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vendredi 6 mars 2015

Im-posture des élites 4

Quand une enquête sur le célibat se fait moralisatrice




La Presse de Tunisie du 6 mars a publié* inopportunément à la veille de la célébration de la fête des droits de la femme un article intitulé «Entre le choix et la fatalité» qu'elle sous-titre : «Le recul de l'âge du mariage favorise l'accroissement du nombre des relations sexuelles hors mariage qui peuvent engendrer des maladies transmissibles».

C'est d'autant plus surprenant qu'il est signé par une femme (Neïla Gharbi) et qu'il se présente comme une première partie d'une enquête relative au Célibat en Tunisie.

On se demande donc de quelle nature est cette enquête, car assurément, elle n'est pas sociologue, versant dans la moralisation. Serait-ce une enquête de moralité ?

Un lien contestable entre maladies et relations hors mariage
 
Dès, dès le sous-titre, on voit le parti-pris de l'auteure : les relations sexuelles hors mariage engendrent des maladies transmissibles ! Ce qui importe ainsi est moins l'acte non protégé que l'acte hors mariage, car un acte sexuel non protégé est aussi néfaste dans le cadre du mariage que hors mariage alors qu'il n'emporte aucune conséquence même hors mariage s'il est protégé.

Voilà sur quoi l'auteure aurait dû insister si elle n'avait pas un message moralisateur à passer sous forme d'enquête scientifique.

Cela est confirmé par le titre déjà où le choix (sous-entendu du mariage) n'a pour alternative que la fatalité des maladies transmissibles.

On s'étonne de ce genre de discours à caractère moralisateur sur les pages d'un journal comme la Presse de Tunisie qui est une institution  publique se devant de respecter les choix constitutionnels du pays d'un État civil où le citoyen est libre d ses choix de vie, notamment dans sa vie la plus intime.

Quand la femme est vue juste en reproductrice

L'article le confirme amplement. On commence par noter le phénomène du célibat passant du statut de priorité à celui d'aspiration, selon l'auteure pour s'alarmer : si l'institution du mariage serait en déperdition.

Voilà donc ce qui importe le plus dans l'article, bien moins que les causes de ce phénomène dont on parle à peine : longévité des études, les difficultés d'emploi ou le coût du mariage.

Ainsi, on ne s'interroge pas plus sur ces supposées causes du phénomène pour se pencher sur son impact sur la démographie, et c'est donc la procréation et la baisse de la fécondité qui retiennent l’intérêt de l'auteure, comme si la femme n'était faite que pour ce rôle ou que le rapport entre les sexes devait se limiter à une opération de reproduction et rien d'autre !

Bien qu'on note que le taux de fécondité est d'un peu plus de deux enfants par femme, ce qui est légèrement au-dessus de la norme de renouvellement générationnel, on agite un hypothétique changement de configuration démographique pour entrevoir déjà un vieillissement prématuré de la population. Et c'est du pain béni pour ressortir la ritournelle du souci des Caisses de sécurité sociale.

Le mariage comme formalité génératrice de drames

Mais le souci de l'auteure est assurément celui des relations hors mariage et le lien automatique qu'elle fait avec les maladies sexuellement transmissibles. Elle ne manque pas d'ailleurs la formule de style vantant le mariage comme assurant l'équilibre physique et psychologique.

On aurait bien aimé que Madame Gharbi à la veille de sa fête et de celles de toutes les femmes se penche davantage sur ce que représente le célibat en termes d'émancipation pour les femmes tunisiennes libérées de la pression des traditions.

En effet, contrairement à ce qu'assure son article, l'équilibre physique et psychologique est facteur de droits réels et de liberté effective que de liens du mariage qu'on conclut hâtivement sous la pression familiale pour les défaire assez vite par le divorce, ce qui occasionne les drames qu'on imagine pour les innocentes victimes que sont les enfants.

Ne vaut-il pas mieux des relations hors mariage quitte à ce que cela constitue un nouveau projet de vie que des divorces en nombre du fait de ce que le sociologue Tarak Bel Haj Mohamed qualifie de simple formalité ?

Une telle interrogation n'aurait-elle pas été plus pertinente avec d'éventuelles autres connexes de la dépénalisation des relations hors mariages pour tenir copte d'une réalité sociale avéré à laquelle le droit tunisien reste aveugle et qui augmente bien plus  l'inconfort physique et psychologique des Tunisiens que la thèse moralisatrice développée indirectement par l'article.


* Enquête : Le célibat en Tunisie (1) : Entre le choix et la fatalité de Neïla Gharbi.

Publié sur Al Huffington Post