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lundi 9 juin 2014

Libre Tunisie 6

Une grammaire politique de la Tunisie




Si l'on tentait une grammaire tunisienne, on est tenté de dire que l'on a affaire à un Tunisien qui, relevant du passé simple, est aujourd'hui au présent de l'indicatif à la faveur de son Coup du peuple. Ce serait considérer la Tunisie passée du subjonctif à l'impératif; ce qui est loin d'être le cas. Contrairement aux professions de foi et aux assurances politiques, le peuple n'est pas encore en ce mode du verbe exprimant ses souhaits, ses exhortations à défaut de ses ordres.

Pourtant, son coup se voulait injonctif; il est réduit à n'être au mieux qu'indicatif, la volonté populaire étant à peine énoncée, simplement et de façon neutre.

Subrepticement, les manœuvres en coulisse agissent en mode personnel, érigeant les acteurs censés représenter les masses populaires en mode subjonctif, marquant l'irréalité plus ou moins certaine de leur voracité du pouvoir.

Les temps primitifs de la politique 

Comme disait Chateaubriand dans Voyage en Amérique, on n'est encore en Tunisie qu'aux trois temps primitifs de la politique : un présent plus indéfini qu'indicatif, un prétérit exactement défini bien que devant être indéfini et un futur simple, mais pas simpliste, qui doit s'affirmer pour être parfaitement affirmatif.    
  
Dans un monde en pleine crise, plus particulièrement en son sud, le mode futur est généralement inexistant; ne restent donc que les deux autres temps, un mode duquel relèvent les élites et les masses qu'elles ne représentent plus  malgré leurs prétentions. 

Toutefois, en Tunisie d'aujourd'hui, un tel futur peut renaître selon la loi de la palingénésie naturelle, renouvellement de la nature qui meurt et renaît sans cesse. Pour cela, il doit en aller en politique comme dans l'exercice de grammaire, la vie s'y conjuguant à tous les temps. Car on n'y vivait, sur le plan officiel, qu'au temps du subjonctif, le peuple survivant grâce à un présent de narration, parfois même au futur antérieur. 

Même le nouvel esprit de la Révolution a vite été récupéré pour un retour aux règles implacables d'une grammaire politique où l'erreur dépasse en gravité celles, fréquentes en rhétorique, du sens et du contresens que permet la langue et qu'autorise la prosodie aux poètes, y compris les poétereaux et rimailleurs politiques.
   
Les formes du verbe politicien y sont désormais rétives aux règles latines, puisant plus de libertés dans la grammaire arabe, variant selon les personnes qui en usent, les temps dont elles relèvent, leurs modes, leurs voix.

En ce temps de docte ignorance ainsi qu'en parlait de Cuse, nous faut-il nous souvenir que la conjugaison elle-même ne désigne pas un sens arrêté. Biologiquement, elle est aussi le mode de reproduction sexuée par accouplement d'individus semblables. 

Parlant de conjugaison, nous n'excluons donc pas la politique hors du pays, le personnel tunisien n'étant que la reproduction de certaines espèces étrangères, frères siamois dans cette mondialisation effrénée. Qu'est-ce donc la société politique depuis Bourdieu, sinon une reproduction à l'infini ?   

La Tunisie en mode créatif 

Il est un mode nouveau en train de naître en Tunisie, créatif, au-delà de la simple forme inchoative d'antan, une forme verbale conforme à l'esprit du temps faisant utilité de l'inutile et sens du non-sens. Ce qui semble irrationnel peut alors n'être qu'une rationalité autre, créative, conforme à un imaginaire faisant conscience nos actes.

Dans le même temps, les dirigeants restent encore au passé simple, le peuple étant  passé au présent de l'indicatif et le pays — qui est jeunesse — au mode injonctif. S'ils ne relèvent pas du passé simple, certains dirigeants ne dépassent pas  le temps du récit, demeurant à l'imparfait de l'indicatif. Cela les rapproche de la réalité de quelques Tunisiens n'arrivant pas à se libérer d'un présent de narration, jamais de la majorité ayant basculé au présent de l'indicatif, celui de sa vérité présente, hic et nunc, un présentéisme postmoderne.

Dans leur action, au mieux a-t-on affaire à ces mots appelés déictiques, dont on ne saisit le sens que par une référence au contexte énonciatif. Comme ici ou demain, nous avons des politiciens d'ici, ramenant tout à leur état, leur condition de présence au pouvoir auquel ils s'accrochent, sans lequel ils ne seraient rien; et des politiciens demain, leur politique conjuguée au futur, jamais concrète, que des promesses, vœux pieux.

Absents des soucis de leur peuple, nos politiciens s'en distinguent par l'association flagrante à la troisième personne avec un ego surdimensionné; leur temps est celui du récit, leur politique relève du passé simple ou de l'imparfait de l'indicatif, rarement du présent de vérité générale, ou à la limite du présent de narration. La vérité ne peut sortir de leur bouche où la langue est de bois; leur action ne constitue même pas des déictiques temporels étant hors discours oral, hors plan réel non réduit au réductionnisme du principe de réalité, ce réal populaire en l'âge des foules.   

Dans cette grammaire de la démocratie tunisienne, c'est d'un accent circonflexe qu'on a besoin, une langue de vérité dans une politique éthique où prime la conscience. L'accent moral d'une conscience nouvelle dans ce qui serait une poléthique. Pour les politiques, terminaisons verbales, relevant de l'ordre du passé, voulant réduire le salut du pays au passé simple, cet accent indiquera la distinction nécessaire, non seulement morphologique, mais aussi de l'existence même de ces affixes politiques. Tout comme les morphèmes grammaticaux, ils ne sont que des unités minimales de la politique nouvelle. 

Comme le circonflexe sur i et u au temps populaire du subjonctif et en cas d’ambiguïté, un accent d'accentuation éthique est imparable en ce pays, sa tradition spirituelle, l'imprégnation religieuse du moindre signe de la vie populaire l'imposant aux politiques, non pas en objet d'ostentation qui ne trompe pas, mais en une sincérité de conviction, loin des faux-semblants. 

Cela passe par le renouvellement de notre approche d'une religion caricaturée; car l'être en Tunisie est un vouloir-être d'un peuple réveillé à sa puissance sociétale. Sa quête est un nouvel esprit islamique en prolongement logique du passé, mais pas simple, plutôt complexe parfaitement scientifique, dans la suite Bachelard et de Durand, un esprit islamique scientifiquement anthropologique.  

Publié sur Al Huffington Post