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I-SLAM : ISLAM POSTMODERNE








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vendredi 25 janvier 2013

Faim de monde 7

Une feuille de route pour le nouveau gouvernement



À l'heure qu'il est, la conviction est quasiment acquise que la Tunisie aura un gouvernement Jebali II où la troïka sera reconduite avec, histoire de justifier l'acceptation des conditions stratégiques des partenaires principaux d'EnNahdha, son élargissement à quelques figures de l'opposition venues (ou débauchées) à titre personnel prêter main-forte au gouvernement.
Aussi, en guise de mot de bienvenue pour ce nouveau gouvernement, voici une esquisse de feuille de route en quelques conseils que je me permets de lui donner à partir de mes observations de terrain. Il s'agit d'une sorte de topo en instantané sociologique de l'état actuel de notre pays, nécessaire à avoir à l'esprit pour qui souhaite réussir à obtenir l'appui le plus large d'un peuple qui serait sinon acquis du moins nullement hostile à son action.   
Mais commençons tout d'abord par évacuer ce qui serait de nature à créer de la confusion en rappelant que nous ne sommes pas adeptes d'un cartésianisme dépassé, ayant épuisé son intérêt dans l'ère moderne, qui est derrière nous, en produisant un scientisme qui continue à polluer les esprits.
Ainsi, si ce qui suit peut paraître à d'aucuns relever de l'insensé, il faut leur rappeler que dans l'épistémologie postmoderne, il ne s'agit que de quelque réalité, certes nouvelle et même originale ou singulière, mais loin d'être dépourvue de sens.
C'est de l'in-sensé, et il nous faut désormais écrire ainsi ce mot en notre postmodernité où le cartésianisme réducteur n'a jamais été plus répudié, non pas dans sa scientificité méthodologique toujours opérante, mais dans son scientisme obsolète, qui n'est qu'une variante de l'esprit scolastique d'antan.
Aujourd'hui, la rationalité n'est plus une, elle est multiple, et la pensée irrationnelle en apparence peut bel et bien être rationnelle autrement, en relevant de celle qu'on appelle pensée contradictorielle où les contraires ne s'opposent ni ne s'excluent, mais se complètent.
Alors, qu'attendre du nouveau gouvernement? Que lui proposer afin d'incarner vraiment l'esprit de la Révolution?
Au-delà de la personnalité des ministres compétents ou incompétents, puisque la compétence véritable est dans les ministères et le personnel d'une administration qui fait la force de l'État tunisien, il nous faut des mesures phares à forte charge symbolique à la fois sur le plan interne et international pour signifier à tout le monde : le peuple en Tunisie et les dirigeants des pays amis, qu'ils ont bien affaire à un gouvernement qui parle au nom d'une Révolution modèle.
Certes, ce que je vais énoncer heurtera encore certaines convictions, bousculera des habitudes incrustées et violera des dogmes; mais qu'est-ce qu'une Révolution sinon cela, surtout quand elle a été aussi et surtout un coup populaire!
Que n'a-t-on dit, en effet, lorsque le président équatorien Rafael Correa a parlé de son projet de préservation de la forêt amazonienne contre un dédommagement nécessaire et conséquent pour son pays de la part de la communauté internationale? Cela n'a pas empêché le projet du parc de Yasuni d'être une réussite totale. Et, surtout, le président équatorien, considéré un temps comme un farfelu  ou un missionnaire des temps de légendes, d'initier en son pays une réforme profonde inventant une nouvelle gouvernance, pragmatique et humaniste hors des sentiers battus du modèle économique et politique dépassé bien que dominant encore le monde.
Ainsi a-t-il fait de son pays malgré sa pauvreté extrême et ses structures archaïques et figées une démocratie participative, sociale, se voulant en plus indépendante et écologique. Aussi l'Équateur est-il devenu aujourd'hui un modèle à suivre dans le Tiers-monde.
Pareillement, les mesures que je préconise ci-après sont de nature à être salutaires non seulement pour la Tunisie, mais aussi pour le monde tout entier, à commencer par le bassin méditerranéen, en initiant une nouvelle forme de gouvernance mondiale devenue inévitable. Que la Tunisie endosse la responsabilité de lancer le processus. C'est le peuple qui l'exige!
Sur le plan international :
Nous commençons d'abord par ce plan puisqu'il est la clef des réalités internes, contrairement à ce qu'on colporte contre toute saine vision des réalités du monde. Et nous réaffirmons le plus fermement ici que les plus hautes instances du pays (qui, soit dit en passant, semblent plus sensibles à cet argument de bon sens) doivent faire une cause nationale de l'exigence de la transformation du visa biométrique actuel en visa de circulation.
Il est du devoir national et historique du gouvernement tunisien de signifier à ses partenaires, notamment européens, pour des raisons de droit et de morale (que j'ai longuement détaillées dans mes divers articles, ici et ailleurs), que les relations internationales ne peuvent plus obéir aux catégories désuètes, devenues nuisibles. Et il doit être clair en osant soutenir que sans cela, il ne coopérera plus à la moindre mesure de lutte contre l'émigration clandestine.
Sur ce même plan, le gouvernement se doit aussi de demander solennellement l'effacement de la dette contractée par l'ancien régime. Il est éthiquement inconcevable, en effet, qu'il continue à prélever sur les biens du peuple, déjà assez spolié par la maffia de l'ancien régime, de quoi rembourser une dette qui a servi, pour l'essentiel, à entretenir les frasques de ses anciens dirigeants maffieux.
Il est d'ailleurs pour le moins incompréhensible que le gouvernement de la troïka ne l'ait pas déjà fait; est-il plus sensible à l'argument consistant à ménager les intérêts financiers internationaux que les intérêts légitimes de son peuple?
Et à supposer devoir voir les choses d'un point de vue d'éthique internationale, la morale ne commande-t-elle pas de ne pas déposséder un peuple déjà pauvre pour l'appauvrir davantage en faveur de riches débiteurs qui peuvent toujours rentrer dans leurs fonds en encourageant le développement d'un pays dont l'économie reste dépendante de celle des pays débiteurs et de leurs financiers?
Ainsi, les débiteurs de la Tunisie n'ont absolument rien à perdre, sauf un peu d'arrogance qui n'est plus de mise en ce monde nouveau en gestation. Ce ne sont que leurs propres intérêts qu'ils sauvegardent s'ils voulaient savoir !
Sur ce même plan international enfin, le nouveau gouvernement doit clairement se définir comme agissant en Tunisie pour la promotion d'un islam des Lumières, car authentiquement démocratique, conforme aux préceptes internationaux de la démocratie, et donc postmoderne.
Cela doit inspirer sa diplomatie dans ses rapports avec les pays frères et amis, notamment musulmans, la Tunisie ne devant jamais manquer d'insister sur son attachement aux valeurs démocratiques, non pas seulement en tant que démocratie, mais bien et surtout en sa qualité de pays authentiquement islamique.
Il est temps, en effet, d'en finir avec cette ineptie de l'opposition entre l'islam et la démocratie, entre la spiritualité islamique et les valeurs internationales. L'islam vrai est fondamentalement démocratique, car il est une culture universelle aux valeurs humaines éternelles. Dire le contraire, c'est vicier le message originel de notre religion.
Pareil affichage aura l'avantage de délester notre diplomatie de ses boulets et travers actuels, qui certes ne lui sont pas propres, mais dont l'effet immédiat est d'altérer une originalité certaine à laquelle elle peut légitimement prétendre.
Il s'agit donc de se débarrasser de cette langue de bois qu'on croit nécessaire et à laquelle nous contraint une fainéantise intellectuelle à lire correctement notre religion, à y relever son essence, au point de la réduire à une manifestation, tant chantée par ses ennemis, de l'inanité de valeurs humaines qu'elle ne fait que porter au pinacle. 
Sur le plan interne :
Sur ce plan, le nouveau gouvernement se doit d'organiser au plus vite, au sein de chaque gouvernorat et municipalité, des assises ouvertes au peuple et aux structures de la société civile pour impliquer les plus larges masses dans le choix des responsables appelés à être en charge de leurs intérêts.
La forme de la démarche importe peu; ce qui compte c'est de mettre en place une démocratie directe sans arrière-pensées, juste inspirée par l'intérêt du pays, à commencer par celui des plus pauvres de nos compatriotes. En effet, l'essentiel est de faire participer les masses à la désignation de leurs responsables puisqu'elles sont les mieux placées pour connaître leurs problèmes et en parler.
Est-ce utopique? Il serait bien plus utopique de ne pas s'y essayer en prétendant vouloir servir le peuple ou résoudre ses problèmes sans l'impliquer dans le choix de ses responsables!
De plus, la société civile a désormais aujourd'hui en Tunisie un réel poids lui ouvrant le droit d'avoir un rôle à jouer à la mesure de son activisme qui fait tous les jours la preuve de son sérieux et de son intérêt. Et le peuple, bien plus mûr que certains de ses dirigeants, doit nécessairement être impliqué dans la gestion de ce qui le regarde en premier.
Car la question à se poser ici, la seule pertinente, est de savoir si l'on est véritablement dans un pays de révolution, si l'on a affaire à un gouvernement révolutionnaire, coupant réellement avec un passé qui cherche toujours à refaire surface.
Si oui, et la réponse positive ne peut tarder de la part de ce gouvernement, le premier véritablement choisi démocratiquement, alors il n'y a pas d'autre choix que de cesser d'user de subterfuges et de singer la politique de ses devanciers. Il se doit d'innover dans la pratique politique, et ce en recourant à la démocratie directe; une nouvelle manière de gouverner.
Sinon, il n'a qu'à laisser la place à ses devanciers, car ils sauront, bien mieux que lui faire la politique selon les règles antiques. C'est juste une question de logique politique.
Ce gouvernement Jebali bis doit aussi et surtout urgemment déclarer des mesures d'austérité au niveau de tous les domaines dans la haute administration publique, en commençant par les salaires élevés, indemnités et privilèges, voiture de fonction, commodités et solennités y compris; tout ce qui n'est nullement nécessaire à l'exercice efficace du pouvoir.
Il est une évidence ici que le serviteur de l'État doive apprendre à s'acquitter de son ministère comme d'un sacerdoce, le faire à la manière d'un soldat, se satisfaisant de l'honneur de servir son pays.
En effet, trop de politiques, et pas seulement en notre pays, ne viennent au pouvoir, aux responsabilités, que pour en profiter financièrement ou, pour le moins, pour le prestige du titre. Cela ne correspond ni à notre morale islamique ni à notre situation économique et sociale.
Aussi, en Tunisie, révolutionnaire qui plus est, la pratique politique doit être un service exclusif du peuple. Aucun politicien ne doit y venir pour ses intérêts privatifs et juste pour servir. En dépouillant le service politique de ses solennités inutiles, à commencer par les indemnités et les privilèges indus, on  éloignera sûrement des allées du pouvoir tous les profiteurs. De plus, la pauvreté de l'État et l'état de misère de la quasi-majorité de nos citoyens doivent interdire le moindre signe inutile de richesse.
Dans ce même esprit, le personnel politique ainsi réhabilité, en étant ramené à sa base sociologique réelle, doit être en relation directe avec ses administrés. Aussi, outre l'invitation à prendre, par exemple les moyens de transport communs, comme c'est fréquent dans les véritables démocraties, nos ministres et hauts responsables ne doivent plus se couper du peuple et, non seulement aller vers lui constamment, mais le laisser venir à eux en facilitant le contact direct par tous les moyens possibles de communication, y compris directement, ne s'enfermant plus dans leurs ministères, ne s'entourant point d'huissiers et autres gardes.
Voici donc quelques mesures de bon sens et d'urgence que le gouvernement n'a nullement le choix de mettre en place, quelle qu'en soit la forme, s'il souhaite innover et marquer de son empreinte son passage aux commandes. Et sans risque de me tromper, je dirais que pareille empreinte sera énorme, à la mesure du courage qu'il lui faut pour envisager les mesures révolutionnaires proposées et les mettre en pratique, la résistance des mauvaises habitudes et la résilience de la psychologie utilitariste ne manquant pas de l'en empêcher.
Mais, pour qui croit que l'art politique véritable est celui de faire de l'impossible quelque réel possible, il n'est nul objectif inatteignable. Or, l'art politique véritable est de la nature de ce merveilleux créant les nouveautés, amenant à écrire autrement la réalité, comme de calligraphier autrement les mots, l'impossible devenant par exemple im-possible, soit un possible avéré, le préfixe im ne désignant que ce contraire qui n'est, étymologiquement, que ce qui est de même sens.
Ainsi, l'opposition alléguée n'est qu'une apparence trompeuse, l'opposé n'étant que la nécessaire mise à l'endroit des choses quand la vision est biaisée ou la claire vision l'exige. N'écrit-on pas le mot police à l'envers sur les véhicules des forces de l'ordre pour voir le mot à l'endroit?
Il en va pareillement pour l'action du politicien pour que son interprétation de la réalité sur laquelle il doit agir soit juste; paraissant verser dans l'illusion et taquiner l'impossible, il n'agit en fait que dans le concret, fondant la plus tangible et la plus prometteuse des politiques possibles.
À méditer donc par notre nouveau gouvernement à qui nous souhaitons bon vent en recommandant : que cette feuille, juste inspirée par l'intérêt général hors tout souci partisan, n'ait ni le sort des feuilles d'automne ni ne serve de feuille de vigne!      
Publié sur Leaders