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ISLAM POSTMODERNE








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samedi 7 mars 2015

Un ordre amoureux mondial 4

L’Islam de demain sera soufi ou ne sera plus 
RÉPONSES AUX QUESTIONS D'ALGÉRIE FOCUS






Q 1 - Vous êtes sociologue, juriste et ancien diplomate. Et pourtant, vous avez publié des livres et écrit de nombreux articles très savants sur des thématiques religieuses qui suscitent un débat virulent dans le monde arabo-musulman. Pensez-vous qu'on peut décrypter les faits religieux si on n'est pas un théologien de formation ? Que pensez-vous de ceux et celles qui disent qu'il faut être un faqih pour parler de la jurisprudence dans l'Islam ? 

R 1 — Je suis d'abord attentif à ce qu'on fait de notre belle religion qu'on défigure. Car l'islam est d'abord une culture avant d'être un simple culte; et elle est une foi dont la scientificité et l'universalité ne doivent pas soulever de doute étant le sceau des révélations. La sociologie compréhensive que je pratique nous apprend d'ailleurs à être attentifs aux signes les plus anodins de la vie qui font son authenticité. Et la religion islamique, qui est d'abord une spiritualité, marque le plus banal des comportements dans nos pays.
Mes livres entrent donc dans ce cadre, étant l'oeuvre d'un citoyen — terme que j'aime écrire « site-oyen » pour signaler ce qu'on oublie souvent, à savoir qu'on est d'abord d'un site, un lien ; or, tout lieu fait forcément lien. Et c'est l'une des étymologies du mot religion, merveilleusement incarné par l'islam où la communauté est d'abord ce que je qualifie de « communautarité », c'est-à-dire ouverte fondamentalement à l'altérité. Cette ouverture à l'autre est ontologique en islam. Elle fait sa spécificité et sa nature de révolution mentale qu'on a cherché à gommer assez tôt par une tradition judéo-chrétienne marquant la jurisprudence puis par la fermeture de l'ijtihad qui est pourtant une obligation dans notre religion, ne devant jamais cesser afin de maintenir le renouvellement constant de la foi dont les prescriptions sont éternelles. Or, une telle éternité est justement dans leurs visées dont on doit tenir compte comme on le sait depuis Chatibi.
L'erreur du monde arabe est de vivre sur des catégorisations occidentales qui sont périmées, et ce au nom d’un rationalisme et d’une scientificité qui sont devenus cartésisme et scientisme. On a ainsi réintroduit une église en islam réservant le droit d'interpréter la loi religieuse à une secte faisant l'interface entre Dieu et sa créature. C'est une illustration de l'application de la tradition judéo-chrétienne en islam où le rapport demeure direct entre Dieu et le croyant. En effet, dans l'islam majoritaire sunnite, nul n'a le droit de séparer le fidèle de Dieu ; le musulman, s'il est soumis à son créateur, c'est bien pour ne se soumettre à aucune autre autorité, demeurant totalement libre. Seul dit est son maître !
Donc, prétendre qu'il faut être théologien de formation pour parler correctement d'islam, c'est relever d'une autre religion que l'islam. Dans notre religion de la liberté poussée à l'extrême, seules comptent la bonne foi et l'honnêteté dans un rapport exclusif avec Dieu où même l'erreur dans l'interprétation de la loi divine est rétribuée, du moment que la bonne foi ne fait pas de doute. Et celle-ci doit être présumée. On comprend que cela ne convienne pas à ceux qui font commerce de la religion. Or, l'islam n'est point un commerce; c'est la foi magnifiée par excellence de l'unicité divine par la soumission à la divinité venant d'un être humain libre et consentant dans une soumission acceptée et même revendiquée, étant la preuve de sa liberté. 

Q 2 - Vous êtes parmi les intellectuels qui ont défendu la thèse sur l'alcool licite en Islam. Quels sont réellement vos arguments ? Pourquoi selon vous les musulmans croient fermement que l'alcool figure parmi les plus grandes "mouharamates" dans le Coran ?

R 2 — Il n'y a pas que l'alcool sur lequel il y a eu erreur; je le démontre aussi pour l'apostasie et l'homosexualité dans deux essais parus en arabe et en français au Maroc dans le cadre d'une série de huit opus intitulée « Pour le renouvellement du Lien indéfectible ». S'agissant de l'alcool, un résumé de la question fait l'objet du premier tome d'un triptyque sorti le 24 février chez L'Harmattan reprenant une version déjà publiée sur le Net. L'argumentation est scientifique et respectueuse non seulement de la lettre, mais aussi de l'esprit du texte coranique et de la sunna. À noter que contrairement à mon compatriote, notre éminent professeur Talbi, je n'écarte pas la Sunna qui demeure de mon point de vue une source éminente, même si elle doit être seconde, pour la saine compréhension de la loi religieuse. Toutefois, je ne retiens que les hadiths faisant partie des recensions de Boukahri et Mouslem, en ne considérant comme absolument authentiques que ceux faisant consensus dans les deux Sahihs. C’est que nous sommes dans une totale confusion des valeurs, et c'est pour cela qu'il nous faut limiter nos sources à l'essentiel authentifié, faisant foi sans le moindre doute.
À ceux qui me disent pourquoi l'alcool n'a pas été considéré comme licite avant, je réponds qu'il l'a été, les soufis l’attestent bien; mais comme en toute chose humaine, ce n'est pas nécessairement la vérité qui s'impose et elle peut rester juste une opinion dissidente avec le dogmatisme et le conformisme logique ambiants.
Je ne pense pas utile ici de reprendre l'argumentation sur la licéité de l’alcool puisqu'elle est à un clic de souris ayant fait l’objet d’un article exhaustif. J’en rappelle  donc juste le lien qui a l’avantage de présenter mes réponses aux différentes réactions : L'islam n'interdit pas l'alcool, plutôt l'ivresse!
http://nawaat.org/portail/2014/04/24/lislam-ninterdit-pas-lalcool-plutot-livresse/

Q 3 - La sexualité demeure aussi l'un des plus importants tabous dans le monde musulman. Qu'est-ce qui est dit réellement dans le Coran ? Tout acte sexuel est interdit pour des non-mariées ? Et quelle est la place réelle de la virginité dans les prescriptions de l'Islam ? 

R 3 — Le triptyque qui vient de sortir chez L’Harmattan est justement intitulé « Ces tabous qui défigurent l'islam » ; et si le tome second reprend la thématique détaillée dans deux essais en arabe et en français publiés au Maroc dans la série précitée, consacrés à l'apostasie et à l'homosexualité, son tome troisième et dernier traite du tabou de la nudité, du sexe et du voile. Sur cette  question, je démontre que l'on ne fait que développer  et appliquer avec nos lois une conception judéo-chrétienne, car ni le sexe ni la nudité ne sont un péché en islam. Le seul vrai péché en islam est d’associer un autre Dieu à l’Unique ; le reste relève de ce qu'on appellerait une pollution qu'on peut attraper comme un virus et don il faut faire l'effort constant pour s'en débarrasser. C'est à cela que sert l'institution capitale en islam du jihad maximal qu'on délaisse pour un jihad mineur qui a pris d'ailleurs fin avec la hijra.
Aujourd'hui que l'islam s'est répandu dans le monde et s'est imposé dans les coeurs, le seul jihad est celui donné par l'exemple insigne que le prophète est d'ailleurs venu parfaire. On ne peut prétendre être musulman tout en se permettant de porter la main sur autrui, car l'autre n'est que l'image de soi. Aussi, c'est par l'exemple qu'on fait le prêche en islam et non en s'adonnant avec zèle à la corruption sur terre comme on le voit avec l'abjection extrême qu'est Daech. Or, ne l'oublions pas, Daech est aussi dans nombre de têtes intégristes qui croient à tort incarner l'exemple du Salaf dont l'incarnation authentique reste le soufisme de la vérité, selon la formule même de l'imam Ibn Taymiya.
Pour répondre succinctement à vos questions en renvoyant pour les détails à mes livres ou articles, ces derniers étant tous réunis sur mon blog et en consultation libre, je dirais que :
- I/ la sexualité en islam ne fait pas l'objet d'anathème contrairement à la Bible ;
- II/ elle doit être acceptée telle que mise par Dieu dans l'homme, avec toutes ses variantes, car la nature humaine est du seul regard de Dieu. Le fidèle doit ainsi accepter et vivre sa nature telle qu’elle est en lui et selon les prescriptions divines d'éviter luxure et licence, privilégiant, comme en tout, modération, tact et respect d'autrui et de sa liberté.
- III/ les relations hors mariage ont eu un sens et une portée dans la société de l'islam primitif. S'arrêter ici au texte et négliger ses visées, c'est déformer notre religion. Comme on doit tenir compte des circonstances ayant accompagné le texte révélé, on doit aussi respecter ses visées. Sinon, ne doit-on pas couper la main au voleur ou pratiquer encore l'esclavage ? D'ailleurs, on a eu, même au début de l'islam, un changement du droit musulman suite à l'évolution des moeurs avec le mariage de plaisir par exemple qui respectait les visées du texte coranique. À noter que cette institution est toujours en vigueur chez certains.    
Des questions sensibles comme la virginité doivent donc être traitées en tenant compte de cet aspect essentiel de l'islam qui est duel, étant une religion et une politique pour les humains. Or, si la foi est immuable dans tout ce qui a trait au dogme, ce qui ne concerne que les humains dans leur vie terrestre peut et doit évoluer selon les visées de cette foi. Car la visée suprême de notre religion est le bien voulu par Dieu à ses créatures. Et qui peut déterminer ce bien pour les choses terrestres sinon les humains eux-mêmes que Dieu a doté de raison pour en faire usage ? Comme aujourd'hui le régime le meilleur pour les hommes est la démocratie, les questions tenant aux moeurs doivent être débattues démocratiquement et tranchées par la loi de la majorité dans un vivre-ensemble paisible. Dieu et son prophète n'ont pas appelé à autre chose en rappelant les vertus de la consultation pour les choses terrestres. En cela, l'islam a été une démocratie moderne avant la lettre. J'appelle cela « rétromodernité ». Aussi, aujourd'hui, la modernité occidentale étant dépassée, puisqu'on est entré en postmodernité, l'islam ne saurait qu'être de son temps : un islam postmoderne que j'orthographie ainsi « i-slam ».

Q 4 - Vous avez développé aussi la thèse du soufisme comme antidote à l'intégrisme. Quelle est votre définition exacte du soufisme et qui sont les soufis d'aujourd'hui dans le monde arabo-musulman ? 


R 4 — Je crois le soufisme, celui des origines, la seule interprétation authentique de l'islam; c'est pour cela d'ailleurs que le salafisme le combat avec acharnement. L'islam soufi est l'islam oecuménique, spirituel et humaniste par excellence; on y trouve le pluralisme fondateur et la tolérance principielle du message islamique. Pour cela je dis que l'islam de demain sera soufi ou il ne sera plus. La seule arme magique à opposer avec succès à Daech est de puiser dans le soufisme et d'abolir de nos arsenaux juridiques toues les lois scélérates, étant liberticides, car elles sont bien plutôt judéo-chrétiennes qu'islamiques.
J'ai dit soufisme des origines ce qui signifie que tous ceux qui se réclament du soufisme ne le sont pas nécessairement.  En effet, on peut être médecin ou se prétendre pratiquer la médecine sans incarner l'éthique d'Hippocrate. Or, en religion comme en politique (je parle d'ailleurs de « poléthique »), l'éthique est incontournable et elle doit même être esthétique, au sens étymologique de sensible et sensitive. Est donc soufi celui qui s'attache à loi islamique dans sa lettre et ses visées et à la Sunna avérée telle que retenue par le consensus des deux Sahihs, et ce dans une totale humilité du pauvre, se voulant capable de Dieu, le cherchant — et non chercheur ou savant — qui n’est pas un sachant, mais un ignorant avançant sans espérer jamais arriver à une fin dans le savoir divin illimité.

Q 5 - Comment concrètement le soufisme peut-il nous permettre de réformer notre compréhension de notre religion ? Et, enfin, comment peut-on sortir de ce fanatisme ambiant qui ronge notre "Oumma" en ces temps troubles ? 

R 5 ­— Avec la définition précitée en tête et en observant nos sociétés vivre au jour le jour, on réalise qu'au-delà des apparences, nos peuples développent cet esprit soufi dans un islam populaire où la transcendance est immanente et le divin social, comme disait Durkheim, au sens qu'il réalise le lien sociétal, permettant à la société de tenir. La solidarité presque innée chez nous a des racines soufies, comme la connaissance de la religion dans le peuple relève, au creux des apparences, d'une connaissance ordinaire, un savoir incorporé, une sagesse immémorielle, bien qu’elle peut n’être en apparence que dogmatique. C'est à cela que nos intellectuels doivent être attentifs en étant organiques, alors que la plupart se limite à singer l'Occident aux Lumières éteintes ou s’aligner sur un Orient mythifié. Il ne suffit plus de prétendre être moderne pour se dédouaner de nombre de dogmatismes qui ne sont pas le propre des seuls intégristes, car un dogmatisme aussi pernicieux, sinon bien plus, existe chez les laïques.
Il nous faut ne pas renier nos racines ni notre riche héritage islamique qui est arabe, mais aussi amazigh, ne l'oublions pas ! L'islam a été une brillante civilisation au moment où les ancêtres des Occidentaux actuels grimpaient encore aux arbres. Ce n'est donc pas parce que les musulmans aujourd'hui se comportent en gorilles à Daech  qu'on doit jeter le bébé islamique avec l'eau du bain. Nous avons besoin de ce que je qualifie d'enracinement dynamique et une raison sensible, expressions que j'emprunte à mon professeur, maître incontesté de la postmodernité, Michel Maffesoli. Comme quoi, comme on dit en soufisme, on a toujours besoin d'un maître à penser. Le cheikh  n'est rien d'autre en notre soufisme.  
Notre chance au Maghreb est que c'est une terre ardente; car il n'est pas un seul village sans un wali soufi. Or, comme dans chaque quartier il y a au moins une mosquée, c'est le marabout qui est seul aujourd'hui en mesure de s'opposer au discours haineux qui se développe dans certaines de ces mosquées, ruinant l'islam dans ses fondations mêmes au nom de la tradition judéo-chrétienne.
C'est en honorant l'enseignement soufi en y revenant qu'on aura une chance de sortir du fanatisme ambiant. Dans la guerre que lancent certaines moquées contre l'islam, opposons-leur la paix et l’amour à partir des marabouts ! Et pour commencer concrètement, abolissons toutes les lois contraires à l'islam, à tort supposées islamiques, comme l'homophobie et les interdictions relatives à l'alcool ou à l'apostasie. Ce faisant, nos États ne feront que  se conformer en plus à leurs obligations internationales tout en respectant leur religion dans sa lettre tout autant que dans son esprit.


Réponses publiées très légèrement modifiées sur Algérie Focus