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ISLAM POSTMODERNE








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vendredi 30 décembre 2011

Nouvelle modernité politique 3

L'islam au pouvoir : Des habits neufs de la laïcité aux neufs habits de la politique dans un monde en mutation



À la veille d'un Nouvel An qui ne sera probablement pas de la même trempe que les ans passés, car relevant du nouveau cycle dans lequel l'humanité est entrée depuis peu pour tout observateur avisé des choses de l'univers, et à la veille du premier anniversaire officiel de la révolution tunisienne qui offrit les prémices majeures de ce Nouveau Monde dans son versant sud, je me propose dans cette contribution de faire une sorte de rétrospective de l'année qui s'achève et une prospective de l'année qui commence, reprenant des idées clés de certains de mes articles publiés sur Nawaat. Ainsi développerai-je quelques éléments importants de ce monde inédit qui se profile à l'horizon, dont il ne faut pas être juste visionnaire pour ne plus douter de la réalité. Et bonne nouvelle année, an I de ce monde nouveau en gestation!
L'année 2012, une année d'un cycle nouveau : 
 Si on quittait un instant le sérieux domaine politique pour céder à la mode du moment et écouter les astrologues et autres observateurs des astres et du cosmos, l'humanité est assurément entrée dans un cycle nouveau, le monde tel que nous le connaissons étant en train de mourir, s'il n'a déjà rendu l'âme. 
Pour certains, si l'on en prend conscience, tout est encore possible pour aller dans le bon sens, qui est celui d'une solidarité humaine plus grande et des initiatives sérieuses pour moins d'injustice, une plus grande liberté réelle et non formelle. Ainsi, selon les astrologues chinois, pour qui l'année du Dragon commence dès février 2012, nous allons vers des événements qui pourront être faits à la fois des réussites les plus folles et des plus graves dangers.
Pour d'autres, toutefois, on ose parler tout bonnement d'une fin du monde la datant exactement pour l'été 2012!
De fait, de fin, il en sera bien question en 2012, mais de ce monde tel que nous nous y sommes habitués, fait de frontières hermétiquement fermées et de la domination d'un Nord arrogant et infatué de lui-même sur un Sud réduit à la condition d'exclusion absolue de la richesse et de la destinée de l'humanité. Un monde tout différent est en train de naître cherchant plus de solidarité et de réelles libertés. Et c'est ce monde en gestation que nous saluons à travers l'année qui vient.   
Voilà prévenus les politiques de tous les pays, et le nôtre, en particulier! Cela fait un moment, d'ailleurs, que je répète dans des contributions sur Nawaat que le monde a changé pour qui sait l'observer, et qu'il nous faut donc changer notre pratique de la politique. Après la révolution en Tunisie et dans le monde arabe, avec les soubresauts de la jeunesse indignée en Occident même, il nous faut, à nous tous, enfants de cette terre sur laquelle on est obligé de cohabiter pour le meilleur et pour le pire, réaliser notre révolution mentale, nous libérer des réflexes d'antan, oser innover, faire éclore en notre vision du monde une imagination créative n'ayant comme but que les vrais besoins essentiels de l'humanité : une compréhension mutuelle, une liberté partagée, une solidarité à toute épreuve hors des frontières et des égoïsmes actuels.
         Vers le monde inédit qui est en vue :
On ne fait pas du nouveau avec du vieux! il est logique que ce qui se passe dans le monde arabe échappe à l'entendement de la vielle Europe. Il est comme un conflit de générations, et ce n'est que justice que ce fut la jeune Amérique qui ait mieux distingué les germes d'espoir dans ce que l'Europe, plus conservatrice, engoncée dans son conformisme, qualifie comme étant le péril absolu, ce rapprochement entre l'Occident et l'islam, comme si l'Orient et l'Occident devaient toujours s'ignorer, comme si l'islam n'était pas, en dernière analyse, l'ultime Testament d'une même et seule révélation divine dont le judaïsme et le christianisme ne furent que les deux premières manifestations écrites? 
Car l'islam bien compris, l'islam des Lumières, est un islam universel et rationnel, ainsi que je le démontre dans une thèse de Sociologie en cours, inscrite simultanément en France et en Tunisie.
Or, il est toujours de bon temps, chez d'aucuns, aujourd'hui, de dire que les islamistes, s'ils peuvent bien être des modérés, demeurent foncièrement un assemblage de tendances opposées, allant du moins fondamentaliste au plus extrémiste; seul le traitement du  réel par le mythe les réunissant.
Si un tel constat, à connotation juridique, peut avoir quelque sens, il n'en aura pas moins un autre, bien plus sociologique, mais tout autant sinon plus pertinent, qui est de soutenir qu'une telle fonction du mythe, d'une part, n'est pas propre aux islamistes et qu'aujourd'hui, d'autre part, elle peut inclure également leurs opposants. En effet, cela est tout à fait légitime pour peu que l'on ait du mythe une acception somme toute saine, le faisant relever de l'imaginaire social qui inclut, à côté de la facette psychologique qu'est le pur mythe, la facette sociologique qu'est sa représentation communautaire.
Pareillement, une saine conception de la laïcité, la séparant de la fausse acception que la pratique occidentale y a attachée pour la ramener à son acception étymologique, permet de dire que les islamistes sont bel et bien les premiers laïcs dans les sociétés islamiques. Nous nous en expliquons infra.
Le 14 janvier ou le coup du peuple tunisien (الانقلاب الشعبي) :
Si la Tunisie vit aujourd’hui son heure de vérité, ce moment où la pensée, l’idée, ce qui fait l’essentiel dans l’homme, est en mesure de façonner la matière, inscrire dans le dur de la destinée sociale tout ce qui vit dans la psychologie, le psychisme, c'est grâce à son peuple et à sa révolution. Nous ne le répéterons jamais assez en un temps ou de plus en plus de voix, au nom d'une prétendue lucidité, occultent la vérité par une fumeuse théorie d'un complot qui n'existe en tant que tel que dans des têtes gouvernées par l'essentialisme. 
Il est, en effet, un fond de rationalité au fond de l’inconscient de ce peuple plongeant si loin dans les profondeurs de son histoire. Cette rationalité n’est pas nécessairement un rationalisme cartésien pur et dur; elle est tout en sensibilité, en touches presque irrationnelles où l’irrationalité n’est pas non rationnelle, mais rationnelle autrement, comme quand le déséquilibre se mue en une multiplicité d’équilibres, devenant des équilibres, et pareillement se découvre des ordres le désordre. 
C’est ce qui fonde ce qu’on a dénommé Génie tunisien et qui a été à l’origine de ce que j'appelle : le Coup du peuple, cette révolution 2.0 qui, certes, a été parachevée par certains cerveaux éclairés de l’ancien régime, restés libres et indépendants malgré l’apparence trompeuse d’un statut d’embrigadement, mais qui surtout a été initié par le peuple travaillé par ses potentialités, cette force formidable tapie au fond des masses et qui agit par sédimentation jusqu’au jour où, pleinement gorgée de ses impulsions, fait révolution, comme la puissance mentale si rare, mais scientifiquement avérée, permettant une action certaine non physique de la pensée sur la matière. 
Si d’aucuns osent nier l’existence de la révolution du jasmin ou en douter, se demander si ce qui s’est passé en Tunisie en relevait vraiment, c’est du fait de la spécificité de l’événement que l’euphorie du moment camouflait et que j’ai résumé en qualifiant la révolution tunisienne par l’expression précitée ayant le mérite de relever l’indéfectible lien entre les rôles du peuple et des détenteurs de la force publique dans un environnement propice et moins dogmatique, notamment du côté d'un Oncle Sam ayant démontré sa promptitude à tenir compte de l'inéluctable, sinon d'en encourager l'occurrence, plutôt que de céder au réflexe de facilité, de le contrarier systématiquement, en ignorer l'essence. 
Certes, par un acte de volonté, comme dans ce qui relève de la méthode Coué, on a voulu faire de ce coup du peuple une révolution, ce qui a facilité le travail pour ceux qui osent nier ce caractère ou en douter et parler aujourd'hui de coup d’État fruit du complot yankee, ce qui fait peu de cas du rôle effectif du peuple, de la société civile, de la forte pression qu’ils ont exercée et de leurs sacrifices. 
Mais, surtout, il est trop tard pour se laisser aller à pareille cogitation, car c’est oublier que la volonté est non seulement créatrice de phénomènes psychiques, mais aussi de faits physiques scientifiquement attestés. Aussi, qu’il y ait eu vraiment révolution ou pas à l'origine, le fait d’y avoir cru lui a donné une réalité intangible entraînant des conséquences dont il a fallu tenir compte. Virtuelle ou réelle, la volonté du peuple est patente dans les faits, et il serait non seulement irréaliste, mais bien aussi dangereux de ne pas en tenir compte.
Ceux qui osent, l’émotion retombant des foules, contester la nature et la portée de la Révolution tunisienne et expliquer autrement la nouvelle donne au pays, à défaut d'espérer retrouver un ordre aux couleurs du passé, oublient que même si ce qu’a vécu la Tunisie n’était pas une véritable révolution, le Coup du peuple tunisien n’était pas une simple émotion collective, car il correspondait davantage à cette force qui est en chaque peuple et qui attend son heure pour affleurer et éclater. 
Comme dans nos contes des Mille et une Nuits, le génie était sorti de sa prison; il s’est agi ici du génie du peuple, qui sait être démon au sens vulgaire, si on ne l’estime pas à sa juste valeur, dédaignant son intelligence, le toisant avec une pseudo-expérience politique et un prétendu savoir scientifique, mais qui est dispensateur de miracles et de merveilles pour qui sait lui parler, être en totale syntonie avec ses exigences légitimes. 
Rappelons ici, pour le plaisir, que ce même démon qu’a découvert le monde, ébahi, a de tout temps été célébré, côté arabe; et il fut chanté de la plus belle manière par le génial Farid Latrache, assurant qu'on le retrouvait partout, dans le monde arabe.
Et remarquons à l'intention des tenants de la ringarde théorie du complot, que l'on n'a pas qualifié le coup du peuple tunisien à tort de révolution 2.0 ou virtuelle. En effet, si la révolution classique, tout comme le web 1.0, est faite pour le peuple (soit pour les internautes, dans le domaine informatique), la révolution 2.0 est fondamentalement faite par le peuple (les internautes y compris).          
En Tunisie, foin de la bigoterie !
Si, en Tunisie, s’écrit actuellement l’histoire, ce ne sera certainement pas celle d'une nouvelle dictature qui serait aux couleurs de la religion. On n’y participera pas en dressant durablement ses enfants les uns contre les autres ou en faussant pour longtemps sa réalité. La Tunisie n’a jamais été bigote et ne le deviendra pas. Il faut la connaître bien pour le savoir, en être sûr. Il suffit ainsi d’écouter Abdeaziz Laroui — cet observateur et chroniqueur hors pair des réalités populaires tunisiennes — raconter, par exemple, le quotidien de ce que fut le statut des libertés en Tunisie, comme celui de la femme, à travers le conte de Tante Aïcha hommasse, ou la distance qui y a toujours régné vis-à-vis d’une conception rigoriste de la religion, à l'instar de cette autre chronique sur le pèlerinage où il osa exhorter les candidats au Haj à investir leurs économies dans des actes religieusement bien plus vertueux que ce pilier de la religion, y compris des actes de pur civisme ! 
En effet, il ne faut jamais oublier que ce n’est pas parce que les plus larges couches de la population sont attachées, plus ou moins consciemment, à une certaine forme d’identité islamique — et ce en un trait d’authenticité identitaire, surtout —, qu’elles adhèrent à une vision extrémiste et donc forcément caricaturale de l’islam. 
Car, même au plus fort de ses heures sombres, et il y en eut à côté des riches moments de splendeur et de lumières, la civilisation de l’islam est restée pour l’essentiel tolérante, particulièrement en Tunisie, respectant les manifestations hétérodoxes chez ses croyants pour peu qu’elles aient su se faire discrètes et nullement provocatrices. Il est même un dit avéré du prophète (consigné notamment dans les deux codex de référence) qui atteste cette tolérance fondamentale, où le modèle absolu lui-même se satisfait de la profession de foi nonobstant le comportement du croyant dont les écarts dépassant le cadre de la pure vertu sont remis à l’appréciation exclusive et au verdict souverain de son créateur, lequel pouvant pardonner au pire pécheur. 
Il est à préciser, toutefois, parlant de discrétion du comportement non religieux ou irréligieux, qu’il s’agit là, comme de bien entendu, moins d’en caractériser un quelconque statut d’infériorité que de lui appliquer la règle démocratique commandant la prééminence des idées majoritaires. 
Or, dans un pays majoritairement à tendance islamique, aux valeurs plus ou moins traditionalistes, serait-il injuste de demander leur respect par tout comportement qui s’en affranchirait sans que cela soit une condamnation à l’existence de pareil comportement dont la discrétion relèverait moins d’une tolérance à éclipses que d’un respect du sentiment majoritaire. 
On a pu ainsi voir se développer, au coeur même du corps islamique gagné par la ferveur morale et la vertu agissante, des formes aussi scandaleuses aux yeux des croyants d’aujourd’hui que le gnosticisme, l’athéisme, le libertinage ou l’homosexualité, par exemple; cette dernière ayant été célébrée par nombre de poètes fameux dont le maître absolu en la matière et de par le monde, Abou Nouwas. Cela n’altérait en rien le caractère islamique de la société, ni sa morale; bien au contraire, il affirmait même, la force de l’islam dont l’essence reste un humanisme de grand format. 
En terre d'islam, les laïcs sont les tenants de la tradition :
Les laïcs ou prétendus tels n'arrêtent de crier à un péril islamiste dont ils hallucinent l'existence, ne se rendant pas compte que ces islamistes vilipendés sont bien plus représentatifs de la vraie laïcité et des valeurs qu'ils représentent qu'eux-mêmes!  
Or, pour qui s’arrête aux apparences, s'il existe en Tunisie, comme dans tout le monde arabe, un antagonisme irrémédiable entre l’esprit laïc et l’esprit religieux puisant sa virulence, pour les uns, dans l’attachement à l’islam et, pour les autres, dans son rejet (ou, pour dire les choses en termes moins radicaux, dans la prégnance des valeurs islamiques ou la simple fidélité à la tradition qui en est issue), l’objectivité commande de dire que les uns et les autres se trompent, pour le moins, sur la question essentielle qui les sépare au point de les faire s’entretuer, à savoir la signification réelle de cette laïcité à la fois célébrée et honnie. 
Il faut rappeler, tout d’abord, que contrairement aux idées reçues, la laïcité n’est certainement pas une dépossession de l’État de sa tradition religieuse, du moins dans sa pratique telle qu’avérée à ce jour en France, par exemple, qui est une référence majeure en la matière. 
En effet, la laïcité y est même, comme le démontrent les recherches scientifiques des spécialistes les plus éminents, un simple biais commode assurant la prédominance de certaines croyances sur d’autres, en l’occurrence, la tradition chrétienne. Aussi, et sauf à accepter de délaisser des fondations solides pour construire sur des bases friables, il serait aberrant qu’aujourd’hui, en Tunisie, par exemple, ou en Égypte, ces États en voie de reconstruction de modernité politique, on continue à partir de cette fausse conception pour s’engager dans une telle modernisation. 
Ensuite, il faut préciser qu’au sens étymologique, la laïcité est bien autre chose que ce que l’on a eu l’habitude de croire. En  effet, au sens vrai du terme, la laïcité est ce qui est commun, ce qui est du peuple. 
Or, en Tunisie, comme partout en terre arabe musulmane, ce qui est commun au peuple dans sa majorité écrasante, ce sont ses valeurs islamiques. Aussi, être laïc, dans le sens vrai, étymologique du terme, c’est tenir compte de ces valeurs. 
La signification véridique de la laïcité ainsi rectifiée, on voit donc bien que même les plus exaltés de nos religieux seraient en mesure de se réclamer de son sens étymologique et dire bien haut : Oui à la laïcité en Tunisie ! Oui à une Tunisie de demain qui soit laïque ! Oui pour une prise en compte de ce qui est commun au peuple, sa spécificité et ce qui marque son sentiment profond. 
Car, qu’on le veuille ou non, que l’on s’en réjouisse ou que l’on s’en désole, pareil sentiment est à forte teneur religieuse ou, du moins, son empreinte apparente l’est. Aussi, tôt ou tard, être pour la laïcité en Tunisie, pour ses fans comme pour ses adversaires, sera forcément de tenir compte de ce sentiment, non pas nécessairement pour s’y plier, le renforcer, mais pour ne pas le heurter, le froisser, quitte à déployer des initiatives pour le faire évoluer ou le rationaliser. Car tout évolue dans la vie, rien n’est figé pour peu que l’on s’y emploie activement ! 
Non seulement une religion, l'islam est aussi une politique!
N’étant ni d’un bord politique ni de l’autre, mais un homme libre de pensée, ayant de l’islam une conception que je considère équilibrée où compte l’essentiel en cette religion, soit sa prétention à la scientificité et à l’universalité, je crois qu’il est erroné, d’une part, de vider la religion islamique de sa teneur politique qui en est un substrat essentiel, sinon quintessencié; d’autre part, qu’il urge, au lieu de disserter sur la fausse question de la séparation du religieux et du politique, d’être plus judicieux et d’agir pour faire évoluer une conception apaisée, harmonieuse et rationnelle de ce rapport. 
L’islam est, en effet, une religion et une politique, n'en déplaise à tous ceux, y compris parmi les traditionalistes qui voudraient le nier. Plutôt que de refuser de voir les choses en face, il faudra donc faire progresser la conception religieuse du cultuel au culturel et la conception politique de la lutte pour le pouvoir à la gestion raisonnée de la cité. 
Car en islam, la mosquée est bien plus qu’un simple lieu de culte, c’est un centre du savoir, non pas seulement théologique, mais touchant à tous les aspects de la vie sociale. C’est en mosquée que se délibérait tout ce qui touchait à la vie de la cité; quand un événement important advenait, on appelait à la prière, celle-ci n’étant pas ce qu’elle est devenue : un rite presque artificiel, mais un sérieux effort de concentration mentale, à l'efficacité scientifiquement démontrée, sur les réalités du quotidien qu’on est appelé à gérer avec l’aide sollicitée de Dieu. La mosquée était aussi un lien de culture ou les poètes déclamaient où les savants professaient. 
Et c’est depuis que la mosquée n’a plus été hantée que par les orants et qu’elle a été désertée par le savoir profane que l’intégrisme a progressé, qu’une conception purement fondamentaliste de l’islam a pu se développer et prospérer en contradiction avec la lettre et l’esprit de cette religion qui est à la fois une foi et une politique, une religion et une gestion rationalisée de la cité. Pour se rendre compte de pareil phénomène, il suffit de revenir à la riche littérature arabo-islamique — et non seulement à ses incunables — pour mesurer à quel point les penseurs et écrivains d’antan, un temps censé pourtant célébrer moins bien qu’aujourd’hui le principe de la libre-pensée, pouvaient parfois, sinon souvent, prendre des libertés inouïes et de la hardiesse pour parler des choses de leur religion, une audace qui serait considérée libertaire de nos jours, sinon blasphématoire, faisant même risquer la prison quand ce n’est pas la mort! 
C’est d’ailleurs cette imbrication de l’islam dans la vie de tous les jours qui permettait une telle liberté de la parole, dans le sens iconoclaste; c’est cette même imbrication qui fait que le croyant, aujourd’hui et dans le sens opposé, ne s’embarrasse pas de célébrer sa prière en pleine rue, par exemple. Or, si au lieu de dénoncer pareil comportement, le taxant d’incivique — car on parlerait alors dans le vide — l’on s’attachait à faire comprendre que la prière ne se limite pas en islam au rituel canonique, qu’elle implique aussi tous les actes de la vie sociale faite de respect d’autrui et des règles de la convivialité sociale, notre action politique serait plus appropriée et plus porteuse; en effet, parlant ainsi, on est plus en harmonie avec la religion et mieux en mesure de se faire entendre. 
Si seulement, en bon politique, au sens de cet homme habile à gouverner, l'on savait parler autrement de l’islam, non pour en dénigrer certains des aspects, fruits de la pratique caricaturale de certains de ses fidèles ou de l’interprétation bornée de quelques-uns de ses interprètes, mais pour rappeler que le plus croyant y est le plus vertueux et le plus vertueux est moins celui qui veille à s’acquitter de ses devoirs rituels que celui qui respecte ses obligations envers ses semblables nonobstant leurs convictions, on ferait bien plus facilement progresser le statut actuel du citoyen dans nos pays où la force et la ruse font toujours droit bien plus que la vertu, notamment la vertu civique. 
En ère postmoderne, la modernité à l'Occidentale n'est plus : 
Aujourd’hui, dans un monde en crise, où le modèle occidental de la modernité se réécrit, remis en cause par ses propres tenants à la faveur du concept de la postmodernité qui suppose, comme le rappelle J.-F. Lyotard, un autre rapport avec la modernité, la démarche de nos élites laïques conduit vers une impasse, car faisant fi du riche legs humaniste arabo-musulman pour une caricature de modernité. Cette démarche amène, dans le même temps, à heurter un sentiment assez général d’attachement à une tradition islamique et ce bien moins par esprit religieux que par rejet d’un modèle occidental essoufflé et usé. D'autant plus qu'on retrouve parfois de ce modèle la plus bête des illustrations, sous la forme de stigmates de bavures criantes ou d’arrogance intolérable, chez certains de ses représentants éminents ou aficionados du Sud,  ce qui aggrave la tentation chez les masses arabes de rejeter ce modèle dans sa totalité pour se retourner vers une tradition adoubée en une forme culturelle et un trait majeur d’authenticité. 
Pourtant, si les laïcs tunisiens pouvaient arriver à distinguer derrière l’irréalité du «pensé» populaire, tel qu’ils se l’imaginent, la réalité de «l’impensé», tel que la société pas assez libre encore ne permet pas de le dire, ils ne verraient plus à travers le tamis religieux un quelconque ingrédient liberticide en Tunisie, mais une véritable soif de réenchantement du monde. 
Alors, pour peu qu’ils changent leur vision de la modernité, adhérant surtout à la vraie modernité politique impliquant l’humilité du savoir utile et la lucidité de l’action efficace, ils participeraient à ce réenchantement de la vie politique avec une vision libérée du passé, tournée vers le futur. Un tel réajustement du rapport de ces modernistes à la réalité et leur vision de la chose politique s’impose, comme de bien entendu et tout aussi pareillement, aux hommes politiques militant pour une vision plus religieuse de la société et de ses valeurs. 
Pour cela, dans la recherche universitaire précitée, je propose une approche renouvelée de l'islam, faisant évoluer sa conception du cultuel figé, particulier et restreint, au culturel universel, raisonné et savant, qui fit sa gloire. Je démontre que ce qui résume l'islam est une dualité qui est de tout temps d'actualité, deux constantes épistémologiques essentielles que sont : sa prétention à l'universalité, se présentant comme le sceau des croyances monothéistes, et son credo pour la scientificité, avec la place donnée à la raison et à son usage. 
Car l'islam d'aujourd'hui ne peut être celui des salafistes, c'est celui qui a abrité une brillante civilisation universelle, celui qui fait son credo de l'usage de la raison. Ce n'est pas l'islam des esprits bornés qui ont réussi, parfois même moyennant une intelligence mal employée dont ils auraient pu mieux user autrement, à en rabaisser l'éclat, réduire la portée et défigurer la beauté. 
Valorisant dans l'islam sa double essence faite de scientificité et d'universalité, l'appréhension de cette religion évoluera d'une conception réductrice purement cultuelle, centrée sur le cérémonial, la liturgie et une interprétation littérale du corpus sacré, à une conception culturelle, plus ouverte, usant de la raison en conformité avec l'exigence coranique, et donc interprétant les textes religieux selon leurs intentions, leur dessein, leur but. 
Or, lorsque l'on sait que l'on s'accorde unanimement pour dire que la religion a pour but l'intérêt du croyant, il ne reste plus qu'à définir le contenu et la forme de cet intérêt, ce qui est le propre de chaque génération et c'est ce qui relève, dans une démocratie, des attributions d'un législateur librement choisi et conscient de son rôle majeur en étant à l'écoute des exigences populaires les plus importantes. Et c'est en cela que l'on pourra soutenir sans contestation la validité de l'islam pour tout temps, son intemporalité, du moment que ses croyants restent libres, se pliant aux injonctions divines d'user de la raison et d'être universel, d'adapter à leurs conditions tout ce qui ne relève pas du dogme, mais de leur condition humaine, toujours imparfaite par définition. 
C'est le recours à une telle raison qui a permis que se manifeste fréquemment, à travers l'histoire, le génie arabo-islamique en différents domaines, comme avec cette riche spiritualité islamique, une spiritualité fondamentalement universelle et toujours d'actualité, ce soufisme des origines (et non celui galvaudé ultérieurement par des charlatans) qui réussit la gageure d'être fidèle à la lettre, mais aussi à l'esprit de l'islam, non seulement dans sa rationalité et son universalité, mais aussi en son humanisme éminent, tolérant et oecuménique en un temps où la cruauté était le lot du quotidien..  
Cette modernité-là, on ne peut raisonnablement en faire fi ni reprocher à des croyants authentiques de s'y référer, surtout aujourd'hui, à un moment où la modernité classique est morte, le monde étant entré en postmodernité, ce retour aux valeurs dites archaïques. Or, c'est à ce niveau que la modernité d'antan de la civilisation arabo-islamique entre en jeu comme une modernité en avance sur son temps, une «rétromodernité», selon notre propre néologisme.  
Cela, les Occidentaux les plus proches de la Tunisie, nos amis européens et surtout français, n'ont su le comprendre; prisonniers d'une doxa éculée, alors que ceux parmi eux qui étaient censés culturellement plus éloignés, particulièrement les Américains, l'ont perçu et su le reconnaître quand il le fallut. Outre le conservatisme idéologique et politique des uns et le progressisme des autres, il y avait derrière cette divergence d'attitude un sens plus aigu des réalités chez ces derniers lors même que les premiers ne se rendaient pas compte que leurs sens étaient anesthésiés par une conception dépassée du réalisme politique.      
Une alliance à la Tunisienne du sabre et du goupillon : 
Il est temps pour les politiques tunisiens, à l'orée d'un monde nouveau, d’arrêter de se laisser aller à cette hystérie venant de part et d’autre, dans un sens comme dans l’autre, amenant à diaboliser son vis-à-vis. Aux politiques des deux bords de prôner la tolérance et le primat de la raison, évitant de faire le jeu des extrémistes de tous bords, jouant à opposer les uns aux autres, à faire avorter l’expérience démocratique en Tunisie. Ce n’est pas au moindre prétexte que l’on doit crier à l’affront à la religion ou l’insulte de ses symboles sacrés, ainsi qu’aux principes catégoriques non religieux, mais non moins sacrés, car la valeur que l’on défend ne dépend nullement d’une attitude irrévérencieuse qui, surtout, ne saurait en flétrir la majesté. 
Aujourd’hui, on est à l’enfance de la pratique politique et démocratique; il importe que chaque vrai politique, chaque acteur sérieux, soit responsable en vue de ne pas faire le jeu de tous ceux qui refusent ce processus de modernité politique en Tunisie, quitte à vouloir y jouer un rôle. Comme toute enfance, c’est une période riche en promesses, où rien n’est encore définitif, tout étant à faire; mais en politique plus qu’ailleurs, il importe d’éviter les faux-semblants et les fausses apparences, car en ce domaine on a vite fait de glisser dans l’imposture tout en croyant s’adonner à de l’art. Cela pouvait faire illusion avant, mais c’est un temps désormais révolu, celui de la politique à l’antique où il est nécessaire et même recommandé d’être lion et renard à la fois pour réussir. 
Dans le parler tunisien fort éloquent, dont le génie est à l’image de celui du peuple qui le parle, on a un terme pour désigner une pareille dégénérescence du noble art de la politique : « bolitique » (ou boulitique). Car, il ne faut pas s’y méprendre ! nous l’affirmons quitte à nous répéter : ce moment est historique et il ne sera pas donné au pays de le revivre de sitôt; non pas qu’il ne se puisse reproduire, la volonté de liberté du peuple étant forte et finissant par s’imposer envers et contre tout; mais cela risquerait de prendre du temps et surtout manquerait des atouts, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, aujourd’hui réunis pour une réussite éclatante d’une transition exemplaire. 
C’est pour cela que toutes les bonnes volontés doivent s’investir dans ce processus et, si elles n’y sont pas encore, être sollicitées pour s'y retrouver, y agir activement. C’est à cette condition que les ennemis de l’entrée de la Tunisie en modernité politique — et ils sont encore trop nombreux, ne serait-ce que pour cause de doute, et l'on ne sait que trop sa capacité corrosive — seront contrés et verront échouer leurs plans machiavéliques. 
Car, si ce danger est réel, c’est moins du fait des menées des forces occultes qui le personnifient que par ce doute, justement, mais cette fois-ci chez les bonnes volontés pouvant aller à une sorte d’inaction ou neutralité ne relevant, en ces circonstances graves, que de la compromission et la complicité indirecte, ce qui renforce les plus faibles énergies malveillantes, en faisant une force redoutable au-delà de son énergie réelle qui n’est que du vent. C’est ainsi, au demeurant, que les dictatures tiennent : davantage par l’imperium qu’elles prennent sur les esprits que réellement, par leurs propres forces et structures; et l’on ne s’en rend compte que lorsqu'elles chutent, dévoilant leur réalité, à savoir qu’elles n’étaient que des tigres en carton-pâte. Ne l’a-t-on pas bien expérimenté avec le régime de Ben Ali, entre autres? 
Étonnez le monde, Messieurs les politiques tunisiens !
Aujourd'hui, la Tunisie est en mesure de continuer d'innover en écrivant d'autres pages du livre de l'histoire du monde. Pour le faire, sa chance reste, bien sûr, sa taille, sa place géostratégique, l'homogénéité de son peuple et les récents changements dans les directions des pays du monde qui comptent, notamment du leadership de la plus grande puissance amie. Mais outre cette donne politique et géostratégique nouvelle, la Tunisie a, dans ses atouts propres, deux cartes maîtresses, l'une d'ordre psychologique : son génie, fruit de siècles de brassage et d'ouverture aux civilisations du monde, et l'autre humain : ses femmes et ses hommes.
La Tunisie recèle, effectivement, nombre de compétences objectives et idéologiquement neutres qui ont su et savent servir leur pays sans se compromettre moralement; et je suis bien placé pour le savoir, ayant fait partie de cette véritable armée de l'ombre avant de subir stoïquement l'injustice de l'administration de l'ancien régime. Car ils ne sont pas bavards, ne parlent pas de leur prouesse à refuser de faire ainsi que tout le monde quand, avant de sortir enfin du cauchemar que fut l'ancien régime, la règle pour presque tous était justement de faire comme tout le monde, soit chercher à vivre (ou survivre, bien plus souvent) par tous les moyens, y compris aux dépens des valeurs morales. La Tunisie est bel et bien le pays sans bruit, comme le dit la chercheuse Jocelyne Dakhlia dans son plus récent livre qui en porte le titre.
Or, ce sont de pareils hommes et femmes qui agissent en silence pour l'intérêt général, se situant — par principe même — non seulement hors de la politique, mais carrément au-delà de son jeu et de ses turpitudes, constituant ainsi l'ossature de la Tunisie éternelle, ce pays administrativement toujours structuré, a la tradition d'organisation bien chevillée à son histoire.  
Et ce personnel humain est d'autant plus redoutable que son élément féminin dispose d'une liberté de gestion de son sort bien rare ailleurs, un acquis majeur de la femme qui est bel et bien inscrit dans le socle dur de la nature humaine et il ne saurait plus être renié ni remis en cause. Et, en cela, je vois un atout majeur d'importance s'incrustant dans l'atout plus général de la richesse humaine en Tunisie qui assurera la pérennité de la modernité retrouvée.  D'autant que la modernité en Tunisie n'est pas nouvelle; et ce n'est pas parce qu'elle y fut à éclipses qu'elle aurait perdu ce qui fait sa spécificité, à savoir une tension régulière vers le meilleur, une exigence permanente de rigueur et le désir du meilleur et du rationnel dans le respect d'une spécificité basée tout autant sur une authenticité faite de valeurs ancestrales que sur une modernité mariant tolérance et ouverture sur l'extranéité.  
Il reste au personnel politique actuel de continuer l'oeuvre commencée, ancienne comme récente. Aussi, après son accession à l'indépendance politique dans de bonnes conditions, somme toute, la Tunisie réussira à coup sûr son accession à la modernité politique pour bâtir une Nouvelle République, terme que je préférerai à Seconde République, les régimes passés, à part peut-être les premières années du règne de Bourguiba, n'ayant pas été assez conformes aux canons républicains, et ne devant pas être honorés d'avoir constitué la République tunisienne première en date!
Et elle le fera avec son originalité habituelle. Ainsi, l'austérité et la rigueur étant aujourd'hui les mots d'ordre non seulement en Tunisie, économiquement à bout, mais aussi dans le monde, et s'il n’était ni illogique ni inadmissible d'y recourir, cela le serait, cependant, si on le faisait avec du mimétisme, se contentant de plaquer sur les réalités particulières tunisiennes les recettes toutes faites estampillées occidentales libérales, comme cette aberrante idée de l'ancien gouvernement de retenues sur les salaires. Pour notre propre société aux spécificités certaines et revendiquées, on est en droit et en mesure d'adopter des mesures originales que commande la logique et que permet le génie tunisien.
En l'occurrence, les hommes politiques qui sont désormais au pouvoir disposeront d'une arme magique, un talisman leur permettant de ne plus faire la politique à l'antique du fait qu'elle a fait la preuve de sa faillite dans un monde qui a changé et qui a soif de renouveau. Ce talisman est ce que le chef du gouvernement, dans son jargon propre, a appelé Sixième califat entendant une réelle bonne gouvernance. C'est justement le recours aux valeurs souveraines de l'islam, cet islam postmoderne tirant son caractère éternel dans la conception raisonnée ci-dessus résumée. Que permettent ces valeurs appliquées à la situation actuelle en Tunisie, économiquement catastrophique?
À titre d'exemple, et pour ne prendre que deux illustrations emblématiques, disons qu'elles exigeront :
— que les membres du gouvernement, tous ses membres, se considèrent comme étant en service commandé pour l'intérêt supérieur de la nation et, se comportant en tant que soldat au front, offrent leur traitement au pays, à défaut de leur vie, travaillant pour l'honneur, sans être rémunérés au-delà du strict nécessaire. Que la condition première à édicter par le chef du gouvernement pour faire partie de son gouvernement soit l'acceptation de cette condition comme preuve de patriotisme en cette étape si délicate de l'histoire du pays! Et pourquoi pas, à terme, d'en faire une condition sine qua non pour servir l'État, afin que le service public ne soit plus la sinécure qu'il est devenu!
— et que le train de vie des ministres (outre les autres personnalités publiques) soit drastiquement réduit, que le responsable politique soit enfin le serviteur de ses administrés et non le contraire, délaissant la pompe des solennités, tout ce qui fait faussement un État qui se respecte.
Si ces deux mesures symboliques sont appliquées, et qui ne sont qu'un minimum dans une batterie de mesures originales qu'autorise et commande l'éthique musulmane dont se réclame le parti majoritaire aujourd'hui en Tunisie, alors on pourrait dire que l'islam politique et les hommes s'en réclamant se seront réellement positionnés comme une référence incontournable en postmodernité ouvrant la voie à un renouveau que mérite sa modernité avant la lettre que j'ai nommée Rétromodernité.    
Aussi, Messieurs les politiques de la Tunisie Nouvelle, votre peuple, mais aussi le monde entier vous regardent : étonnez votre monde, vous en êtes bien capables, offrez-lui la Nouvelle République tunisienne : inventive, originale, tolérante, et simplement géniale !