La nouvelle année est une année de plus, soit une avancée dans l’âge. Or, quand ce dernier est bien avancé, il est propice à davantage de sagesse grâce à l’expérience acquise. Malgré cela, il est pas mal d’évidences qui continuent à échapper à notre attention ; or, les leçons tirées de la vision spiritualiste de la psychologie humaine, telle celle de Carl Gustav Jung, permettent de méditer et de mieux tirer profit de son passage sur terre. En voici quelques-unes pour bien entamer la nouvelle année comme une nouvelle vie !
Et d’abord, ce qu’il faut apprendre à éliminer avec l’âge qui n’est que de l’expérience acquise, fructifiée ou dilapidée ! D’abord, n’être pas soi en s’évertuant à continuer à satisfaire ce qu’on suppute d’attentes d’autrui aux dépens de ce qu’on sait d’essentiel, mais qu’on ne s’applique pas à vivre ; ce qui suppose de valoriser plutôt sa propre originalité au lieu de la sacrifier à ce qu’on appelle, en sociologie, conformisme logique qui a tendance à se transformer en normopathie, une maladie de la norme qui a le talent de transformer nos qualités intrinsèques en défauts !
Pour ce faire, assurément, on a besoin d’un maximum de contrôle de soi, ce qui est bien plus difficile que notre tendance à vouloir contrôler les événements et donc autrui par divers subterfuges. De fait, en agissant ainsi, on ne fait que concrétiser en nous ce qu’on appelle en psychologie analytique la Persona, notre masque social, et ce du fait d’une peur latente dont on ne soucie plus des causes, focalisant l’attention sur ses effets, d’où ce que j’ai théorisé par la parabole du « jeu du je », particulièrement développée dans notre culture orientale. Pour réussir à déjouer la tentation d’un tel jeu malsain où l’on n’est qu’acteur de l’opéra bouffe de soi-même, ce que l’on est au vrai, l’on doit accepter la part d’ombre que tout un chacun emporte en lui-même, faire un travail d’individuation, en cherchant à connaître et travailler ses propres faiblesses. C’est ce que symbolise, en astrologie, la Lune Noire dont la connaissance de la position au natal renseigne sur le secteur le plus fragile en notre psychologie nécessitant travail et maturation.
Un tel travail aidera à se libérer de nombre de mauvaises habitudes faites de rancunes et de ressentiments venant du passé, soit de notre enfance, soit même de vie.s passée.s, pour qui croit à la réincarnation des âmes. Ce qui nous ramène au travail sur la part d’ombre en soi et au processus nécessaire pour sa propre libération de l’intégration de cette ombre et de ses manifestations. Or, c’est un travail de longue haleine, à faire avec beaucoup d’humilité et sans mesquinerie, car comme le dit Jung, ce à quoi l’on résiste persiste. Pour les férus de sciences médicales, l’on sait que ce qui gêne se transforme en maints problèmes stressants du fait des hormones formant notre caractère, comme le cortisol, celle du stress. Or, des techniques faciles à apprendre aident à réussir à bien finir par se déstresser, comme d’apprendre à pardonner, ce qui ne veut pas dire oublier, mais plutôt lâcher prise, se libérer de liens et poids inutiles en nommant ce dont on a subi le poids en le relativisant par l'acceptation de ce qu’on ne justifie souvent pas nécessairement.
À force d’efforts sincères, cela amène à ce qui est fondamental, à savoir de vivre au présent, l’instant présent, au lieu de relever, consciemment ou inconsciemment d’un passé révolu ou d’épisodes passés qui se pérennisent. Or, si on y fait attention, l’on n’a que peu de temps à vivre entre la naissance et la mort, ce qui doit nous amener à nous concentrer sur notre mission en cette vie. Et elle est soit réalisée, ce qui est fort rare pour la plupart d’entre nous, soit à réaliser, et donc au présent. Sans oublier que l’on peut se tromper en croyant avoir réalisé sa mission de vie, avant de découvrir que l’on ne faisait que se sacrifier pour une illusion, ayant réussi une vie sociale selon les normes, mais en totale contradiction avec notre vraie identité découverte sur le tard ou, plus exactement, dont on ose tenir compte sur le tard. Or, cette identité propre et véritable est restée inconnue et a besoin pour s’épanouir de vivre au présent après avoir compris de quoi était fait le passé avec les différents aspects de soi-même ; ce qui pourrait donner enfin droit à la plénitude en réalisant l’unité de son être.
Cela permet d'éliminer la pensée du sacrifice comme une vertu noble, car si donner à partir de l’abondance n’est pas se sacrifier, le faire à partir du manque n'est en fait que quête et attente ; c'est Jung, c’est la persona du sacrifice d’où cette dette émotionnelle inconsciente en l'absence de sa propre identité demeurant inconnue ; car le véritable amour c’est la présence et non le sacrifice pour redécouvrir les aspects de soi-même et avoir droit à la plénitude après avoir réalisé l’unité de son être.
Et l’on comprendra alors que ce travail psychologique et social sur soi aura nécessité de cesser de se comparer, en conscience ou inconsciemment, avec autrui, les repères sociaux, pratiquer ce que Jung appelle la projection à proscrire. Ce qui signifie qu’on n’accepte pas généralement quelque chose en soi, telle qu’elle est, avec ses défauts et ses qualités intrinsèques : or, il importe de le faire, s’acceptant ainsi qu’on est au réel et non tel que façonné par le milieu où l’on vit ou ses phantasmes générés par ce milieu et non ses propres rêves souvent ignorés ou jugés utopiques. Car la valeur de la vie, toute vie, n’est point relative et elle suppose une gratitude active pour tout ce qu’on a, dont on se soucie généralement si peu, comme d’avoir eu une expérience, certes douloureuse, mais fort instructive, et qui est alors la seule à permettre de faire objectivement la comparaison avec ce qu’on a été et ce qu’on est devenu avec elle. Nietzsche appelle cela : Devenir ce qu’on a été, soit découvrir l’essentiel en soi et y revenir en le faisant vivre ou revivre.
Cela permet de redécouvrir la maxime des philosophes anciens disant que vivre c’est apprendre à mourir : soit, entre autres, mourir aux vanités de la vie, aux illusions d’être comme autrui, aux fausses identités adoptées pour croire vivre réellement. Ce qui impose de ne jamais avoir peur de la mort et des supposés échecs subis dans sa vie, qui ne sont que des expériences, autant de leçons à méditer pour se découvrir et découvrir sa vie véritable selon sa propre condition et son karma, les expériences passées dans d’autres vies, cet inconscient auquel nul n’échappe et qui est même constitutif d’un inconscient collectif, ce qu’on appelle égrégore ; or, il est déterminant parfois, au moment des crises particulièrement.
Cette peur de la mort à surmonter est bel et bien un défi spirituel bien plus que psychologique à relever et facilitant ce qu’on a appelé l’individuation nécessaire de l’être. Avec une telle conscience de la mort, l'on apprend l’acceptation de la finitude humaine, comme le disent les existentialistes ; ce qui autorise et facilite la réconciliation avec le passé s’il pèse trop sur le présent quitte à le déformer, et donc vivre sa présence eu monde en pleine conscience, faire donc, comme le dit Jung, de l’éternel ici et maintenant. C’est ce qui permet, partant, la réussite de sa vie cosmique, celle courant à travers le temps et l’espace, quitte à perdre, apparemment, sa vie terrestre d’une seule incarnation sur une planète qui n’est, au vrai, qu’un insignifiant grain de poussière dans le vaste univers ou multivers. Et c’est ce qui permet à l’être la création d’une œuvre, saga même, qui serait un héritage de sagesse et d’amour, car étant une parole juste ; mentorat éternel permettant aux générations qui se succèdent de cultiver la dimension noble de l’humain, une humaniste pensée de saine spiritualité.



