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dimanche 19 février 2017

Sain-dicalisme et vicieux-dicalisme 2

Affaire de l'affiche de théâtre : mais qui viole l'islam ?

  


L'affaire de l'affiche d'une pièce de théâtre a fait la une de l'actualité de la semaine. Certains imams de sont indignés de ce qu'ils ont qualifié de violation de la sacralité de la foi. À leurs yeux, l'usage de mots issus d'un verset coranique est interdit en islam. Ce faisant, ils se trompent de religion, relevant du judaïsme et non de l'islam !

L'islam, religion de droits et de libertés

En effet, l'islam est une religion de droits et de libertés. L'initiative humaine y est libre, consacrée et encouragée. Le fidèle musulman, en se soumettant entièrement à son créateur, s'assure ainsi de son entière liberté sur terre pour agir et créer. En cela, il lui est même loisible de flirter avec les secrets de l'univers. C'est ce qui fait son honneur, ayant été dépositaire des visées de Dieu dans ses créatures, ainsi que le dit le Coran. 
Aussi, s'il est valide dans le judaïsme et le christianisme — qui n'ont pas d'ailleurs manqué d'évoluer pour être au diapason de ce qu'impose une vie démocratique —, le raisonnement de nos imams n'a jamais été valable en islam. Il est pour le moins saugrenu et castrateur des libertés en une religion où la liberté d'expression, l'impertinence même, a toujours acceptée et suscitée, car de la discussion et de la création libre jaillit la lumière. Or, l'islam est lumière ! 
Vouloir émasculer la création artistique au nom d'une religion qui est innocente de l'instrumentalisation obscurantiste qu'on en fait, c'est vider l'islam de tout ce qui le caractérise : son humanisme, son sens du juste et son caractère rationnel et universel. Surtout, son caractère révolutionnaire.
Et c'est, de la sorte, le rendre étranger à son époque alors qu'il est pour toutes les époques. C'est pour cela que cette religion rationaliste, qui est dans le même temps foi pour l'au-delà et politique pour la vie terrestre, a prévu l'outil de l'effort constant, l'ijtihad qui ne doit pas s'arrêter et revient, pour le moins, au début de chaque siècle.

Il n'y a pas de clergé en islam

Par le faux raisonnement qu'ils font, nos imams ne se situent donc pas dans l'enceinte de l'islam puisqu'ils font fi de son esprit, ignorant ses visées, incontournables depuis l'imam Chatibi.
De fait, tous ceux qui appellent à censurer la  création et l'art s'érigent en une caste — sinon une secte — de prêtres et de rabbin islamiques dans une religion qui ne compte justement nul clergé en dehors du chiisme, dénoncé par la majorité musulmane comme étant une hérésie.
Par conséquent, et sauf à être chiites, ils défigurent l'islam, une foi des Lumières, venue en tant que révolution mentale pour son époque et devant rester révolutionnaire pour toute époque afin que ne se figent pas les esprits. Ce qui suppose que ses préceptes soient toujours en phase avec le temps présent, sinon en avance sur lui, ce qui fait éternité et son universalité.
C'est ce qui a fait la brillante et universelle civilisation de l'islam; et c'est bien l'ijtihad qui a permis cela ! Or, comme il n'y a pas de clergé en islam, il n'est pas réservé à une catégorie déterminée en notre religion, étant ouvert à tout un chacun pour peu qu'il connaisse sa foi, la langue arabe et soit de bonne foi.
C'est un impératif catégorique en islam, car Dieu préfère celui qui cogite et se trompe au traditionaliste qui évite de cogiter pour ne pas se tromper. Pourtant, en islam, on n'aime pas les fainéants !
L'ijtihad y est un outil heuristique qui permet d'éviter que les hypocrites, dénoncés déjà par Allah lui-même — cette cinquième colonne des ennemis de l'intérieur de la religion authentique —, ne la violent, la rendant aussi étrangère qu'elle l'était au début de la révélation.

La lecture bédouine est à bannir

L'intention du syndicat de nos imams serait-elle donc de rendre l'islam encore plus étranger qu'il ne l'est devenu depuis Daech ? C'est à quoi mènent leur lecture et celle de tous ceux qui continuent à interpréter le Coran selon cette lecture judaïque liberticide. Une telle lecture caricaturale n'est pas nouvelle. Elle a même eu deux manifestations majeures dans l'histoire de l'islam.
D'abord, sous le vocable d'Israilyet, interprétation des préceptes du Coran au prisme de la Bible. Or, le Coran est venu la corriger avec des droits et des libertés qui n'y étaient pas, dont ceux de la libre création. `
Ensuite, la lecture des Bédouins, dénoncée à juste titre par le Coran qui précise que ces derniers n'ont pas une once de foi, même s'ils se targuent être musulmans du fait de posséder la langue du Coran. Ce ne sont que des musulmans d'apparence ou d'apparat, donc de faux musulmans, l'islam étant une foi qui ne s'accommode pas des fausses apparences, le coeur étant son siège par excellence et l'éthique son emblème.  
Aussi, il urge que nos autorités officielles osent mettre le holà à une telle dérive qui viole l'islam en prétendant le défendre et le protéger.  Qu'on renvoie donc les tartuffes de l'islam et ses commerçants aux classiques de la littérature musulmane aux riches heures de sa civilisation ! Ils se rendront bien compte que nos ancêtres, le salaf dont ils prétendent suivre la trace, ont été bien plus libres à lire et à incarner la religion qu'eux, et ce jusqu'à l'impertinence afin de barrer la route aux esprits rétrogrades.
Et qu'on n'excipe pas du mythe du conservatisme social, car la société dans sa majorité est libertaire, se limitant à simuler et dissimuler le conservatisme pour avoir la paix. L'exemple le plus éloquent à avancer ici est celui du voile qui pousse partout comme des champignons sur les têtes. Ce n'est pas nécessairement par piété, mais juste pour avoir la paix dans une société de plus en plus crispée du fait de l'action d'une minorité agitée qui doit se calmer.

Ce sera grâce à la loi, pour peu qu'elle soit juste, et à un retour salutaire aux vrais prétextes de l'islam, qui est d'abord justice pour tous, nonobstant leurs différences.

Publié sur Réalités
n° 1626 du 24/2 au 2/3/2017