2017 : année d’abolition de l’homophobie en islam ! Que les militants maghrébins proposent ce projet de loi : en Tunisie (en arabe, en français) et/ou au Maroc (en arabe, en français) !

Mon manifeste d'amour au peuple 2/3
 




Mon manifeste d'amour au peuple 3/3


ISLAM POSTMODERNE








Accès direct à l'ensemble des articles منفذ مباشر إلى مجموع المقالات
(Voir ci-bas انظر بالأسفل)

jeudi 10 avril 2014

Libertaire Tunisie 8

Faire issue de la crise en Tunisie 



Il est inutile de revenir sur le sens de la crise en Tunisie qui n'est qu'un aspect de ce qui agite le monde, une bascule d'un ordre ancien vers un paradigme en gestation. Il a été assez dit sur ce qu'il importe d'avoir à l'esprit en matière de structures anthropologiques de l'imaginaire et de racines imaginaires de la démocratie dans les États nouveaux. 
Qualifions donc ce qui s'est emparé de notre pays comme une forme miraculeuse d'un mal, dont il ne faut pas nier la réalité, mais réaliser que c'est ce mal qui fait du bien, pour veiller à en maximiser les aspects bénéfiques, minimiser les inconvénients. En effet, il n'est plus besoin de démontrer qu'il n'est nul ange sans démon, le diable étant à la base un archange et toute âme, y compris la plus noble, ayant sa zone d'ombre, sa part du diable. C'est en quelque sorte le mystère faisant l'essence de toute religion, un ésotérisme exotérique.   
     
L'excès et la mesure 

C'est l'excès qui empêche la mesure; mais sans excès, il n'est nulle mesure. L'excès qui prend la forme générique de crise vient d'une confiance altérée, parfois excessive, parfois faisant défaut.
Pour faire court, disons que la confiance excessive est ce que je qualifierais de surcroyance en tout, religieuse comme profane, faisant du dogmatisme une forme banalisée du mal. Et c'est le totalitarisme, un essentialisme. Le surcroyant n'est ainsi que la forme postmoderne du surhomme de la Modernité défunte; aussi, la première action à mener doit porter sur la foi. Il ne s'agit ni de la nier ni de la séculariser, puisqu'elle peut relever de la religion civile, mais la rendre scientifique, séparer la foi de la croyance.
Qu'est-ce à dire sinon qu'une foi scientifique, religieuse ou profane, n'est pas celle qui croit, mais faisant foi. C'est moins soi qui compte, ce qu'il pense, que le reflet de sa foi chez autrui, sa réception par l'altérité. Ce n'est qu'une mutation de la communauté en communautarité, intégrant la primauté de l'altérité, base de tout vivre-ensemble. Il n'y est plus de devoir-être, mais un pouvoir-être où la com-m-union est union commune, éclatée et des-unie, donc la plus unie, la marge y étant admise en autre axe nécessaire.

Rétromodernité et postmodernité

Pour notre pays, cela suppose une relecture de la religion, une approche renouvelée de l'islam passant du culte à la culture. Cette façon pour l'islam d'assumer son universalité passe par la libération de la conscience religieuse des liens d'une tradition surannée ayant été en avance sur son temps et qui est en recul sur le présent. Le rétro-islam actuel est issu d'une fermeture dogmatique à dépasser en rouvrant l'exégèse. L'islam qui fut une modernité par anticipation, une rétromodernité, sera alors de son temps, postmoderne, un i-slam.
La foi est en effet incontournable; et en terres arabes, il n'est pas un seul islam. En périodes fastes, il fut pluriel, riche de ses diversités, libertaire; il n'a périclité en ce dogme liberticide que quand il a ployé sous l'adversité. Si le salafisme a aidé à préserver la foi, il l'a pervertie. Or, si un excès est toléré en temps d'adversité, y incarnant l'amertume de l'antidote, il est un poison en temps de santé. Aujourd'hui en convalescence, la religion doit renouer avec le soufisme et sa vigueur pour retrouver sa pleine santé.  
La chrysalide et le papillon

Politiquement, cela suppose une posture, tout étant politique en postmodernité, le fait politique redevenant gestion de la cité intégrant le fait religieux en divin social. Les esprits y sont près en Tunisie où le parti islamiste, même s'il tarde à faire sa mue, est en mesure de rentrer dans son cocon pour en sortir papillon. Pour cela, une responsabilité incombe aux partis se disant laïques pour les aider les islamistes à y réussir leur mue.
La stratégie islamiste n'est encore qu'une tactique; elle suppose pour être inscrite dans la durée d'être en phase avec la stratégie d'en face moyennant une attitude commune claire sur les aspects sociaux essentiels à la fois symboliques et pertinents. Cela concerne la législation actuelle d'inspiration soi-disant islamique que les partis laïcs et religieux doivent s'engager à changer en preuve de leur évolution et de leur foi démocratique. Par exemple, décider la prohibition de la peine de mort et toute discrimination en matière de mœurs, y compris pour homosexualité ou atteinte au sacré, outre la réforme des lois  pénalisant l'usage des  drogues douces ou restreignant la liberté privée comme pour la consommation d'alcool.
Une feuille de route politique

La légitimité en postmodernité est informelle; elle est celle des masses, quitte à être dévergondée, aboutir au pire. La Tunisie est propice au meilleur avec un peuple hédoniste, aux communions émotionnelles, incarnation de l'homo religiosis eroticus de demain.
La légitimité qui y compte est celle du Dialogue national qui a la responsabilité de la mettre la Tunisie sur la voie du succès. Cela suppose de :
1. renforcer le principe de compétences en l'étendant aux à Carthage et au Bardo;
2. substituer des élections locales aux élections nationales comme priorité de nature à remettre la pyramide des pouvoirs sur sa base; 
3. confier la rédaction du code électoral à des techniciens à charge de mettre en place un mode de scrutin conforme à la mentalité tunisienne nécessitant un rapport personnalisé avec l'élu;
4. exiger un contrat de mission liant l'élu à l'électeur dont l'exécution est contrôlée et sanctionnée;
5. confirmer que c'est la société civile qui représente le peuple en dehors des partis et d'encourager toutes formes de participation, commençant par la généralisation du budget participatif.
6. faire du service du pays un sacerdoce, les élus désormais sans légitimité ne restant en place qu'en renonçant aux indemnités pour se consacrer à réformer la législation en vigueur, notamment ses lois scélérates, et la conformer à la Constitution.  
7. décider l'austérité pour les hauts fonctionnaires, l'étendant à toutes les solennités plus nécessaires à l'autorité de l'État, devant reposer sur la confiance dans les cœurs.

Publié sur Al Huffington Post