Les Nouveaux Esprits Scientifique et Anthropologique que l’on doit à Gaston Bachelard et Gilbert Durand appellent logiquement à un prolongement que serait c que je nomme Nouvel Esprit Humaniste. Au reste, si je développe dans mes écrits NOESI-S l’acronyme de ce que je nomme Nouvel Esprit I-slamique, c’est bien dans la continuité à la fois de Durand et son nouvel esprit anthropologique et son maître Bachelard et son nouvel esprit scientifique. De fait, il ne s’agit que d’une déclinaison de leur démarche scientifique, l’esprit de leur démarche étant appliqué à un domaine précis de l’esprit religieux, celui ayant trait à l’islam. Bien évidemment, la même chose est possible pour toute autre religion, notamment monothéiste par ses propres spécialistes auxquels je ne saurais pour ma part me substituer.
Par contre, ce que je ne saurais pas ne pas faire, c’est bien de développer les implications plus généralistes de cette NOESI-S débordant le cadre restreint du domaine spécial de l’islam et celui des autres fois comme le judaïsme et le christianisme pour les unir en un nom générique que je nomme Nouvel Esprit Humaniste (NEH) sous-entendu Intégral et que j’abrège en HumIn pour Humanisme Intégral. Ce qui serait, à la manière de la philosophie déconstructiviste chère à Jacques Derrida, créer une nouvelle orthographe de l’humain, le réduisant en extraction de son essence en résonance inconsciente avec l’humus qui ne devrait point être en conscience, même si cela reste sa destinée une fois la conscience disparue avec la mort et le retour à la terre d’où il est issu. Aussi, si le néologisme Humin renvoie à Humus, c’est bien à la fois en limon, terreau et glaise que terreau soit vivier et pépinière pour l’esprit qui seul peut être humIn : humain intégral.
Avec le détour par Noesi-s, j’aurais ainsi procédé, en apparence, en inversant la démarche, mais sans nullement déroger à l’esprit scientifique en commençant par la démonstration avant l’énoncé du principe que je n’aurais pas moins inféré de l’intuition de l’i-slam, islam humaniste intégral, soit foi de droits et de libertés. Ce qui s’insère parfaitement dans la démarche de Bachelard et de son élève Durand en la prolongeant au travers de la théorie de la postmodernité telle qu’incarnée aujourd’hui par Michel Maffesoli, élève de Durand.
Rappelons, par ailleurs, qu’un tel passage a opéré un colossal saut épistémologique entre deux mondes. D’un côté, les années 30, avec notamment Le Nouvel Esprit Scientifique (NES), l’ouvrage de Bachelard venant confirmer l’émergence de la relativité et des acquis de la mécanique quantique et rompant avec le rationalisme classique cartésien dénoncé en cartésisme. De l’autre, les années 70-80 avec Science de l'homme et tradition : Le nouvel esprit anthropologique (NEA) de Durand confirmant la nécessaire rectification des erreurs de la science, particulièrement dans les sciences humaines où les méthodes classiques sont particulièrement inopérantes, imposant de reconnaître l’imaginaire, le symbole et le mythe. Or, l’ensemble de l’épistémè du siècle dernier est désormais dépassée, ces deux premiers esprits ayant inauguré non seulement une transition cognitive, mais surtout une rupture avec une ancienne façon de pensée commençant par la revalorisation de l’imaginaire et imposant la découverte des vastes sens et leur variété du sens, incluant le supposé insensé ou non-sens, en contestation directe avec un scientisme obsolète et un positivisme archaïse unidimensionnel.
De la sorte, et comme l’on est aujourd’hui face au retour en force d’une pensée sauvagerie dans ue épistémè bien nihiliste pour le moindre humanisme, l’ouverture impérative à la "pensée sauvage", dont on avait déjà parlé en antidote à la supposée homogénéité rationaliste, est parfaitement bien appropriée pour y faire face tout en étant le vrai humanisme. Car il est de plus en plus nié par la supposée pensée rationaliste fort marquée par un utilitarisme mercantile et mesquin d’un capitalisme dévergondé allié à un impérialisme faisant fi de toute valeur morale contrariant ses cardinales valeurs matérielles.
Or, le Nouvel Esprit Humaniste est inspiré par l’universalité, concrète et non simplement formelle, de l’archétype qui se situe au-delà de la rationalité désincarnée, y introduisant la subjectivité de la raison sensible avec ses aspects culturels. Ce qui prolonge le dépassement bachelardien grâce à l’intuition en raison refondée, ainsi que celui que l’on doit à Durand de la rationalité étriquée et du positivisme naïf par l’ouverture à l’imaginaire humain. D’autant que ce dernier n’est pas seulement une conscience, mais un inconscient, ce Soi jungien qui le complète et nécessite ce que l’on nomme individuation, oeuvre de conscientisation pour atteindre à l’être complet, le concilier avec l’être-là, le Dasein heideggérien.
D’où une nouvelle approche méthodologique en suite de la révolution épistémologique inachevée et jamais achevée, situant en son centre l’humain, non pas ainsi que galvaudé, étant justement le contraire de l’humus, d’où le néologisme humin à la manière de celui de différAnce de la déconstruction philosophique de Derrida. Ainsi résout-on un aspect posant toujours problème en matière de crise méthodologique en sciences humaines.
C’est que, plus que jamais, les méthodes d’antan ne rendant point compte de la complexité de l’humain avec le développement des sciences cognitives et les acquis de la psychologie des profondeurs. Or, outre l’universalité de l’imaginaire désormais acquise, et ce qu’on a appelé mythanalyse entendant, par la mythocritique, atteindre aux dimensions fondamentalement universelles de l’humain encore inexplorées, sinon à la surface et rarement en partant de l’expérience concrète de l’humanité, ou alors réduite aux obsolescentes connotations moralisatrices. Ce qui, après la pensée complexe contradictorielle, s’ouvre à la pensée humaniste en négation de l’humus présent en tout humain, autorise une approche pertinente, moins dogmatique de l’humanisme, qualifiant l’humain dans sa définition axée sur sa nature en antonyme de l’humus, soit en HI ou Humanisme intégral, totale synonymie avec le vrai humanisme universel.



