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ISLAM POSTMODERNE








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mardi 17 décembre 2013

Vers la postdémocratie 2

Quelques vérités à rappeler, pour une relance révolutionnaire



En cette date de lancement des festivités du troisième anniversaire de la Révolution tunisienne, un âge de raison pour les peuples, adonnons-nous à un jeu qui soit celui de la vérité, loin de tout manichéisme :
1. Pour comprendre la vie des peuples, il n'est nulle vérité unique, il n'est que des vérités relatives, organiquement liées. Ainsi, s'il n'y a pas eu de révolution au sens technique en Tunisie, il y a bien eu un coup du peuple, au sens où la pression populaire a constitué l'étincelle pour l'aboutissement final. Il est bien connu que l'entassement des munitions ne fait pas déclencher une guerre; il faut toujours le plus important, une étincelle pour que ce champ propice s'embrase. Or, la Tunisie était en révolution silencieuse, conformément à son statut de pays vivant sans bruit. De fait, il n'est nulle individualité qui soit révolutionnaire; ce sont les masses qui le sont; les individus ne faisant qu'incarner les foules seules révolutionnaires, et seules les faisant.
2. Il y a eu manipulation de la vérité, Bouazizi ne s'appelait pas Mohamed, n'était pas un modèle de vertu et n'a pas été giflé par l'agent municipale. Mais, il a osé ce que d'autres ont aussi fait, manifester sa désespérance. Qu'il ait été érigé en icône de la Révolution ne fait que renvoyer à son statut de fils du peuple, humble et aux abois. C'est moins la personne de Bouazizi qui compte, moins la manipulation qui a accompagné son geste, que la symbolique qui l'a accompagné. Il est honteux de vilipender aujourd'hui ceux qui ont tout fait pour que le vent de la liberté souffle sur une Tunisie enfin replacée dans le sens de l'histoire. En notre monde, la manipulation est permanente; ce qui compte c'est à quoi elle est instrumentalisée; pour quelle cause cela sert : noble, au service du plus grand nombre ou scélérate, pour des intérêts égoïstes.  
3. Au lendemain du dialogue de sourds que furent les palabres nationales, tout le monde a, dans le même temps, raison et tort à la fois. Nahdha pour avoir accepté finalement de quitter formellement le pouvoir; elle n'avait pas le choix et c'était le moindre mal. Dans le même temps, sa volonté démocratique n'est toujours pas évidente et elle se doit de donner des gages sérieux. L'opposition, quant à elle, est fondée à vouloir un changement radical de gouvernance, mais les solutions qu'elle propose ne vont pas nécessairement au-delà des intérêts de ses composantes déjà radicalement opposées sur les recettes. Or, seules des mesures courageuses empêcheront la réplique du coup du peuple qui se prépare.
4. Le peuple est oublié par son élite qui, même dans la bouche de ceux qui prétendent coller à ses exigences, n'est qu'un prétexte. C'est qu'on ne prend pas acte de sa réalité d'extrême dénuement ni de ses revendications majeures à la dignité — qui veut dire un travail bien rémunéré — et à la liberté — qui veut dire plus de latitude de vivre, agir et circuler en peuple majeur et véritablement souverain.
5.  Aucune démocratie ne peut naître aujourd'hui, et ce ni en Tunisie ni ailleurs dans le monde pauvre, sans une articulation à un système démocratique avéré. Il ne faut pas se leurrer : malgré ses valeurs et principes, l'Occident a plus en vue ses intérêts économiques que la démocratisation des régimes des pays du Sud, qui restent à ses yeux un pur marché. C'est son système économique, donc tout son équilibre politique, qui le commande. Pour cela, il s'accommodait hier des dictatures; aujourd'hui il s'accommoderait de régimes autoritaires, mais stables bien plus que d'une démocratie d'un peuple libre, mais menaçant les fondements libéraux et protectionnistes à la base de son existence. C'est ce qui explique, pour une grande partie, son soutien à Nahdha dont le libéralisme économique outrancier a de quoi le séduire.
6. C'est d'une révolution mentale que la Tunisie a besoin; les élites mondiales aussi. Pour s'en sortir, la Tunisie a besoin d'une ambition, celle d'une démocratie concrète, où le pouvoir est décentralisé réellement, où le peuple est libre de circuler hors de ses frontières. J'ai résumé cela en quelques mesures qui s'imposent et qui pourraient transformer la donne du tout au tout, comme avec une arme magique qu'il urge d'employer. Avis au nouveau gouvernement !
7. Voici donc cette sorte de mixte révolutionnaire empruntant aux uns et aux autres des partis politiques, mais n'usant pas comme eux de langue de bois, puisant plutôt dans l'imaginaire populaire, allant à la rencontre de ses attentes, en  y apportant une réponse, même indirectement. La part du symbolique y est éminente; mais on sait l'importance du symbole sur l'inconscient collectif. C'est l'imaginaire qui commande la volonté, ne l'oublions pas.
A. Décider immédiatement et solennellement un moratoire aux lois liberticides de l'ancien régime, toutes les lois qui ont servi dans les derniers procès d'opinion. Et dans la foulée libérer les innocentes victimes de ces lois scélérates dont Jabeur Majeri est un triste symbole.
B. Lever les réserves aux conventions internationales majeures contre les discriminations et adopter celles qui ne l'ont pas encore été. La Cedaw en est une illustration.
C. Insérer dans la constitution les deux marqueurs de la modernité politique que sont l'abolition de la peine de mort et la criminalisation de tout anathème pour incroyance. C'est ainsi que la liberté de conscience sera spectaculairement et réellement consacrée loin de toute dérive comme la prétendue atteinte au sacré.
D. Lancer à l'échelle régionale et locale des assises de la décentralisation politique et économique avec les associations et la société civile pour instaurer une gouvernance véritablement autonome du pouvoir central où le pouvoir réel appartient aux collectivités locales et régionales. Elles serviront à l'organisation prioritaire d'élections municipales, bien plus importantes pour la démocratie que des élections législatives. Car c'est de démocratie participative que la Tunisie a besoin non pas de démocratie représentative devenue une pure confiscation du pouvoir par des élites privilégiées.
E. Demander officiellement l'adhésion de la Tunisie à l'Union européenne; et dans cette attente, agir pour amener à transformer au plus tôt le visa actuel en visa biométrique de circulation reconnaissant le droit inaliénable du Tunisien à circuler librement et comme une valeur éminente des droits de l'Homme. Certes, l'Europe tiquera; mais si elle veut la réussite en Tunisie de la démocratie comme elle le prétend, elle est obligée de réviser ses dogmes obsolètes en matière d'immigration. Sinon, elle confirmera la figure d'intégriste obscurantiste qu'elle affiche aujourd'hui en la matière. Or, pour une grande part, la preuve en a été donnée, sa politique migratoire insensée alimente de plus en plus les rangs des extrémismes religieux.