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lundi 7 mai 2018

Une dynamique enracinée 3

Après les municipales, la Tunisie en quête d'éthique en politique




Ce n'est pas le taux d'abstention qui est la marque principale des municipales, ni l'absence des jeunes; on s'y attendait et on en craignait l'ampleur depuis l'établissement des listes électorales.

Ce n'est pas non plus le triomphe de l'attelage hétéroclite des indépendantistes qui s'est classé en première position. En effet, cet assemblage ne comporte pas que de vrais indépendants; on le vérifiera lors des tractations pour la présidence des mairies.

C'est encore moins le recul évident des partis, notamment les deux plus grands qui gouvernent. En effet, même s'ils viennent en termes des pourcentages exprimés derrière les indépendants, ils ne sont pas moins les structures les mieux classées, Ennahdha précédant Nida, inversant la tendance des dernières législatives. 

Ce n'est surtout pas le triomphe de la démocratie qui ne peut se satisfaire d'une telle apparente désaffection de l'électorat, notamment de la part de la jeunesse, non pas pour la chose publique, mais bien pour une pratique dégénérée de la politique, lui faisant perdre ses lettres de noblesse.

Le peuple pour une fair-politique

Ce qui marquera ce 6 mai, ce qui est non seulement important mais phénoménal même, c'est ce qu'expriment, combinés entre eux, le fort taux d'abstention, le raz de marée des indépendants et le recul des partis de gouvernement. C'est cette  envie irrépressible de vraie politique, d'une pratique de fair-play politique et surtout d'éthique en politique.

En effet, le Tunisien est loin de se détourner de la politique, plutôt d'un type immoral de la politique. Il est  ainsi en quête d'une politique qui soit celle de la franchise où le jeu n'est pas celui du lion et du renard, consistant à simuler et dissimuler, mais se faisant selon le fair-play nécessaire à tout jeu franc, une sorte de fair-politique donc. Et c'est la politique éthique, une poléthique.  

Aussi, il est faux de parler de désaffection en Tunisie pour la politique, mais d'une désaffection pour la politique politicienne. Les abstentionnistes, nos seulement ceux qui se sont inscrits sur les listes électorales, mais aussi tous ceux qui n'ont même pas songé s'inscrire sur les lites, ne veulent plus de la politique à l'antique, celle qu'on singe en Tunisie sur les supposées démocraties traditionnelles où elle est en crise, se réduisant désormais à un simple acte électoral, une démocratie d'élevage.

Bis pis ! Un tel acte électoral est stigmatisé en Tunisie par cette encre qui n'a aucune utilité sauf à signaler un supposé sous-développement de l'électeur même si l'on s'évertue malgré tout à présenter en marque de développement ce qui est la preuve ultime du sous-développement. Or, il est sût que les ravages de cette encre ont été énormes dans l'inconscient et l'imaginaire populaires, le Tunisien étant intrinsèquement attaché à sa dignité, refusant donc ce qui pourrait relever de la flétrissure au fer rouge des criminels ou du bétail.

C'est loin d'être anodin de relever cet aspect qui a joué auprès de certains jeunes. Et il s'est ajouté à un autre aspect encore plus évident : cette aberration consistant à organiser les municipales alors que la législation liberticide de la dictature est toujours en vigueur, brimant le peuple, ses jeunes surtout, lui déniant les libertés et droits consacrés par la Constitution. Il aurait fallu, pour le moins, que le gouvernement s'engage avant les élections à abolir les lois les plus scélérates, illégales qui plus est, qui ne continuent pas moins d'être appliquées par les juges.

Le peuple pour la poléthique

Ce sont là des aspects qui ont aussi fait le résultat du 6 mai et qui feront assurément le futur de la Tunisie et qui ne sera plus comme avant. Aussi, grâce à l'alerte de l'abstention et la défiance marquée à l'égard des partis institués, ces municipales annoncent-elles une autre Tunisie. Et cela pourrait advenir avec ou contre l'establishment.

Avec les politiques actuels, s'ils tirent la leçon qu'il faut de ce besoin d'éthique en politique, et donc en prenant rapidement l'initiative de cesser de louvoyer en engageant la réforme législative d'envergure, quitte à commencer par les droits les plus symboliques et qui touchent surtout le citoyen, notamment les plus jeunes, dans la vie de tous les jours.

Or, malgré tout, on risque de voir se reformer, pour le partage des présidences dans les mairies, l'entente entre Nida et Ennahdha, sans laquelle ils dépendraient du bon vouloir des voix des indépendants. D'aucuns assurent même qu'il y aurait eu une entente préélectorale entre les deux partis en termes de partage du pouvoir, local pour les islamistes et national pour le parti du président afin de lui permettre de passer sa réforme symbole en matière d'égalité successorale.

Certes, c'est ce qui serait aller quelque peu dans le sens des exigences populaires; mais cela ne doit en aucun cas se limiter à une telle réforme alors qu'on est tenté de s'y limiter; ce qui serait alors un bien mauvais prétexte pour ne rien oser d'autre. Alors, les changements viendront forcément contre les acteurs au pouvoir, les politiques actuels.

Cela le sera dans le cas de persistance de leur autisme. Ce qui voudra dire l'apparition d'une nouvelle classe d'acteurs politiques, bien plus éthiques et donc en congruence avec les attentes populaires.

À la veille de l'année électorale par excellence qu'est 2019, le joli mois de mai 2018 semble par conséquent donner le top départ à l'an zéro de la politique en Tunisie qui devrait être, tôt ou un peu plus tard, en 2019, l'an 1 de la poléthique.
          

Publié sur Huff Post