Ce qui nous occupe, s’agissant de mort et de survivance, c’est leur occurrence au sein de la matière, ce qui se caractérise plutôt mieux par le sommeil - soit petite mort - et l’éveil, d’un côté et, de l’autre, par le grand sommeil, soit la mort proprement dite, suivie d’éveil et donc de survivance, laquelle ne concerne que les esprits, soit l’énergie que nous opposons ici à la matière. Or, l’univers (ou le multivers selon l’épistémè d’aujourd’hui) est fait d’énergie et de matière, même s’il n’est pas faux de dire, depuis Einstein avec sa fameuse équation, que les deux ne sont que des formes d’une même substance, au sens de la matière qui ne serait qu’une forme extrêmement condensée d’énergie. Ce qui reviendrait à dire que la matière, sous forme de particules énergétiques, n’est que de l’énergie, piégée en quelque sorte.
Qu’est-ce donc la matière sinon la capacité de production d’un travail qui serait notamment le mouvement, la chaleur, la lumière ? Et la matière connue dans l’univers, soit les atomes, les étoiles, les planètes, n’est-elle pas qu’une infime partie d’un tout - qui nous est encore inconnu – composé tout juste à 5% de la matière proprement dite ou ordinaire à côté de ce qu’on appelle énergie noire, à 68%, et de la matière noire, à 27% ? Or, la matière ordinaire, soit tout ce que nous visionnons comme gaz, étoiles et nous-mêmes, ainsi que la matière noire, substance invisible qui ne brille pas, mais ayant une force de gravitation reconnue, subissent l’influence de l’énergie noire, forme d’énergie encore mystérieuse qui est derrière l’expansion de l’univers.
Voilà la vision de l’univers la plus banale avec la présence de la matière, mais qui est de plus en plus contestée par celle de la physique des champs issue de la théorie quantique qui suggère que tout l’univers n’est que champs semblables aux champs électromagnétiques où la matière d’un électron, par exemple, qu’on appelle particule par ailleurs, n’est qu’une vibration, une sorte d’excitation énergétique dans un champ magnétique. Ce qui confirme bien ce que nous disons, à savoir que le vaste univers n’est qu’une totalité d’énergie où les zones denses seraient de la matière et le reste, bien plus fluide, le rayonnement de l’énergie.
Pour nous, seule l’énergie - ou cette matière fluide - serait immortelle tant qu’elle échappe à sa condensation matérielle. Ce qui, appliqué à l’humaine nature, nous fait dire que le spirituel dans l’humain est de l’énergie non condensée, échappant à la condensation matérielle du corps lors du sommeil – qui serait donc déjà une petite mort – pour rejoindre l’énergie globale environnante. Et il n’est pas que le sommeil pour permettre une telle dissociation passive en quelque sorte de l’énergie et de la matière en nous ; il est aussi une technique encore plus efficace, car consciente, qui est l’éveil spirituel, soit le travail sur soi pour maîtriser la matière du corps par la pensée et l’esprit. C’est bien évident déjà, au reste, chez les grands spiritualistes ou les ermites et autres fakirs.
Mais qu’est-ce l’éveil spirituel sinon une extension de l’énergie de l’esprit en soi entraînant un rétrécissement de la matière qui commence dominante avec la naissance et le reste en l’absence de travail spirituel. Celui-ci prend la forme d’une action éthique sur la conscience, agissant sur le comportement, et aboutissant à un détachement de la condition matérielle de l’humain, la préservant de la matérialité au-delà du strict nécessaire à sa condition terrestre. L’incarné n’est ainsi pas détaché de ses attaches avec l’énergie cosmique d’où il vient et où il retourne, l’en rapprochant même.
De la sorte est éveillé l’humain ayant épuisé en lui la matérialité en y augmentant la spiritualité tant par l’acte et l’attitude de rejet sinon de stricte limitation des manifestations les plus évidentes de la matérialité animale en lui que par la pensée et la philosophie de vie. L’éveillé est donc un être en plus grande syntonie avec l’univers énergétique cosmique, moins rivé à sa nature matérielle provisoire qu’à celle – durable - d’énergie, fluidifiant au fur et à mesure des étapes de sa vie terrestre sa matière condensée au point d’être bien plus esprit que matière, davantage énergie que matière. N'est-ce pas ce que qualifiait les anciens philosophes par ce vivre qui n’est qu’apprendre à mourir ? Au final, qu’est-ce la mort que ce processus mené à son terme, soit volontairement soit accidentellement, de libération de la condensation matérielle, supposée disparition, et qui ne saurait concerner l’esprit devenant invisible, mais juste son enveloppe matérielle ?
Aussi, être éveillé chez l’humain détaché des contingences matérielles, ce n’est rien d’autre qu’être éveillé aux réalités cosmiques où la matière et ses retombées, comme la vénalité, sont bien futiles outre d’être éphémères, juste un expédient pour le voyage qu’est la vie terrestre, un strict nécessaire en viatique, et sans jamais oublier son aspect moral à privilégier à l’injonction éthique, y déférer en première manifestation de spiritualité. Or, elle n’est véritablement authentique que si l’éveillé de ce que je nomme humanisme intégral, n’ayant pour religion que la foi en l’humain sans nulle limitation dogmatique de religiosité ou de nationalité, ces artefacts propres à une incarnation terrestre en totale rupture avec l’essence de l’être qu’est d’être une énergie cosmique libre et libérée du moindre attachement matériel.




