lui disant par écrit, que le diplomate de carrière qu'il était allait être LE type — au sens vieilli du terme désignant une personne hors du commun.
En effet, pour ceux qui ont été victimes d'injustice sous l'ancien régime, comme moi, sa nomination à la tête du département a suscité bien des espoirs. Hélas, ils ont été très vite déçus!
Mais que fait donc M. Othman Jerandi au ministère des Affaires étrangères s'il ne défend pas ses collègues diplomates? Et s'il ne rend pas justice à qui l'attend encore, pourquoi ne prend-il pas la défense de l'un des hauts cadres du ministère qui vient d'être indignement diffamé par une presse censée être proche du pouvoir en place?
En effet, les journaux Al Fajr et Adhamir viennent de s'en prendre d'une manière infamante à M. Khemaies Jhinaoui, ancien secrétaire d'État, sans que le ministre ne réagisse, ne serait-ce que pour dénoncer leurs mensonges.
Indigné et outragé, je ne peux accepter pareille bassesse par esprit de solidarité. Aussi, ma conscience m'oblige à pallier ici l'inertie offensante du ministre. Je témoigne donc pour l'honneur d'un grand Monsieur que je connais personnellement, ayant intégré ensemble le ministère, et dont j'apprécie au plus haut point et les qualités humaines et le talent professionnel.
Je ne le ferai pas avant d'avoir illustré l'état déplorable dans lequel se trouve notre ministère sous la responsabilité de l'un des siens, diplomate chevronné qui plus est. Aussi rappellerai-je l'injustice dont je souffre, comme bien d'autres au département, qui ne comprennent toujours pas ce que fait M. Othman Jerandi au ministère des Affaires étrangères.
Il est bien connu que celui qui ne dit mot consent; alors, est-ce que M. Jerandi, après avoir fermé les yeux sur nombre d'injustices flagrantes du passé, consent aujourd'hui à ce que son collègue et digne serviteur de l'État que fut et reste Monsieur Jhinaoui, soit diffamé au vu et su de ses collègues?
M. Jerandi ne lève pas les injustices passées 
Comme je l'ai dit plus haut, j'ai personnellement pensé que notre ministre allait enfin lever l'injustice dont j'ai été victime sous l'ancien régime pour des raisons politiques, décidant enfin ma réintégration en diplomatie. Or, il ne fit rien, bien que cette injustice ait été confirmée par la Commission nationale d'investigation sur la corruption et la malversation (Commission du regretté A. Amor).
Bien pis, comme son prédécesseur, il a refusé de me recevoir pour l'éclairer sur les détails de mon dossier que ses services dénaturent pour le conformer à la thèse fallacieuse de l'administration d'ancien régime.
Et je ne suis pas seul dans la situation de devoir continuer à subir une injustice passée avérée. Le syndicat du ministère n'arrête de rappeler des cas multiples d'injustice s'ajoutant aux autres causes à l'origine de grèves multiples et du malaise persistant au ministère.
Il est, pour le moins, une grave indifférence chez nos collègues diplomates en charge du département aux injustices de la dictature stoïquement supportées. Pourtant, on est bien sous un gouvernement supposé être celui de la Révolution et de la juste réparation des injustices passées!
M. Jerandi ne dément pas les ragots diffamatoires
Non seulement le ministère ne lève pas les injustices d'ancien régime, il ne fait rien non plus pour défendre ses membres victimes d'attaques indignes sur la base de ragots. C'est ce qui vient d'arriver à M. Khemaies Jhinaoui qui a fait l'objet d'une diffamation de la part des deux journaux précités dans leur livraison de vendredi.  
Notons d'abord qu'Al Fajr aggrave sa violation caractérisée de la déontologie de la profession en manquant de respect à M. Jhinaoui, n'usant pas de titre de civilité à son égard, le traitant comme le font les rapports de police avec les repris de justice.
Ensuite, que ce soit pour ce journal ou l'autre supposé moins inféodé au parti au pouvoir, les nouvelles rapportées ne sont qu'un tissu de mensonges. Et d'abord, parce que M. Jhinaoui, depuis la fin de sa responsabilité en qualité de secrétaire d'État, ne touche rien d'autre que ce à quoi son grade lui donne droit comme à tout fonctionnaire ayant eu sa riche carrière.
Par ailleurs, il n'a jamais refusé de reprendre le service; c'est bien le ministère qui lui a refusé pareil droit. Déjà, tout comme moi, il n'a jamais réussi à obtenir de rendez-vous avec l'ancien ministre ni de réponse à ses multiples lettres.
Enfin, si l'actuel ministre a bien daigné le rencontrer en tant que collègue (ce qu'il me refuse toujours), il n'a rien fait pour reconnaître son droit à reprendre son service et satisfaire sa légitime revendication en ce sens.
Rappelons, d'ailleurs, que M. Jhinaoui devait être nommé en France à la fin de sa mission en tant que secrétaire d'État et avait même obtenu l'agrément des autorités françaises. Toutefois, nos autorités ont décidé de ne pas y donner suite, et ce en flagrante violation des us et coutumes diplomatiques.
Pareille violation a été par la suite renouvelée en refusant à l'ancien secrétaire d'État un autre poste en remplacement de celui de Paris ou, pour le moins, un poste de responsabilité au ministère.
Or, l'intéressé a gravi tous les échelons que son grade autorisait et se trouve au sommet d'une carrière. Aussi, l'intérêt de notre diplomatie aurait commandé de le nommer au moins conseiller au cabinet du ministre ou même du premier ministre, à défaut d'une représentation à l'étranger.
Aussi, qualifier la situation de M. Jhinaoui — qui n'a absolument rien à se reprocher — de cas de malversation qui n'aurait pas dû échapper à l'attention du syndicat du ministère (pour citer les termes indignes employés par les journaux) relève de la pure diffamation imposant une solennelle dénonciation et la plus sévère sanction.
Comme de bien entendu, les deux journaux ne manquent pas de sortir l'antienne relative au service de l'intéressé en Israël, mentant sur sa durée — qui n'a pas excédé 11 mois — et ses conditions, puisque cette affectation venait à la suite de la normalisation des rapports entre les Palestiniens, premiers intéressés, et Israël. De plus, elle s'était faite pour satisfaire à une demande expresse de la part du regretté Yasser Arafat qui comptait sur l'appui de la diplomatie tunisienne pour mieux défendre les droits légitimes des Palestiniens. Il faut dire que notre diplomatie n'avait pas encore perdu de son aura ni de sa réputation. Aussi, c'est bien au service de la cause palestinienne que M. Jhinaoui a fait son devoir de fonctionnaire avec dignité et beaucoup de mérite.
Pourquoi donc se focaliser sur cet épisode du début de la carrière de notre ancien secrétaire d'État qui relevait de plus de l'obligation de service de tout fonctionnaire dans le cadre de la politique de son pays? Comme s'il n'a pas été aussi, et depuis ces mois passés à servir la cause palestinienne, un brillant ambassadeur dans de nombreuses capitales, comme Londres et Moscou, outre ses éminentes responsabilités au département!
Tout cela prouve l'intention maligne qui n'honore pas des journaux supposés représenter la ligne du gouvernement. Certes, cela ne surprend guère de la part de publications prenant fréquemment des libertés avec l'objectivité et la déontologie journalistique. Ce qui étonne indubitablement et au plus haut point, c'est le silence du ministère, surtout celui de son premier responsable. Or, tout silence sur des faits aussi graves ne peut relever que de la complicité.
Que fait donc M. le ministre des Affaires étrangères s'il ne défend pas ses collègues ainsi traînés dans la boue? Passe encore qu'il ne rende pas la justice à ceux qui l'attendent, ne demandant même pas de réparation, juste leur droit et devoir de servir leur pays ! Pourquoi ne vole-t-il donc pas au secours de l'honneur injustement attaqué de son collègue, ancien haut responsable du pays et grand commis de l'État? 
S'il n'a nul pouvoir en son département, étant obligé d'obtempérer à des diktats venant d'ailleurs, que ne démissionne-t-il pas au lieu de cautionner l'inqualifiable?