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vendredi 25 mars 2016

Le monde d'après 1

60 ans après, clefs pour comprendre la nouvelle Tunisie (2/2)





Nous avons présenté dans la première partie les cinq premières clefs qui permettent de mieux siaisir de quoi sera fait la Tunisie Nouvelle en ce soixantième anniversaire de son indépendance, l'an VI de sa révolution postmoderne.  

Nous donnons ici les cinq autres en y ajoutant une clef passe-partout pour signifier que le tout peut être dans l'un, comme soixante ans peuvent se résumer en six années, car l'unité d'un pays n'est jamais unicité, mais multiplicité.
Ainsi est la Tunisie Nouvelle République où la crise est plutôt un cours d'eau politique nouveau, comme cette rivière françasie, affluent de l'Aisne, coulant dans le département du même nom et donc sous-affluent de la Seine. Belle image, non ?

Clef 6 : Faculté humaine de l'oubli et Alzheimer politique

C'est parce que l'oubli est la faculté humaine la plus prégnante avec la parole et la pensée que l'on ne doit pas oublier le passé. Les politiques le savent bien et instrumentent les célébrations à cela, notamment pour servir leurs intérêts. D'aucuns en usent à outrance au point de générer des effets pervers, comme l'usage aujourd'hui fait avec l'antisémitisme (séparé du racisme et réduit pour des raisons idéologiques à une catégorie de Sémites) ou la Shoah (réduite à une pure affaire juive quand elle concerne l'humanité entière, un seul être humain exterminé pour ses idées, sa foi, ses moeurs ou sa couleur étant déjà le crime de trop).
Pareillement, et comme disent les juifs malintentionnés de ceux parmi les leurs osant sortir du rang pour tenir des propos sensés : ils ont la honte d'être juifs. En effet, il ne fait pas de doute que nombre de laïcs et de  séculiers chez les musulmans ou les Arabes de tradition islamiste ont honte du présent de l'islam au point d'oublier son passé brillant.
Or, la religion, quelle qu'elle soit, n'est que ce qu'en font ses adeptes. Le christianisme donneur de leçons aujourd'hui a eu aussi ses heures sombres et l'islam, raillé et considéré comme rétrograde, a été à la pointe du progrès humain laissant même une riche spiritualité et un humanisme toujours féconds dont les véritables bonnes volontés peuvent toujours s'inspirer.             
Hélas ! comme ailleurs dans le monde, nos femmes et hommes politiques se laissent gagner par ce vieillissement problématique qu'on appelle à tort maladie d'Alzheimer, étant atteints de désorientation spatio-temporelle, d'accès d'agitation et d'agressivité. Or, l'industrie pharmaceutique ayant érigé l'Alzheimer en guerre, on s'acharne à vouloir guérir pareil vieillissement à coup de médicaments qui ne font que compliquer les choses avec leurs effets indésirables.
Pareil faux diagnostic de l'Alzheimer ainsi que le traitement véritablement utile qu'il lui faut (je propose un médicament magique, la bécothérapie, dans le cadre d'une culture des sentiments) est à étendre à la scène politique et sociale actuelle en Tunisie (c'est alors la bécopoléthique). Il l'est aussi à faire également ailleurs dans le monde, notamment en France qui demeure le modèle absolu pour nombre d'intellectuels et politiques de notre pays. On doit appeler à une politique compréhensive en des sociétés déjà entrées de plain-pied en postmodernité; en la nôtre, ce fut grâce à son Coup du peuple. Celui-ci a donné lieu effectivement à un moment véritablement historique de sa socialité, ce qu'on qualifie d'instant éternel en sociologie compréhensive.
La révolution du jasmin, en effet, est bien en mesure de diffuser partout sa senteur et créer un véritable modèle de gouvernance politique, non seulement dans le monde arabe musulman, mais au monde tout court, grâce à ses femmes et hommes et à la richesse d'un islam bien compris, débarrassé de ses scories, un islam passant du cultuel au culturel, une religion postmoderne tout simplement. C'est ce que j'orthographie i-slam, islam postmoderne, donc de son temps. C'est aussi l'islam politique de la postdémocratie, la démoarchie en train de naître où la politique se fera éthique, une poléthique.

Clef 7 : Réalité inévitable de l'immeuble planétaire

Ce n'est pas d'hier, mais bien plus longtemps encore, qu'on a entrevu que le monde est réduit à un village à l'échelle de la planète. La mondialisation et l'altermondialisme n'ont fait que mettre l'accent sur la dérive de cette réalité d'un rapport social paisible en désordre sanglant comme une terrible querelle au sein d'un immeuble, une même famille.
Et c'est connu, la proximité exacerbe les tensions. L'humanité est en marche vers un nouvel ordre, non seulement international, mais aussi à l'intérieur du système occidental; non seulement économique, mais axiologique. Les Indignés en Europe ont déjà donné les noyaux des futurs petits partis de proximité destinés à remplacer les mastodontes antiques.
Le système capitaliste est en crise; il manque de valeurs, de spiritualité ; on y est plus sensible qu'avant. Il y a plus qu'un désir d'éthique, un besoin irrépressible qui amène paradoxalement, comme lors d'un manque en psychotrope, à l'excès inverse, le mal s'imposant alors triomphateur.

Clef 8 : L'islam, une tradition sémite

Qu'est-ce l'islam sinon une branche de la tradition judéo-christo-musulmane ou sémite ? On ne peut plus en parler en le distinguant de ses racines et en assénant de fausses vérités, surtout que la vérité n'est qu'une représentation d'une discussion et un échange de vues faites d'une collection d'éléments épars entre une constellation de vérités parcellaires.
La présence de la tradition judéo-chrétienne dans la pensée musulmane et son influence n'est méconnue ni contestée par aucun spécialiste de l'islam, y compris les plus intégristes des musulmans. Toutefois, ces derniers font abstraction de pareilles racines incompatibles avec l'esprit initial de l'islam relativement à certains aspects sensibles de leur religion comme l'athéisme et l'homosexualité.
C'est ce qui a dégagé l'islam de la tradition dont il est issu et qu'il est venu corriger. Ainsi, l'islam originel, celui du Coran et de la tradition avérée du prophète, ne condamne en aucune façon de manière directe, explicite, sans nulle nécessité de la moindre interprétation, la pratique homosexuelle ou l'athéisme. Cela manifeste l'esprit révolutionnaire de l'islam et son respect foncier de la liberté de l'être humain qui, s'il est soumis à Dieu seul, est par ailleurs libre, absolument libre, quasiment dans le sens sartrien.
Ce sont les jurisconsultes qui ont échafaudé, à partir de la tradition judéo-chrétienne classique l'ingénieux système sur lequel prospèrent encore les intégrismes les plus divers. Et ce fut surtout à visée politique pour contrôler une pareille puissance sociale et mieux la soumettre au pouvoir tutélaire des gouvernants sous le couvert de la religion.
Il est significatif, d'ailleurs, que la doctrine classique ne soit nullement unanime sur les tenants et les aboutissants des deux questions sensibles précitées, et certaines voix libres n'ont pas manqué de rappeler l'esprit premier de l'islam, un esprit que l'on qualifierait aujourd'hui de libertaire.

Clef 9 : L'islam est spirituel, moins cultuel que culturel

Dans Comprendre l'Islam, Frithjof Schuon écrit que  « L'Islam, c'est la jonction entre Dieu comme tel et l'homme comme tel »[1]; il s'agit d'une insertion du relatif dans l'absolu comme l'indique avec raison Marcel Boisard qui ajoute qu'il convient « de tenir un réel compte de la distinction que l'islam effectue entre "l'homme comme tel" et "l'homme collectif" »[2].
Nous formulons cela en termes plus précis, mieux adaptés à l'esprit de l'islam, originel comme postmoderne, en disant que l'homme comme tel est le croyant au sens cultuel, alors que  l'homme collectif est le fidèle au sens culturel, incluant juifs et chrétiens et tout être ayant une foi, de la spiritualité, y compris nullement monothéiste.
De fait, au moment de la splendeur de la civilisation de l'islam, la société a su imposer au pouvoir sa puissance en s'adonnant librement à toutes les libertés, composant les plus beaux hymnes à la liberté des moeurs et de croyance.
Ce n'est qu'au reflux de cette civilisation sous les coups de boutoir du pouvoir institué, allié à ce qui allait devenir une sorte d'église musulmane (dont la légitimité religieuse est pourtant absolument nulle) que l'on a fini par inverser la tendance faisant triompher le divin politique du divin social si j'ose dire. Cela a donné le conformisme d'une conception politique rigoriste de l'islam s'imposant à sa conception initiale révolutionnaire, célébrant toutes les libertés de l'homme pour magnifier la sincérité de sa soumission à Dieu en être responsable.
Aujourd'hui, les musulmans, y compris les non-intégristes, perpétuent cette aberration qui nuit à l'islam authentique, violentant son message de tolérance et d'humanité, violant son esprit progressiste à jamais. Ils ne font que reproduire ce que j'appellerai le complexe de Samson,[3] ce quasi premier saint kamikaze biblique, qui n'était donc pas islamique. D'ailleurs, la notion de guerre sainte n'est pas musulmane ni le concept de martyre, car ce dernier en islam est le fait de témoigner et donc de rester en vie pour le faire et non de mourir.[4]        

Clef 10 : Inévitable transfiguration du politique

La dissolution sociale et des valeurs qui prévaut actuellement en Tunisie, comme dans le monde, le mal, la décadence pour certains, ne sont pas nouveaux et ont toujours existé malgré ce que peuvent en penser les hommes politiques à courte vue ou les moralistes.
Ils sont une constante de l'histoire humaine  — et les historiens peuvent le confirmer  — à la fin des époques, au passage d'une période à une autre; et ils ont toujours été annonciateurs de la fin d'une forme de vie sociale ou politique, préfigurant l'avènement d'une autre forme fondamentalement différente.
C'est ainsi que se marque le passage à l'inédit dans le monde et en Tunisie, particulièrement aujourd'hui où, plus que jamais et mieux qu'ailleurs, la transfiguration inévitable du politique est possible.  C'est ce qui fait l'exception Tunisie où, grâce à l'islam politique bien instrumenté, deviendra poléthique, augurant de la postdémocratie.
Or, l'inédit se vit toujours au présent, jamais au passé ni au futur. Aussi, pour accompagner au mieux l'avènement de cet inédit en notre pays et dans le monde, nous nous devons d'être « présentéistes » en l'acceptant tel qu'il est, en ne l'hypothéquant pas par une vision quelconque du futur ni par une explication orientée du passé, le considérant comme étant un effet dérivé du passé, même si ce passé fut grandiose.        
On voit, en Tunisie, les combattants pour les libertés (sans rien faire de concret, comme de proposer des projets de loi pour ouvrir au moins le débat), s'inquiéter de l'avenir de ces libertés et partir à l'assaut de leurs ennemis, les dogmatiques de tous poils.
Si l'on ne peut qu'être avec eux quant à l'intention et au principe, force est de dire qu'on ne peut accepter leur mauvaise stratégie d'inertie juridique et la méthode d'action classique d'opposition frontale avec leurs ennemis. Car ainsi chacun campe sur ses positions sans chercher à pénétrer les défenses ennemies, les faire sauter de l'intérieur, semer les divisons entre leurs propres troupes en leur démontrant l'absurdité même des fausses valeurs pour lesquelles ils combattent au nom même de ces valeurs.
On pourrait être bien plus efficace dans le combat axiologique non pas en diabolisant ses ennemis, comme ils le font des leurs, mais en cherchant à séparer dans les rangs les vrais diables des diablotins et des anges égarés ou déchus. C'est l'amour, une valeur suprême qui doit guider les pas des humanistes de part et d'autre, non pas la haine qui est l'oriflamme des ennemis des libertés.
Aussi, c'est en portant le combat sur le terrain des ennemis des libertés qu'on les consolidera, et ce sans armes, usant de celles de l'ennemi qu'on retournera contre lui. Faut-il avoir pour cela une force d'âme à toute épreuve. C'est la fortitude

Clef passe-partout : Bascule de la daimoncratie en démoarchie

Terminons ce trousseau de clefs par ce passe-partout affiramnt que la décade qui suivra en Tunisie sera mieux décodée par l'idée clef que tout moment historique a une grille de lecture, surtout quand les choses s'accélèrent, comme nous le voyons depuis l'occurrence du coup du peuple tunisien.
Elle le sera d'autant mieux en ayant à l'esprit les quelques principes précédents que tout le monde connaît, mais dont le rappel et la réunion permettent de mieux penser les aspects d'un donné social obéissant aujourd'hui et de plus en plus à l'événementiel, au sensationnel davantage qu'à la sereine intelligence des choses humaines, et surtout pas au causalisme classique.
Tout moment historique a une grille de lecture faite de clefs qui permettent d'en optimiser la compréhension, une sorte de code pour un message chiffré, forme que prend souvent la réalité sous nos yeux, et sans lequel les moments les plus pertinents de cette réalité risquent de ne pas être perçus à temps à leur juste valeur ni vécus au diapason de leurs riches potentialités.
Il est, de tout temps, dans l'histoire humaine des moments capitaux de ce genre, et c'est seulement grâce à une bonne intelligence de leur philosophie profonde que l'on arrive à en tirer la quintessence dans l'intérêt bien compris du plus grand nombre. C'est ainsi que l'homme justifie ce qui le distingue de l'espèce à laquelle il appartient : la raison raisonnante.
Toutefois, celle-ci n'est plus ce qu'on a pu en dire longtemps, un cartésianisme désormais dépassé ; elle est d'abord une raison sensible, en prise avec le réel tel qu'il se donne à voir, et non tel qu'on cherche à le plier à nos vues, immanentes ou transcendantes.
La seule raison qui compte aujourd'hui est celle de l'empathie avec son prochain (soit le peuple, en termes politiques), seule réalité tangible et donc raison éminente et agissante de la socialité postmoderne. Le tout se faisant sous l'empire d'un inconscient qui n'est pas si négligeable qu'on veut le croire et qui forme l'imaginaire et l'inconscient qui structurent et déstructurent nos actes.
Les quelques clefs ci-dessus permettent de juger avec plus de pertinence ce que nous vivons aujourd'hui en Tunisie, mais aussi dans le monde arabe et plus généralement bientôt dans le monde entier en ce moment gros de turbulences et de défis majeurs pour l'humanité qu'il importe de relever. Car ce moment est une bascule progressive, mais irrépressible, d'un paradigme saturé vers un autre en gestation; le chaos en est la preuve, étant à l'origine de tout nouveau monde.
En un mot, c'est le concept de démocratie qui est fini, étant devenu juste une affaire de professionnels de la politique, des démons voulant le pouvoir pour s'e servir; c'est la daimoncratie.
Le concept en gestation est celui de la puissance sociétale, celui d'une décentralisation à outrance de l'autorité pour que ce soit la société civile, au niveau le plus près de la vie quotidienne, qui décide de son sort au quotidien, et de l'ensemble de ses décisions diffractées à l'échelle nationale se fait alors l'intérêt général du pays. Ce sera la postdémocratie.           

Au vu de ces clefs, on comprend mieux à quel point nos considérations sur la laïcité, le danger islamiste, la capacité d'Ennhadha a rénover ou non l'islam, la pérennité en Tunisie et dans le monde arabe du changement, etc. sont relativisées. Du coup, l'essentiel apparaît comme relevant de que sont nos sentiments, nos valeurs, notre abnégation à agir pour le bien le moins égoïste en dehors de tout dogmatisme, dans l'humilité absolue, imposant une humilitude.
Et la première des humilités est de reconnaître son ignorance, le vrai savant étant celui qui n'arrête jamais d'apprendre, y compris et surtout du plus pauvre hère et de la plus banale des créatures.    
On sera fatalement amené alors, en matière de foi, à dépasser la situation d'aujourd'hui qui fait s'opposer deux pans d'une même société qui sont pourtant condamnés à vivre ensemble, mais qui veulent s'ignorer les uns les autres, pratiquant une commune langue de bois.
Pour les uns, c'est de méconnaître les réalités d'aujourd'hui pour ne se référer qu'aux splendeurs du passé au nom desquelles on rejette le présent taxé à cette aune-là de hideux. Pour les autres, c'est de rejeter ce passé assimilé aux noirceurs de certaines de ses évolutions dans un colonialisme mental figé sur une splendeur saturée de la modernité.

NOTES : 




[1] Frithjof Schuon, Comprendre l'islam, Paris Gallimard NRF, 1961, p. 13. Cité par Marcel A. Boisard, L'Humanisme de l'Islam, Albin Michel, Présence du monde arabe, 3e édition,  1979, P. 35
[2] Marcel A. Boisard, L'Humanisme de l'Islam, op. cit. pp. 61-62.
[3] Samson est un héros israélite d'une force herculéenne ; il l'un des Juges d'Israël à une époque de l'histoire d'Israël où certaines tribus étaient sous la domination des Philistins. Samson est le fils de Manoach, de la tribu de Dan. Le Livre des Juges (13.1 - 16.31) fait le récit de sa vie. Il est dit que sa force lui venait de sa longue chevelure, coupée par Dalila ce qui amène à sa perte et celle de ses ennemis avec lui, premier saint kamikaze historique.