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lundi 15 septembre 2014

Une éthique politique 9

Ce n'est pas l'ancien régime qui revient, mais ses compétences avérées




La période est propice aux rebondissements les plus spectaculaires. Il en sera ainsi jusqu'au lendemain des élections si rien ne vient en perturber le cours. Assiste-t-on à une restauration de l'ancien régime ? Se dirige-t-on vers une radicalisation de la division dans le pays au nom d'un esprit révolutionnaire mal interprété ? Ou, pour en éviter les affres de toutes sortes, le consensus finira-t-il par avoir le dernier mot ?  

L'échec d'une vision islamiste 

Le sûr est que la situation actuelle est la résultante de l'échec du gouvernement de la troïka qui a été un total ratage à tous les niveaux. Les supposés démocrates avaient renié leurs valeurs; pourtant leurs hérauts osent se présenter au suffrage de Tunisiens qui n'ont pas la mémoire courte. Et les islamistes ont raté l'entreprise de rénovation intérieure que leur imposait le passage par le pouvoir, ayant trop usé de langue de bois, n'ayant rien cédé de leur conception dogmatique de la religion qui est d'abord un lien reliant tous les fidèles et non des liens pour enchaîner leurs libertés.

C'est surtout l'échec de cette vision islamiste qui sera retenue par l'histoire; en tout cas, c'est ce qui pèse sur l'actualité immédiate. Ennahdha dira ce qu'il voudra, il a raté la chance historique qu'il a eue de marquer la Tunisie d'une empreinte indélébile. Ce n'est pas faute de l'avoir voulu et essayé, mais il s'est trompé de moyens, usant d'une recette frelatée de l'islam quand il pouvait et aurait dû en faire une lecture en harmonie avec l'esprit du peuple et du temps : un islam démocratique, pluriel, à la pointe des acquis humanitaires en matière des droits de l'Homme. C'est possible, et ce sera fait par d'autres que le parti de Ghannouchi.  

Ce dernier a oublié que la Tunisie est moins d'Orient que d'Occident, arabe mais non seulement, et que les recettes obscurantistes en vigueur en Arabie n'y peuvent être envisagées. Ni le peuple ni la situation géostratégique du pays ne le permettent; sans parler de l'histoire et de son cours inéluctable.

 C'est ce qu'a fini par comprendre Ennahdha à la faveur des événements du pays du Nil, en premier, puis des horreurs de Daech. Mais c'est trop tard, sauf à accepter que le parti tel qu'il est aujourd'hui se fasse hara-kiri, mourir en quelque sorte pour renaître en renouvelant de fond en comble sa lecture de l'islam. Tant qu'il était encore temps, j'y ai assez appelé M. Ghannouchi, mais en vain. 

Certes, il n'a plus à la bouche que la formule magique du consensus; c'est juste la potion amère nécessaire et qui n'est pas prise en temps utile. Si elle doit l'être, ce serait juste pour prémunir Ennahdha d'une peu glorieuse fin. 

Les compétences de l'ancien régime

Le temps est de nouveau au consens, effectivement; mais pas le faux, celui des combinaisons électoralistes et des calculs politiques.  C'est celui du retour sur la scène nationale et internationale des compétences. Or, elles étaient légion sous l'ancien régime. Et contrairement à ce qu'on colporte faussement, elles étaient loin de servir servilement. Surtout, elles n'étaient pas au service exclusif du dictateur déchu, plutôt celui du peuple soumis comme elles à une dictature avec laquelle il fallait s'accommoder.

Le tort de la troïka est d'avoir diabolisé ces hommes, connus ou inconnus et de n'avoir régularisé la situation que de quelques-uns qui, s'ils s'étaient opposés au régime, ne l'avaient pas fait pour le bien du pays, pas nécessairement. C'est ce qui fait que les injustices dans l'administration n'ont pas toutes été levées, et j'en sais quelque chose étant concerné. C'est ce qui explique aussi le retour devant l'Assemblée d'une loi qui a été écrite sur mesure pour servir certaines personnes et non de rendre justice à tous ceux qui servaient en leur âme et conscience et à leurs risques et périls sous l'administration de l'ancien régime, dans l'antre du diable en quelque sorte, bien loin du confort de l'exil.   

Ce sont ces compétences qu'on voit revenir et qui doivent être nombreuses à reprendre au plus vite leur poste au service du pays. Ce que la troïka n'a pas u faire est en train de se réaliser, car la situation du pays l'impose, outre la nécessite d'une bonne gouvernance.

Le retour hier de M. Zenaïdi n'est que le raccourci le plus éloquent de cette nouvelle donne. Il ne faut pas voir en lui le simple ministre qu'il était dans un gouvernement de la dictature, mais la compétence qu'il représentait et qu'il représente toujours. Peu importe sa couleur politique, car un vrai commis de l'État n'en a point. C'est ce que nombre de nos politiques n'ont pas compris et que le gouvernement de compétences actuel a pour tâche de faire admettre.  

Vers le consensus ou la Compétensuelle

Plus que jamais, la Tunisie a besoin de compétences et de consensus; mais ni de fausses compétences ni de consensus mou. Elle a besoin de ce que j'ai qualifié Compétensuelle : un gouvernement et des rouages de l'État où l'on se situe au-dessus de l'esprit partisan, se mettant au service non pas des partis, mais de la seule patrie, seul lien devant nous unir. Des hommes sous la dictature ont su le faire, pourquoi les mêmes et d'autres ne le sauraient-ils pas en une Tunisie plus libre ? 

La chance de notre pays est de disposer d'un tissu sociologique homogène et d'une communion en des valeurs bien plus spirituelles que religieuses, surtout pas intégristes. Il y a juste beaucoup trop de confusion dans l'appréhension d'un corpus sacré qui a trop pâti d'une fermeture dogmatique qui refuse tout effort de nouvelle interprétation que commandent pourtant et l'esprit et la lettre du Coran.

C'est ce que devrait encourager tout gouvernement en Tunisie dans le cadre de sa politique, non seulement religieuse, mais aussi culturelle. C'est non seulement fatal avec ce qui se passe au nom de l'islam de par le monde et jusqu'en Tunisie, mais c'est aussi inévitable, aucune écriture sacrée se voulant être éternelle ne pouvant nier l'évolution des temps et des moeurs. Or, c'est ce qui est parfaitement possible en islam grâce à la technique des visées de la religion mise à l'honneur par l'imam Chatibi.

Cela est au coeur de l'urgence s'imposant en Tunisie bien plus que les pures mesures économiques et sociales qui n'ont aucune chance de porter leurs fruits sans un climat émotionnel et spirituel apaisé et une adhésion à ces mesures. Ce que favorisera cette invitation à la rénovation d'une religion qui le mérite.

Or, qui serait en mesure de procéder à un tel aggiornamento sinon des compétences apolitiques et adogmatiques dans le cadre d'une compétensuelle, un gouvernement consensuel de compétences se plaçant non pas au-dessus des partis, mais hors d'eux ?

On aurait tort de se limiter en Tunisie à reproduire les mécanismes purement formels de la démocratie occidentale qui sont déjà en crise. Il serait également dommageable de ne pas tirer tous ses avantages de la formule de gouvernement de compétences dont le Dialogue national a eu l'intelligence.

C'est dans ce sens qu'il importe d'aller. Cela semble être le cas, malgré ou grâce au processus électoral en cours. À son issue, on devrait avoir un partage du pouvoir propice à la formule consensuelle ou compétensuelle inévitable en Tunisie. Le type de scrutin le commande outre les impératifs de haute politique qui font du jeu électoral une figure imposée de pondération des résultats; ce qui ne serait pas une nouveauté, la précédente élection l'ayant bien expérimentée. 

En effet, il serait trop tôt qu'il y ait restauration de l'ancien régime ou de son esprit estampillé autorité de l'État qui ne serait plus jamais comme avant. Toutefois, la situation étant ce qu'elle est, on ne peut plus se passer du meilleur de ce que comportait l'ancien régime en termes de technicité; on ne jette pas le bébé avec l'eau du bain. 

De plus, les islamistes ne sauraient ni gouverner seuls (on l'a vu déjà, même si cela fut avec une supercherie d'alliance) ni disparaître dans l'immédiat, leur apport étant assez utile, ne serait-ce que pour contrer les dérives extrémistes assez incontrôlées encore. 

Vivement donc la Compétensuelle en Tunisie, apport du modèle tunisien à la théorie et la pratique politiques !