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vendredi 5 août 2016

Jeune Tunisie 4

El Menzah 7 : la mort de Louaÿ ne doit pas rester sans suite



Une jeunesse sacrifiée
Loaÿ, le jeune d'El-Menzah 7*, est mort à l'âge où les fleurs s'épanouissent ; il venait d'avoir son baccalauréat et rêvait d'un avenir radieux, à la mesure de ses immenses qualités morales et humaines qui étaient de notoriété publique.
Il aimait aussi tendrement une petite amie de cet amour innocent et sincère dont ne sont capables que les cœurs purs des jeunes, un amour divin. Un amour noble qui amène à se sacrifier pour l'être aimé.
C'est ce qu'a fait Louaÿ, se tuant par accident en voulant éviter à son amie le moindre tracas auprès de quelque police des moeurs. En effet, il se trouvait, en tout bien tout honneur, chez elle, en gentlemen ; son amie a même laissé les clefs de l'appartement sur la porte en preuve de l'innocence de son invitation à son ami d'entrer chez elle.
N'est-ce pas une tradition sacrée chez nous d'ouvrir sa porte aux amis, d'honorer nos invités, même s'ils viennent à l'improviste ?
Coupable d'innocence
Or, une personne du voisinage n'avait rien à faire que surveiller la vie privée des gens ; voyant les deux jeunes entrer ensemble, elle a aussitôt nourri les plus noires idées sur leurs intentions.
Elles étaient toutes inventées dans son imaginaire fleuri, riche en idées turpides, que seule une imagination malade fait naître. Aussi osa-t-elle enfermer les deux jeunes gens, dénonçant des turpitudes farfelues, appelant les forces de l'ordre.
De quel mal étaient-ils coupables ? D'aucun, sauf d'échanger tendrement un sentiment d'amour amical et chaste, celui qui lie les cœurs encore dans l'enfance.
Si ce n'est pas ce qu'a vu la voisine, s'imaginant les pires scénarios, criant au scandale et à la perversion, c'est que nos lois sont scélérates en ce domaine. Elles interprètent mal la morale, nourrissant la haine de l'innocence et de l'amour courtois chez les gens, les assimilant à la dépravation, à la débauche.
Aussi, craignant pour l'honneur de son amie, Louaÿ a tenu à quitter son appartement par la fenêtre. Il a glissé et, tombant du 5e étage, il est mort sur le coup.
Une sanction pour l'exemple
Cette tragique mort, absurde qui plus est, ne doit pas rester sans suite ; elle impose la punition sévère de la personne qui en a été la cause ; une punition pour l'exemple.
Certes, la dame a cru bien faire. Servant une morale immorale, mais légalement encouragée, elle est devenue suspicieuse, haineuse des sentiments purs en l'homme, y compris ceux qui l'honorent. Y a-t-il mieux que l'amour en l'humain pour l'élever au statut du divin ? La piété n'est-elle pas d'abord sentiment amoureux ?
La voisine est responsable indirectement de la mort injuste de Loaÿ, ayant exercé une violence morale illégitime sur les deux jeunes gens qui n'avaient absolument rien fait de mal ; or, c'est punissable pénalement. Elle a aussi directement violé leur intimité, ce que sanctionnent aussi bien la loi que la religion.
La tragédie de Menzah 7 doit par conséquent déboucher sur une sanction sévère et ce à la fois pour rendre justice à l'innocent trépassé que pour l'administration de l'exemple. Ainsi, à l'avenir, se retiendrait-on de s'immiscer dans la vie privée des gens qui ne regarde personne !
Une législation à revoir
Il y a toutefois bien plus coupable ici que cette dame : nos responsables politiques, et surtout religieux, qui n'osent pas abolir les lois qui sont à l'origine d'actes irresponsables.
Ces lois obsolètes, faussement vertueuses, sont devenues le terreau d'un terrorisme mental faisant croire aux bonnes gens agir en conscience et en toute légitimité quand elles commettent des actes répréhensibles, encore plus odieux que contre quoi elles s'élèvent.     
Une telle législation doit être au plus vite revue, et suspendue même dans l'attente d'être amendée ou abolie. D'ores et déjà, elle doit susciter un débat rapide au plus haut niveau, étant devenue criminogène. Sinon, on déplorera d'autres drames, assurément !
À défaut de suspension immédiate que commande la bonne logique et une saine gestion de la moralité publique, il va falloir rendre périlleux le recours à ces textes en punissant sévèrement ceux qui s'en réclament. Ce serait un biais pour décourager les gens d'user de nos lois scélérates.
C'est ainsi qu'a agi le calife abbasside Al Mansour qui, rappelons-le, était un fin jurisconsulte. En effet, pour amener les plus zélotes religieux d'arrêter de violer l'intimité des gens à Bagdad afin de les dénoncer pour consommation d'alcool, il ordonna à sa police de punir le dénonciateur du double de la sanction encourue par le coupable. On rapporte que cela mit fin aussitôt à la délation, permettant enfin le respect de la vie privée des gens, ainsi que le commande la religion au demeurant.



Publié sur Kapitalis