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mercredi 24 septembre 2014

Renouvellement du monde 4

Quand l'ONU se trompe de moyens pour combattre le terrorisme 




L'Assemblée générale de l'ONU invite tous les pays du monde à engager une lutte farouche contre le terrorisme faisant usage de l'islam comme arme pour leurs menées criminelles.

Or, si ceux-ci usent à tort de la religion, l'ONU semble user de moyens pour le moins inadaptés pour contrer ces menées. À une menace qui gangrène le système mondial du fait même de son obsolescence, l'Assemblée générale ne propose que des solutions dictées par la logique saturée du système en place et destinées à le conforter au lieu de s'attaquer à ce qui le ronge, favorisant le phénomène terroriste.     

Après la réponse militaire initiée par le gendarme américain du monde, on se dirige vers l'adoption d'une résolution internationale au Conseil de sécurité ayant pour objectif de stopper les flux de combattants ralliant les rangs des supposés islamistes terroristes, notamment en ce prétendu État fantoche qu'est Daech.  

Une lutte globale

On présente cela comme une lutte globale venant ajouter à l'aspect sécuritaire supposé curatif le nécessaire volet préventif axé sur l'humanitaire et l'idéologique.

Si la notion de riposte globale est juste et s'impose comme seule solution au cancer terroriste, elle est faussement globale en l'occurrence puisqu'elle n'a recours qu'à des moyens inadaptés, découlant pratiquement tous de l'esprit sécuritaire.

C'est le cas quand on veut obtenir la coopération des États dont sont originaires les combattants (comme le nôtre et celui du Maroc qui sont parmi les plus grands pourvoyeurs en ces munitions humaines) ou par lesquels ils transitent, comme c'est le cas de la Turquie, pays soumis à une pression très forte pour fermer son territoire devenu le transit idéal pour les jeunes en quête d'aventure.

Or, justement, cette quête d'aventure par les jeunes est la cause et l'effet du problème; aussi, agir pour contrarier leur mouvement ne servira à rien, le besoin de vivre l'emportant toujours sur sa négation. Le versement dans l'horreur des jeunes djihadistes n'est d'ailleurs que leur manière paroxystique de concrétiser leur désir de vivre contrarié, de donner tragiquement un sens à leur vie.

C'est justement sur le sens de la vie de ces désaxés qu'il faut agir. Cela nécessite effectivement (et aussi affectivement, disons-le!) une stratégie globale. Toutefois, c'est en commençant par  rendre effectivement global le droit international et cesser  de ne reconnaître ses droits qu'à une minorité privilégiée, les déniant à la majorité, pourtant composée pour l'essentiel de jeunes, les plus sensibles au besoin de vivre, de rêver.

De plus, comment repérer les jeunes soupçonnés de dérives terroristes pour  les empêcher de bouger ? N'est-ce pas la loi du soupçon qui n'est que la première négation de la liberté et du droit ? Or, cette négation est l'une des causes de la radicalisation de ces jeunes.   

Si les organisations maffieuses continuent de recruter facilement des victimes, c'est parce que ces dernières acceptent de s'engager dans une aventure où elles se jugent bien moins victimes que dans leur condition minable dans leur pays, de moins que rien ?

L'objectif de la future résolution de prévenir efficacement et d'empêcher durablement les recrutements des candidats terroristes ne sera hélas pas obtenu avec la multiplication des sanctions pour les États qui ne réussiraient pas à contrôler leurs ressortissants. Cela ne fera qu'ajouter de l'eau sur le feu, l'autorité de ces États étant déjà fortement chahutée pour leur incapacité à remplir leurs devoirs consistant à assurer les droits et la dignité à leurs citoyens plus que jamais exigeants. 

Ils ne seront que chahutés davantage plus avec de pareilles mesures restreignant encore plus les droits fondamentaux de leurs citoyens qui  n'acceptent plus aussi facilement qu'avant d'être les sujets de dictatures ne tenant que grâce au soutien étranger dont elles assurent les intérêts. 

Pour une solidarité internationale 

Aussi, ce qu'annonce la future résolution onusienne n'est qu'une façon détournée de la part des États du Nord de se défausser sur les États du Sud de leur responsabilité. Car le problème terroriste est d'abord le leur. Ils en sont les responsables avec la pérennisation des injustices en un monde qui a changé et qui n'aura de cesse de réclamer justice. Et celle-ci ne peut être que globale aussi.

Elle suppose d'abord que l'on arrête un conflit qui subjugue l'imaginaire de nombre de terroristes, à savoir cette injustice absolue du conflit de Palestine. Que l'on commence par appliquer le droit international en cette région du monde et on agira alors efficacement sur une partie des cerveaux soutenant les terroristes ou sympathisant avec eux.

Une stratégie globale et juste commande aussi que l'on rouvre les frontières, le monde étant devenu une cocotte prête à exploser avec les frontières fermées. Le visa biométrique étant devenu inévitable, il suffit de le transformer en un visa de circulation pour respecter tout autant les réquisits sécuritaires et le droit des gens à circuler au lieu de ruminer en leurs réserves fermées leur ressentiment contre l'arrogance occidentale et les inévitables envies de revanche.   

Au lieu de se limiter à se partager l'information de nature répressive, mesure prévue par la résolution en projet, que les démocraties du monde s'emploient à se partager les valeurs universelles. Qu'ils agissant plus sérieusement auprès de leurs alliés, notamment les pays musulmans, pour les amener à adhérer a système axiologique international en abolissant les lois internes liberticides. Faussement inspirées de l'islam, leur seule justification est d'assurer la mainmise de ces États sur leur société et sur la conscience de leurs citoyens à laquelle ils ne veulent point reconnaître leur liberté.

Le monde musulman issu du printemps arabe comme l'univers issu du 11 septembre ont changé; c'est un désir irrépressible pour une plus grande solidarité et une faim dévorante de libertés qui le caractérisent aujourd'hui, et tout y est sacrifié.

À l'Occident de comprendre que  sa politique actuelle est sans issue. Il a certes su réorienter ses intérêts en se dégagent des dictatures d'antan soutenues à bout de bras pour plier en allant quelque peu dans le sens des foules. Aussi, soutenir aujourd'hui d'autres dictatures se mettant en place ne marchera pas, surtout que les nouvelles dictatures sont de nature double ajoutant à la classique mainmise sur la société de l'État un contrôle des consciences.  

Or, le terrorisme auquel le monde entier fait face est d'abord le résultat de l'oeuvre néfaste de telles dictatures, anciennes ou futures. On ne peut le contrer qu'en agissant sur le terreau fertile où il s'alimente. Comment contrer, en effet, la violente propagande extrémiste incitant au terrorisme quand elle est le résultat de lois violant les valeurs humanitaires consacrées ou des pratiques renforçant la division du monde en de prétendus seigneurs (des saigneurs en fait) et des esclaves qui ne le sont pas et entendent le démontrer ?         

Publié sur Leaders