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mardi 11 juin 2013

Aux lumières de l'islam 9

Amina ou le leurre de la nudité en islam

La pudeur entre l'intégrisme et l'authenticité :
Outre le décalage mis à nu par la Révolution entre le pays légal et le pays réel, on assiste aujourd'hui, en Tunisie, à l'écart de plus en plus grand entre un islam minoritaire, officiel, mais inauthentique et un islam majoritaire, populaire et authentique. Et les péripéties de la tragi-comédie de l'affaire Amina ne font que mettre l'accent sur l'hiatus existant entre la foi véritable, celle qui n'est nullement pudibonde, et la foi affectée, prétendument islamique puisqu'elle puise ses référents dans une tradition judéo-chrétienne avec laquelle l'islam était venu prendre des distances.   
Aussi, Amina, aujourd'hui encore injustement poursuivie, mérite qu'on l'élève au statut de véritable militante musulmane défendant le statut de la femme libérée et honorée par l'islam. En cela, elle est le symbole de la femme libre de l'islam de la postmodernité, l'époque que nous vivons.
Quèsaco, sinon qu'elle représente bien la femme musulmane émancipée par une religion qui est loin d'être cette foi prude que des esprits machistes veulent imposer, y compris auprès de nos femmes elles-mêmes. En effet, l'islam est venu libérer la femme; et cette libération implique aujourd'hui que l'on est maître de son corps dont on peut disposer librement, y compris et surtout lorsqu'on est dans la sphère de la vie privée. Et la lecture correcte de l'islam ne permet de dire rien d'autre.
Même l'atteinte au tabou de la nudité qu'on reproche à tort à Amina n'existe pas en islam; car cette nudité n'est qu'un leurre dont usent et abusent les ennemis de la liberté; et nous le démontrerons dans cet article, preuves à l'appui. Nous commencerons, toutefois, par dire que l'affaire Amina est une mystification depuis le tout début. D'abord parce qu'on la poursuit pour des faits qu'elle n'a point commis.
À Kairouan, elle a été condamnée à une amende pour port de ce qu'on a considéré comme une arme et qui n'est qu'un simple aérosol d'autodéfense, peut-être présent dans les sacs de la plupart des femmes en Tunisie, et qui à la faveur d'un un arsenal juridique hérité de la dictature, s'est transformé en une arme d'attaque méritant sanction.
Dans la capitale aghlabide, Amina est encore poursuivie pour profanation d'un lieu sacré alors qu'il ne s'agit que d'un tag sur le mur d'un cimetière; ce serait bien le comble du ridicule si cela n'entraînait privation de liberté et risque de condamnation !
Mais l'injustice est encore plus flagrante car, en l'occurrence, il ne s'agit que de subterfuges destinés à punir la vaillante jeune femme pour ce qu'elle osa faire sur Internet. Et là, c'était violer et la loi morale et la loi tout court de la part de ses contempteurs; car Amina ne s'était pas dévêtue, comme on le colporte à tort, puisqu'elle n'a dévoilé que des seins comme nombre de nos mères le font lorsqu'elles sont amenées à allaiter leurs bébés en public. La vue d'un sein serait-elle devenue sacrilège tout d'un coup pour nos tartufes, alors qu'elle rappelle ce qu'il peut y avoir de plus noble dans la femme, son statut de mère ?
Ensuite, elle l'a fait sur un site virtuel; or l'internet n'est pas accessible au premier venu et la photo dénudée ne l'est que pour qui cherche à la voir. Donc, l'offense et la prétendue atteinte aux bonnes mœurs ne tiennent point, Amina n'ayant nullement exercé sa liberté en public, sur le trottoir, au vu et au su de tout un chacun, s'imposant au regard, violentant la liberté d'autrui. Encore que même ici, il y a moyen, en pur islam, de rétorquer que le vrai musulman est celui que n'offusque aucune vue supposée sacrilège, car il sait détourner le regard et doit même baisser le regard sur ce qui risque de le choquer. En islam authentique donc, c'est moins l'acte qui choque que le fait d'être choqué en s'abstenant du comportement exemplaire que notre religion conseille et qui consiste à s'élever au-dessus de l'ignominie, s'en détournant, la méprisant, n'y jetant nul regard.
Puis, il nous faut enfin bien admettre la liberté de chacun tant qu'elle n'empiète pas sur celle d'autrui; or, en quoi l'acte d'Amina empiète-t-il sur la liberté de son prochain? Bien au contraire, ce sont tous ceux qui lui reprochent de s'adonner à sa liberté, ainsi qu'elle lui est garantie en islam, qui enfreignent la loi, y compris islamique. Ils oublient ainsi qu'en islam vrai, la vie privée est strictement protégée et que quiconque cherche à la violer, comme font les détracteurs d'Amina, est susceptible d'être poursuivi plutôt que celui dont il viole le droit à une vie privée paisible. C'est ainsi que l'on doit comprendre notre religion en son esprit et non en travestissant ses enseignements. Et c'est ainsi que les défenseurs d'Amina doivent agir en se retournant contre ceux qui harcèlent à tort leur cliente, et ce au nom même de l'islam bien compris !
La pudeur en islam n'est nullement celle dont nous donnons une caricature aujourd'hui. Notre interprétation du nu n'est aucunement islamique; elle ne fait que reproduire des influences étrangères à l'islam qui lui sont venues de croyances étrangères à la coutume arabe et à l'esprit de notre religion, issues pour l'essentiel de la tradition judéo-chrétienne présente en Arabie au moment de la Révélation.
La nudité ne pose aucun problème dans la tradition arabe. Rappelons, ainsi, que le pèlerinage se faisait avec des femmes et des hommes absolument nus autour de La Mecque. Une pareille pratique s'est même maintenue après le triomphe de l'islam, puisque le prophète a toléré que le premier pèlerinage islamique se fasse selon la tradition des Arabes. Ce n'est qu'après qu'on a interdit la circumambulation des pèlerins dénudés.
Par ailleurs, le voile prétendument islamique n'a aucune prétention à la généralisation, sa légitimité étant religieusement précise. D'abord, il a concerné, pour l'essentiel, les femmes du prophète eu égard à leur statut; ensuite, sa prescription a été commandée par la nécessaire distinction imposée par l'époque entre les femmes libres, devant se couvrir pour être reconnues et respectées comme telles, et les esclaves dévoilées. De plus, le voile est bel et bien connu des autres religions et bien pratiqué dans tout le pourtour méditerranéen, sinon serait-on autorisé à qualifier les nonnes, par exemple, comme porteuses du voile islamique ? 
Il nous suffit de revenir à l'histoire aussi bien arabe que musulmane pour réaliser à quel point nos intégristes d'aujourd'hui violent et la lettre et l'esprit d'une religion respectueuse de la liberté des croyants à un point assez élevé jamais atteint par les autres religions des Écritures.
À titre d'illustration de pareil faux tabou islamique, ce leurre de la nudité en islam, je citerai ici quelques extraits du témoignage rapporté par notre éminent voyageur Ibn Battûta dans sa célèbre Rihla datant du 8e siècle de l'hégire/14e siècle de notre ère, où l'on voit bien déjà à quel point le voile intégral était si peu pratiqué en islam et où l'on ne dédaignait nullement, non pas seulement de dévoiler ses seins, mais de pratiquer carrément le nu intégral.[1]     
Ibn battûta et l'islam du nu intégral :
Les savoureux témoignages d'Ibn Battûta en matière de nudité ne concernent pas que les femmes; mais nous nous limiterons essentiellement à celles y relatives. Il commence certes par relever la pratique du voile intégral dans l'islam perse. Ainsi, à l'intérieur de la ville de Chiraz, les habitantes « portent des bottines et sortent couvertes de manteaux et de voiles, ainsi, l'on ne voit aucune partie de leur corps »[2]. L'islam turc est plus souple, par contre; on y ignore la rigueur du voile perse, car « c'est la coutume des femmes turques de ne pas se couvrir le visage ».[3]
Il en va de même en islam indien, les Indiennes musulmanes ne se voilant point le visage; et c'est pareil dans l'islam berbère. Ainsi, dans le Sahara africain, à loualaten, chez les Berbères messoufites, les femmes qui font « ponctuellement les prières », précise bien Ibn battûta, n'éprouvent toutefois « nul sentiment de pudeur en présence des hommes et ne se voilent pas le visage »[4].
Si le voile du visage n'est pas aussi répandu en terre d'islam, le voile tout court n'y est pas non plus de rigueur. Ainsi, dans « Dhibet el mahl », des îles au sud de l'Inde, les Maldives actuelles, le semi-nudisme régnait dans les souks. La majorité des Indiennes musulmanes avaient les seins nus « la plupart d'entre elles ne revêtent qu'un pagne qui les couvre depuis le nombril jusqu'à la terre; le reste de leur corps demeure à découvert. C'est dans ce costume qu'elles se promènent sur les marchés et ailleurs ».[5]
Ibn battûta raconte même que ces Indiennes repoussèrent le voile soi-disant charaïque quand il tenta de le leur imposer : « lorsque je fus investi de la dignité de khâdhi dans ces îles, je fis des efforts pour mettre fin à cette coutume et ordonner aux femmes de se vêtir, mais je ne pus y réussir ».[6]
C'est dans l'islam subsaharien et d'Afrique noire que notre illustre voyageur eut affaire au nu intégral. À l'époque de la Rihla, l'empire du Mali couvrait le double de l'actuel Mali en superficie, regroupant plusieurs pays subsahariens, dont le Sénégal et une tranche du Sud mauritanien. D'après El Bekri, l'islam y était entré dès le XIe siècle et les rois maliens étaient connus par leur ferveur religieuse, lisant et écrivant parfaitement bien l'arabe tout en accomplissant régulièrement le pèlerinage à La Mecque. C'est à l'un d'eux que l'on doit la grande mosquée de Tombouctou.
Malgré cette prégnance de l'islam malékite, on voyait les Maliennes toutes nues et sans la moindre gêne dans les rues de ce royaume musulman. Lisons ce que raconte Ibn Battûta qui a visité le royaume sous le règne du roi Mensa Souleïman (1341-1360), un fervent musulman, cheikh ou hâdj comme on disait à l'époque, épris de Fiqh et attirant chez lui les Ulémas malékites : « les servantes, les femmes esclaves et les petites filles paraissent devant les hommes toutes nues et avec les parties sexuelles à découvert ».[7]
Pareil accoutrement ne change même pas lors du mois sacré de Ramadan durant lequel on assiste même à une recrudescence de nudité, et ce particulièrement au moment de la rupture du jeûne. Écoutons notre illustre voyageur : « J'en ai vu beaucoup de cette manière pendant le mois de Ramadan, car c'est l'usage chez les nègres que les commandants rompent le jeûne dans le palais du sultan, que chacun d'eux y fasse servir ses mets qu'apportent ses femmes esclaves au nombre de vingt ou plus, et qui sont entièrement nues. »[8] 
Et même la célébration de la nuit sacrée du Destin ne déroge en rien à la règle du nudisme comme le précise notre auteur : « La vingt-septième nuit du mois du mois de Ramadan, j'ai aperçu environ cent femmes esclaves qui sortaient avec des vivres du château du sultan, et elles étaient nues. »[9]
Bien évidemment, d'aucuns peuvent être tentés de penser qu'il ne s'agirait peut-être là que d'un geste d'avilissement réservé aux esclaves. Or, il est précisé dans la Rihla que pour honorer la procession « deux filles du souverain, dotées d'une forte gorge, les accompagnaient et elles n'avaient non plus aucun voile sur elles ».[10] De plus, le père lui-même, le sultan Mensa Souleïmân, participait à la procession en cas de fête religieuse, précédé de crieurs répétant le credo de l'islam : « Il n'est de Dieu que Dieu. »[11]
La nudité n'est nullement réservée aux esclaves donc en ce royaume; ainsi, même les cousines du sultan, lorsqu'elles entrent à ses audiences publiques, se dévêtent intégralement. Lisons ce qu'il en est dit « C'est l'usage, quand elles se rendent chez le sultan, qu'elles se dépouillent de leurs vêtements et qu'elles entrent toutes nues. »[12]
Pareil nudisme intégral n'est pas propre à l'Afrique; il est aussi présent en Indonésie. Arrivé au pays de Barahnagar, Ibn battûta raconte qu'on y rencontre « un certain nombre de musulmans » mêlés à des tribus locales de nudistes. Là, tout le monde monte des éléphants habillés avec soin d'étoffes jolies importées spécialement du Bengale; mais seuls les animaux en sont ainsi drapés. Car « les hommes sont nus et ne revêtent pas d'habit, seulement quelques-uns placent leur membre viril dans un étui de roseau peint et suspendu à leur ventre. Les femmes se couvrent de feuilles d'arbres ».[13] Et si leur chef se distingue par un turban de soie et sa femme par des anneaux d'or à ses doigts de pied, ni l'un ni l'autre ne porte d'habit.[14]
Que l'on revienne donc à l'histoire pour redécouvrir à quel point l'islam a été une culture de liberté bien loin de la moindre pruderie ayant marqué les religions du Livre et qui, pour ce qui le concerne, offense son esprit même. Et qu'on agisse enfin en vrais musulmans en reconnaissant l'innocence d'Amina qui n'a fait qu'incarner son droit de femme libre tel que sa religion l'a consacré bien avant l'idéologie moderne des droits de l'Homme !

NOTES :


[1] Les citations reproduites ici sont extraites des Voyages d'In Battûta, en 4 volumes, texte arabe accompagné d'une traduction par C. Defremery et B.R. Sanguinetti, préface et notes de Vincent Monteil, éditions Anthropos, Paris 1969, 1951 pages. Voir aussi l'article de Emna BEN MILED intitulé : Vie de femmes à travers la Rihla d'Ibn Battutah (8e s/14e s) dans la Revue Tunisienne de Sciences sociales, n° 104/105, année 1991, p. 109, que nous suivons ici.
[2] Op. cit. tome 2, p. 54.
[3] Ibidem, p. 66.
[4] Op. cit., tome 4, p. 388.
[5] Ibidem, p. 123 et 124.
[6] Idem.
[7] Ibidem, p. 423.
[8] Ibid. p. 424.
[9] Idem.
[10] Idem.
[11] Ibid. p. 410.
[12] Ibid. p. 418.
[13] Ibid. p. 224.
[14] Ibid. 224 à 227.