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mardi 13 mai 2014

Démocratie participale 5

Quand M. Ghannouchi use d'une langue politique morte


  


Ennahdha a fêté ses députés à l’Assemblée samedi dernier alors que le peuple, dans son écrasante majorité, arrive difficilement à joindre les deux bouts et n'a nullement la tête à fêter quoi que ce soit. Ainsi, ces députés qui sont déjà rétribués au-delà de toute décence au vu de leur comportement inqualifiable s’offrent-ils le droit de festoyer au moment où l’on demande au peuple de serrer encore plus la ceinture !

Et il ne s'agit nullement d'exagération puisque je le mesure tous les jours, sur le terrain, dans la Tunisie profonde, un pays sinistré, abandonné par ses élites.

Quelle était la motivation d’une telle nouvelle ineptie? Saluer ses députés pour avoir « offert à la Tunisie une des plus grandes constitutions depuis la constitution de Médine », Ghannouchi dixit ! Il est vrai, comme le dit encore le gourou d’Ennahdha, la constitution « englobe l’islam et la modernité, l’islam et tous les principes de l’humanité ». Toutefois, le chef d'Ennahdha aurait été sincère s'il avait reconnu que ce ne fut ni l’œuvre de ses députés ni seulement des autres élus, y compris les démocraties. Ce fut d’abord et avant tout sous la pression de la société civile que cette constitution prit forme; et ce ne fut pas par la volonté des islamistes, mais contre leur bon vouloir.

Alors, jusqu’à quand continuer à prendre le peuple tunisien pour des idiots? Jusqu’à quand se référer au passé mythifié lorsque le présent est rayé, justement du fait de son aspect dramatique à voir, terrible à vivre pour les plus pauvres de nos concitoyens?

On sait que M. Ghannouchi est passé maître dans l’art de l’amalgame,  mélangeant — comme ne l’autorise pas la religion dont il se réclame — le vrai au faux, tirant avantage de la confusion des valeurs au nom de la nécessaire ruse qu’impose la guerre. Pour lui, comme pour nos autres politiciens, la vie politique est une guerre permanente.

Le problème est que si guerre il y a, c'est d'abord celle d'intérêts politiciens; ensuite, c’est le pauvre peuple qui en fait les frais, puisqu'il constitue alors les munitions d'une telle sale guerre. Enfin, il est impossible de construire en état de guerre alors que le pays a besoin de reconstruction et non de destruction continue.

 Dans ce galimatias de peu du vrai, cachant un bien trop de faux, M. Ghnnouchi ne dit juste que quand il justifie la volte-face de son parti au sujet de l’exclusion des responsables de l’ancien régime, affirmant que la décision revient au peuple. Or, il a tout fait pour subtiliser cette décision au peuple en tricotant à sa mesure, et celle de son nouvel allié stratégique, un mode de scrutin qui reconduira l’exclusion du peuple que nous avions avec l’élection dernière.

En effet, tous les spécialistes objectifs le savent et le disent : le mode de scrutin retenu est taillé sur mesure pour les ambitions des grands partis en ne faisant qu’écarter des instances du pouvoir le peuple que n'est susceptible de ramener en politique qu’un scrutin uninominal emportant redéfinition du rôle de l’élu sous forme de contrat de mission.

Ne se contentant pas d’agir contre les appels de plus en plus audibles en vue de l’organisation des seules élections respectueuses de la souveraineté du peuple et son droit à s’autogérer que des municipales et des régionales, M. Ghannouchi défend les privilèges de ses élus en se prononçant pour leur maintien.

Prétendant que c’est violer la constitution que d’appeler à l’autodissolution de l’Assemblée, il ne fait que se prononcer pour les avantages exorbitants des députés. Car c’est le maintien d’une assemblée qui a été élue pour rédiger une constitution qui viole l’État de droit qu’on est loin de mettre en place avec une pareille mentalité partisane.

Aujourd’hui, ce ne sont plus les partis qui représentent le peuple, mais c’est le peuple qui se représente directement ou à travers sa société civile. Il ne sert à rien de vouloir organiser des élections nationales  quand le peuple entend gouverner lui-même ses localités et ses régions grâce aux compétences apolitiques qui ne manquent pas au pays.

On l’a vu hier à Sidi Bouzid, et on risque de le revoir plus souvent un peu partout en Tunisie profonde : il y a un rejet de la politique politicienne pour l'instauration d'une démocratie de responsabilité et de participation. Il est temps pour nos dirigeants de se reconvertir dans une politique qui soit éthique (une poléthique) en abandonnant leur légendaire langue de bois; sinon ils risquent d’être emportés assez vite par une histoire en marche qui ne pardonne pas à ceux qui cherchent à contrarier son cours.

Or, le discours de M. Ghannouchi est une parfaite illustration de cette pratique éhontée d’une langue usée, morte depuis longtemps et qui, même si quelques gérontes de la politique peuvent en déchiffrer la signification, est refusée irrémédiablement par un peuple qui ne croit plus que dans la démocratie directe et participative, participale même.
Publié sur Leaders