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mercredi 30 avril 2014

Transfiguration du politique 4

Les élites, le peuple et le carrosse de l'histoire


Il est temps qu'on arrête de parler de soi et à soi, pratiquant une pensée endogamique. Nos élites se doivent urgemment de mettre en oeuvre une pensée et une parole hauturières, comme l'est la mentalité du Tunisien, ouverte au large.

Élites déconsidérées 

On ne peut plus prétendre représenter le peuple; il se représente tout seul; mieux, il se présente. Ceux qui veulent parmi ses élites être en phase avec lui doivent se limiter à présenter ce qu'il est. Autrement, ils ne feront que verser dans le dogmatisme qui n'est pas que religieux, étant aussi profane comme cette religion civile substituée à la religion classique. 

La phénoménologie l'a démontré depuis longtemps : il faut avoir l'humilité de se limiter à montrer ce qui se donne à voir, délaisser les slogans creux, même s'ils se basent sur des concepts, saturés le plus souvent, pour sentir la vie, écouter son bruit hors clapotis des causes secondes.  

Le rôle d'une élite, à défaut de montrer ce qui est là, est de l'accompagner. Or, ce qui est déjà présent en notre société est un irrépressible désir de liberté et de dignité formulé par l'impératif d'égalité citoyenne, de refus des discriminations.

Nos élites doivent rompre avec la basse politique de l'ancien régime consistant à user d'un double langage qui n'honore pas l'esprit de la Révolution. Celui-ci est d'abord vérité. Et la vérité, même amère, doit être dite. 

C'est aussi ce que commande notre époque. Et son esprit s'impose même s'il heurte nos habitudes les plus incrustées, car ces habitudes ne sont que des réflexes conditionnés appelés à changer. Il nous faut prendre conscience qu'ils ne traduisent que de la vacuité à tous les niveaux, surtout celui de la conscience morale.

Politique politicienne

Ce à quoi nous assistons dans les débats puérils agitant le microcosme politique en est la plus parfaite illustration.

On nous parle de respect de la Constitution, et on ne vise que la forme; quant au fond; on s'en soucie comme d'une guigne. 

Ainsi, ce qui compte est le respect d'une date butoir pour des élections, non la mise en oeuvre des droits et des libertés obtenus de haute lutte par la société civile contre ses élites, et qu'on cherche à garder lettre morte.

En effet, des élections nationales précipitées ne feront que ramener au pouvoir, avec une légitimité renouvelée, les grands partis qui n'ont aucune envie de couper avec le passé et l'arsenal juridique répressif de la dictature. 

Ce qui compte aux yeux des grands partis, c'est l'autorité de l'État et ils ne pensent trouver mieux pour l'assurer que le maintien de la législation liberticide d'ancien régime.

Et on ose parler de démocratie, de souveraineté populaire ! Or, celles-ci conditionnent le prestige de l'État par celui du peuple, mettant en premier le droit de celui-ci à exercer le pouvoir. Aujourd'hui, cela est possible avec la démocratie participative qui passe, en Tunisie, par un scrutin uninominal et des élections orientées vers les intérêts immédiats du peuple que sont des municipales et des régionales.

Tradition islamique à rénover 

Le double langage qui n'est pas propre au parti islamiste est illustré par la soi-disant adhésion de la Tunisie à la convention Cedaw. En effet, avec la Déclaration générale, on retire d'une main ce qu'on donne de l'autre. À quoi bon reconnaître l'égalité des sexes ou la suppression des discriminations si l'on se réserve le droit de ne pas s'y conformer au prétexte du respect de l'islam? 

Le peuple tunisien est loin d'être bête et il sait qu'on lui ment en prétendant que la Tunisie est désormais membre de cette convention honorant la femme et les droits de l'Homme. Il sait aussi que c'est au nom d'un prétendu attachement à l'islam qu'on viole ses principes égalitaires, son esprit démocratique.

En effet, on prétend que l'islam est contre l'égalité dans les parts successorales en se référant à son texte; mais respecte-t-on son esprit, ses visées? Ce texte n'était-il pas inscrit dans une logique d'évolution, venant donner une part moindre à la femme en un temps où elle n'en avait aucune, laissant aux croyants le devoir de continuer dans le sens de ses visées, un sens orienté vers l'égalité? 

Ceux qui assurent que ce texte est sacré, ne devant pas être touché, violent leur religion tout en se contredisant. Ils la violent dans ses visées et ils se contredisent en acceptant que le texte formel soit, quand même, ignoré dans d'autres matières, comme l'ablation de la main.

Qui viole donc l'islam? Celui qui s'en tient à une lecture littérale d'un texte voulu par Dieu évolutif, adapté à la situation des croyants, ou celui qui le respecte dans son esprit, tenant compte des visées de la religion qui sont pour la promotion de la femme et de l'être humain en général, créé par Dieu libre et digne?

Nous vivons sous une jurisprudence musulmane basée sur une tradition judéo-chrétienne qui n'est pas conforme à l'esprit de l'islam. Et cette tradition dite musulmane est dépassée, la sagesse populaire ainsi que la raison nécessitant de la renouveler en revenant aux fondations de l'islam, à ses principes démocratiques d'égalité entre les fidèles sans aucune discrimination, ni de sexe ni de croyance. 

Il est temps que ceux qui se prétendent démocrates en Tunisie arrêtent d'user de double langage et de violer l'esprit de l'islam en prétendant le respecter. La révolution tunisienne a été une révolution dans la mentalité du peuple qui s'est éveillé à sa puissance et à sa dignité. Il reste à ses élites de faire la leur, sinon ils confirmeront leur statut actuel d'élite déconsidérée, sinon fausse.     
    
Comme dit le philosophe, ce n’est pas en faisant « de la poussière et du bruit que l’on est le carrosse de l’histoire ». Ce carrosse est le peuple; que ceux qui prétendent le représenter montent donc dedans, qu'ils se fondent dans l'esprit populaire poue en faire partie, sinon ils ne seront qu'un grain de poussière au passage de son carrosse. 

Tribune publiée sur Al Huffington Post