Ennahdha et le gouvernement Essid : l'art d'y être sans y être
La tentation était grande d'impliquer formellement le parti
islamiste au gouvernement de M. Essid; finalement Ennahdha n'y est pas. Les
partisans de nouveau ministre des Affaires étrangères y ont vu le triomphe de
sa farouche opposition aux islamistes, ne voulant pas siéger dans le même
gouvernement qu'eux. M. Essid semble ainsi répondre aux récalcitrants de Nida à
toute entente gouvernementale avec le parti de M. Ghannouchi.
Pourtant, une telle entente semble exister, permettant d’envisager
acquise l'investiture du nouveau gouvernement où le parti majoritaire a
absolument besoin des voix islamistes.
Or, si Ennahdha porte ses voix sur le gouvernement du parti
majoritaire, c'est qu'elle ne le fera pas sans estimer avoir obtenu satisfaction.
Or, il semble qu'elle apportera son soutien à M. Essid.
Dans cette sorte de partie quasiment de poker menteur qui se joue
sous nos yeux, Ennahdha sans être au gouvernement Essid y est présente. Ainsi,
certains notent déjà la proximité du nouveau ministre de l'Intérieur des
islamistes et du ministre partant.
Il est vrai qu'on ne peut pas pénétrer dans la conscience des gens
pour détecter leurs préférences politiques. Toutefois, des collègues magistrats
du nouveau ministre, comme la candidate à la présidentielle, Madame Kennou,
n'hésitent pas à mettre en cause son choix, mettant à l'index son parcours politique.
C'est qu'en politique, bien plus qu'ailleurs les apparences sont trompeuses et ce qui est
apparent compte moins que l'inapparent où il importe de toujours chercher le
réel.