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lundi 25 août 2014

Une Tunisie soufie 9

Contrer le terrorisme en déclarant seul licite le jihad akbar



À la veille des élections qui se dérouleront sous la menace terroriste, il est de la plus haute nécessité que les partis politiques du pays fassent état de leur réelle volonté de contrer le terrorisme en asséchant ses sources.  

Comme la hijra, le Jihad mineur est terminé

En effet, le défi est tellement grave que lance à l'islam modéré le terrorisme en général et cette horreur absolue appelée EILL ou Daech en particulier qu'il suppose une parade d'envergure. La seule susceptible d'avoir un effet quelconque sur le fonds de commerce de ces suppôts de Satan consiste à déclarer le plus solennellement que le jihad mineur est légalement clos en islam. Tous les ulémas de l'islam modéré — en Tunisie pour le moins — doivent affirmer et démontrer que, depuis longtemps, le prosélytisme armé et la guerre ont pris fin en islam qui ne reconnaît plus que le jihad maximal, c'est-à-dire l'effort sur soi et la guerre à livrer à nos propres turpitudes humaines.
C'est que le jihad n'est pas différent de la hijra; il lui était même intrinsèquement lié. Or, la hijra a pris fin dès l'entrée de l'islam triomphant à la Mecque et personne ne le conteste en notre religion. Pareillement, le Jihad a aussi pris fin dès la réussite de l'expansion de la civilisation arabe islamique à travers le monde et son installation durable dans les coeurs. 
Aujourd'hui, il n'est plus permis de mêler notre foi aux querelles politiques ni même aux contingences des causes de libération qui ne font que la défigurer. Les conflits terrestres doivent se régler selon les lois humaines des règles de la guerre et de la politique, l'islam devant garder son rang de message prêchant la paix dans les coeurs et dans le monde.
C'est par l'exemple le meilleur que le musulman défendra sa religion contre ses ennemis qui sont d'abord en lui, dans son comportement et ses rapports avec son prochain. Aucun musulman attaché à sa foi, correctement interprétée selon ses visées, ne peut ni ne doit se permettre d'agresser autrui; et s'il l'est, il se doit de réagir en être civilisé, ne se vengeant point sauvagement, recourant à la justice, la laissant suivre son cours ou agissant afin que cela soit le cas.

Rappeler que le jihad mineur est révolu

En Tunisie, constitutionnellement devenue un État civil, nos responsables religieux doivent donc le dire haut et fort et le répéter bien clairement au lieu de garder un silence coupable, car complice. Ainsi se distingueront-ils de ceux qui, au mieux, trouvent des excuses aux terroristes et à aux criminels de l'État fantoche faisant non seulement honte à l'islam, mais agissant activement pour en détruire les fondements. C'est ainsi que, renouant avec l'islam tunisien aux belles racines soufies, tolérant et ouvert à l'altérité, ils écarteront ces fauteurs de trouble de l'enceinte de l'islam qui est d'abord une quête de sérénité et un prêche de la paix. 
En notre pays en ce moment particulièrement sensible de son histoire, il n'est plus de tergiversation possible ! Tous les responsables — religieux ayant une quelconque écoute auprès de leurs ouailles ou civils occupant d'une manière ou d'une autre la scène politique — doivent assumer leur devoir d'assurer qu'il n'y a désormais de jihad licite en islam que le jihad akbar, celui mené par le croyant contre ses penchants, ses paroles et ses actions. C'est en les améliorant sans cesse qu'il renforcera l'islam qui se portera alors bien mieux qu'il ne l'est actuellement, donnant l'image d'une religion rétrograde, de haine et de violence quand il est d'abord une foi d'humanité et de spiritualité. 
Ceci est le devoir du musulman authentique et du vrai patriote ! Ce faisant, il sera alors possible de mesurer le degré de sérieux dans la foi des uns et d'hypocrisie des autres selon la réponse donnée à ce rappel que nous leur demandons instamment de faire : le jihad mineur est terminé, seul le jihad majeur est licite.

Nous attendons notamment une annonce officielle en ce sens de la part du Mufti de la République dont c'est à la fois le devoir islamique et patriotique. Et nous attendons la même chose, en cette veille d'élections voulues comme une fête pour la patrie unie, des hauts responsables des partis islamistes en course pour des responsabilités nationales, cheikh Rached Ghannouchi à leur tête.


Article légèrement modifié et publié sur Webdo
sous le titre : 
Appel aux oulémas de l’Islam 
et au mufti de la République en Tunisie