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mardi 29 octobre 2013

D'altermondialisme à mondianité 4

Le terrorisme est une banalisation du dogmatisme



Depuis les travaux définitifs sur la question de Hanna Arendt, on sait que le totalitarisme est la banalisation du mal. Or, pareillement, le terrorisme n'est qu'une banalisation du dogmatisme. Baudrillard parlait déjà d'une imagination terroriste nous habitant tous, un esprit du terrorisme, du fait d'une "perfusion mondiale du terrorisme qui est comme l'ombre portée de tout système de domination."
Un terrorisme pluriel :
Le terrorisme n'a pas qu'un seul visage, il est protéiforme, la terreur n'étant qu'une arme redoutable dont tout ennemi des libertés et des valeurs peut se servir. Or, on peut avoir une mentalité liberticide tout en étant animé de supposées bonnes intentions, comme les terroristes religieux, ou d'intentions crapuleuses, comme les maffias diverses.
Le dogmatisme peut ainsi relever de la religion, comme il peut relever d'une philosophie de vie dégradée jusqu'aux turpitudes; dans les deux cas, il s'appuie sur une conception définitive de la vérité jugée incontestable, en rejetant la moindre critique. Or, par définition, la vérité — surtout la vérité scientifique — est ce qui est toujours susceptible de contestation et de discussion; il n'est de vérité que supposant tôt ou tard le fameux fait polémique dont parlait Bachelard.
Il se trouve que nous sommes dans une époque où le religieux n'a plus la forme unique connue avec ce qu'on appelle religion civile, soit l'octroi d'une aura sacrée à des notions par essence civiques ou profanes, comme la nation par exemple.
Le dogmatisme est partout, donc; pourtant, on en parle si peu et on l'occulte pour une raison ou une autre, mais toujours par une attitude sectaire ou doctrinaire, scolastique même, y compris chez les laïques. Ce faisant, on ne réalise pas qu'on verse allègrement dans le fascisme tout en le dénonçant chez autrui.
Le dogmatisme est du fascisme :
Et le fascisme n'est qu'un type de dictature, celle s'attachant au nom du dictateur italien et qui fut un régime basé sur le totalitarisme, le plus excessif des corporatismes et un nationalisme exacerbé. En cela, le fascisme ne diffère pas trop de la maladie des sociétés instables, où l'État de droit fait défaut, qu'est la maffia.
Si l'on sait que celle-ci est une organisation criminelle issue de Sicile; l'île italienne si proche de nos terres, on oublie souvent qu'elle est structurée autour d'un clan familial infiltré dans la société et les différents échelons de l'administration publique. Nous avions cela du temps de la dictature; ce que d'aucuns ont intériorisé par la force de l'habitude ou de l'inertie. Or, pareille force est à la fois irrépressible et irrésistible, à moins de volonté et détermination farouches, de tout instant, pour arriver à la contrer efficacement.    
Nombre de nos habitudes et nos réflexes en Tunisie, sous couvert de dogmatisme, religieux et profane, demeurent marqués par les tares de l'ancien régime; et il est vain, vaniteux et irresponsable de les nier; ce faisant, on contribue à les banaliser, tombant bien vite dans les travers dénoncés.
Une réalité internationale :
Notre pays n'étant qu'un élément d'un système, sa position stratégique le faisant relever de l'Occident aussi proche qu'omniprésent dans notre vie quotidienne, il ne peut faire face seul à cet état de choses qui à des causes prenant souvent source hors de son territoire, des racines extérieures finissant même par structurer l'imaginaire de ses dirigeants et commander leur comportement.
Aujourd'hui, notre pays en pleine reconstruction est livré aux menées de groupes occultes qui cherchent à profiter de la situation. Il serait irresponsable de n'y voir que l'empreinte religieuse; outre les organisations terroristes salafies livrées à juste titre à la vindicte populaire, il est aussi des groupes travaillant dans l'ombre, s'adonnant à une criminalité n'ayant rien de religieux, ou pas nécessairement.
Comme l'Hydre, le terrorisme a plusieurs têtes et il ne suffit pas que l'une soit coupée, d'autant plus qu'elle repousse et se multiplie. Peut-on lutter contre le terrorisme en n'en voyant que sa face apparente, la déclinaison religieuse, quand on sait qu'elle n'est que celle d'un iceberg dont la localisation s'étend hors de notre territoire ?  
Pour un surcroît de solidarité :
Dans une récente chronique ici, j'ai abordé un aspect occulté du terrorisme en y assimilant la politique migratoire actuelle. Cela est bien avéré pourtant même s'il a choqué certains qui ne réalisent pas encore le degré de banalisation chez eux du dogmatisme.
D'autres terrorismes sont ignorés ou tus, comme celui qu'exerce le système économique libéral sur les économies fragiles des pays pauvres ou la pratique internationale du droit des gens taillée sur mesure pour le service d'intérêts hérités du passé et violant la légalité internationale, ainsi qu'on le voit en Palestine, la honte des démocraties modernes.
En l'objet, comme en toute matière similaire, on ne peut plus pratiquer avec la conscience tranquille l'antique langue de bois; en tout cas, dans la Tunisie de la première révolution postmoderne, ce n'est plus possible, sauf à être la risée d'un peuple réveillé à sa sagesse ancestrale. Depuis sa Révolution, notre peuple n'accepte plus une condition de second ordre, refusant désormais d'être considéré comme appartenant au mauvais côté de l'ordre mondial, celui des damnés de la terre.
Faire la politique, la commenter ou y participer nécessite aujourd'hui, en notre pays comme dans le monde, d'être objectif et honnête. On ne peut plus fermer les yeux sur des réalités aveuglantes, juste du fait que cela impose un surcroît de solidarité véritable et sans arrière-pensées. Et quitte à verser dans l'utopie, il nous est impératif de réinventer le réel afin qu'il cesse d'être la fiction qu'il n'est  de nos jours.
Pour ceux qui l'auraient oublié, rappelons, pour terminer, que notre poète national Chebbi avait déjà résumé cette éthique dans sa Philosophie du serpent sacré dont nous citons ci-après deux vers éloquents. Précisons, à cette occasion, qu'il définissait cette philosophie comme étant celle de la force savante en tous lieux, la prétendue science qui n'est qu'une docte ignorance. :

Il n'est de justice qu'avec les forces équilibrées
Et que le terrorisme par le terrorisme est arrêté.
Nul jugement ni portée n'a l'impuissante vérité;  
Au conquérant vainqueur est le jugement avisé !

لا عدل إلا إن تعادلت القوى ..... وتصادم الإرهاب بالإرهاب
لا رأي للحق الضعيف، ولا صدى، ..... والرأيُ رأي القاهر الغلاب