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lundi 26 mai 2014

Démocratie compétensuelle 1

Leçon en Tunisie des élections européennes : Pour une «compétensuelle»





L’histoire nous donne une leçon dont il importe de tenir compte afin de conjurer l’irréparable. On se rappelle que le premier responsable de l’ignominie indépassable dans l’indignité humaine contemporaine que fut Hitler était arrivé au pouvoir par des élections démocratiques. Le scrutin européen indique jusqu’où peuvent mener des élections quand la politique relève du conformisme logique.
 
Nos élections nationales seront une arnaque politicienne

Cela démontre que ce n’est pas le mécanisme électoral qui fait la démocratie; car elle n’aura alors du pouvoir que le nom, une démocratie formelle aux mains de corsaires de la politique, ces flibustiers postmodernes qui en font un métier de brigandage. Celui-ci n’est-il pas le vol avec violence en bande organisée? En politique, la bande est le parti et le vol porte sur la souveraineté populaire avec une violence bien pire que physique, car morale.

On l’a vu avec nos premières élections qui ont instauré un pouvoir guère différent de celui qui a été déchu, puisqu'il a usé de son arsenal juridique pour abuser d’une légitimité illusoire, servant ses intérêts propres au lieu des attentes populaires.

Les caractères essentiels de notre époque, pour user d’une autre expression durkheimienne, sont que la légitimité populaire est aux mains du peuple qui ne la délègue plus; il se présente et ne se représente pas. Comme dirait Walter Benjamin, il nous faut accepter que ne fasse sens que le «concret le plus extrême» et que l’on passe donc des instances nationales coupées des réalités, à des structures locales en prise avec elles.

Un président de la République, une assemblée parlementaire sont moins importants aujourd'hui que des assemblées municipales et régionales représentatives. Le pouvoir est à exercer au plus près des préoccupations populaires pour espérer y apporter solution. Le temps n’est plus à la centralisation ni à une décentralisation théorique; il est à une participation du peuple à sa propre vie, la prise en charge concrète de sa cité. Étymologiquement, le mot concret signifie croître avec (cum crescere), ce qui suppose un relationnisme, une implication organique dans le rythme du quotidien. C’est aussi le sens de la politique.

Persévérer à vouloir organiser des élections nationales au lieu des seules qui comptent, les municipales et régionales, c’est violer véritablement les acquis de la Révolution, en s'adonnant à une arnaque politicienne.

L'impérative transfiguration du politique

Il importe d'arrêter de ne penser qu’aux intérêts partisans, aux carrières politiques; il y va de l’intérêt de la patrie. Il est dans l’arrêt de l’entreprise de bouffonnerie politique qui se joue sous les yeux indifférents d'un peuple blasé par le cynisme de ses représentants, vus en guignols.

Respecter la révolution et son esprit, c’est rompre avec le passé en entreprenant la réforme juridique de grande ampleur qui s'impose et en rejetant les schémas surannés d’une soi-disant démocratie qui est loin de concrétiser l’exigence d’État de droit et d'une société de droits.

Cela suppose la mise à l’endroit de la pyramide du pouvoir; ce qui veut dire l'urgence de mettre en place des structures de décision à l’échelle des localités et des régions, autonomes d’un pouvoir central moins apte à connaître les problèmes du pays profond, y apporter solution adéquate.

Des élections de conseillers municipaux et régionaux, des gouverneurs aussi, par les citoyens constitueront la première condition d’une démocratie moins fantaisiste. Celle qui compte aujourd’hui est ce que j’appelle démocratie participale, aussi bien participative que délibérative, donc directe et citoyenne.

Le mécanisme des partis est dépassé, car il ne fait que diviser un pays dont on veut consolider l’unité. L’intensité du présent, la matrice de la politique en notre époque sont dans ces «zones d’autonomie temporaires» qui sont autant d’utopies interstitielles qu’incarnent les organisations de la société civile. C'est qu'elles accompagnent plus qu’elles ne maîtrisent les exigences citoyennes, leur donnant réalité au lieu de les nier pour construire la volonté surplombante d'officines disqualifiées.

Ce sont les associations qui sont les marqueurs de la démocratie. Au sens médical, le marqueur est cette substance repérable dans le corps humain éclairant sur son état. Dans le corps social, le diagnostic du marqueur associatif est éloquent, indiquant l'urgence de saisir le bruit de fond de la Tunisie déshéritée pour un nécessaire éclair inaugural, une transfiguration du politique en une cause majeure primordiale, loin du clapotis des causes secondes dont on voit outre Méditerranée à quelle impasse elles mènent.

Pour une «compétensuelle»

En Tunisie, on a enfin les ingrédients pour qu'une telle cause primordiale permette la réinvention du quotidien, incarnant le vouloir-vivre du Tunisien, l’homme sans qualité, dont la présence destinale à la politique est incontournable. C'est cela qui explique son rejet d’une légalité formelle devenue, pour cause d’excès d’injustice, une taxinomie assimilée à la taxidermie. 

On ne peut plus tuer ni ignorer l’élan vital populaire manifesté dans le corps social, ni en faire matière à analyse et cogitation stériles. Pour se préserver, la classe politique établie doit se délester de tout mensonge, de cette hypocrisie élevée en valeur morale, car la politique ne peut plus se passer d'éthique, elle est «poléthique».

Outre le principe de compétences apolitiques à généraliser en veillant à l'effectivité de la neutralité, il urge d'agir afin que les associations se substituent aux partis pour donner plus de poids et de pouvoir à la société civile, l’impliquant dans la gestion de sa vie quotidienne; c’est la vraie politique, la démocratie authentique. Je la qualifie de «compétensuelle», néologisme illustrant la symbiose des compétences et du consensus.

La «compétensuelle» représenterait donc la démocratie à la tunisienne. Elle suppose le dépassement des divisions politiciennes stériles au nom de l’intérêt du pays dont l’unité autour de l’essentiel ne peut être contestée.

Une telle innovation démocratique n’est ni irréelle ni utopique; et on est situé dans la bonne direction. Il suffit de croire la Tunisie en mesure d'inaugurer une nouvelle page dans l’écriture pragmatique d’une pratique politique renouvelée tenant compte de la raison participative, accentuée en raison participale, et finissant par révolutionner la science politique. Alors, le virtuel est réel.

 Tribune publiée sur Al Huffington Post