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ISLAM POSTMODERNE








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jeudi 10 novembre 2011

Du virtuel au réel 2

La Tunisie, laboratoire pour un renouveau de l'Islam 



Les résultats de la dernière — et première véritable — élection en Tunisie ont permis de voir à quel point de résilience peuvent atteindre les clichés même dans les cerveaux des intellectuels les plus avertis ! En l'occurrence, il s'agit, comme de bien entendu, du péril islamiste, comme si le parti EnNahdha était comparable à ceux qui se réclament pareillement de l'Islam mais qui, à son extrême opposé, en font une lecture traditionaliste, pour ne pas dire caricaturale, du moins à écouter le discours des dirigeants du parti tunisien ces derniers temps.
Je ne partage pas les vues de ce parti, mais observant les réalités arabes islamiques depuis longtemps, force est de constater que le chef de ce parti et ses dirigeants historiques sont tout sauf intégristes. C'est encore une preuve de la diversité de l'Islam, sa richesse, puisqu'il est absolument aberrant de parler d'un Islam; il y en a tellement.
De plus, les Tunisiens, y compris ceux de l'étranger, n'ont pas voté pour un parti islamiste; ils ont voté surtout pour la rupture avec tout lien rattachant au passé et ils ont estimé que c'était ce parti qui l'incarnait au mieux eu égard à son parcours politique cohérent et sans ambiguïté. Ils ont voté, ensuite, pour un parti attaché à leurs valeurs traditionnelles à un moment plein de doutes; or, l'on sait à quel point toute crise est propice à la résurgence du réflexe grégaire, communautaire ici.   
Non ! il n'y a pas de péril islamiste en Tunisie; et les militants les plus radicaux d'EnNahdha le voudront-ils, ils n'arriveraient pas à rallier leurs dirigeants à des vues extrémistes, car l'assise électorale qui a amené leur parti au pouvoir n'est pas composée d'une masse de militants ou d'adhérents exaltés, mais de groupes hétérogènes aux aspirations tendant moins à la tradition qu'au changement dans l'authenticité.  
De fait, les considérations alarmistes enregistrées ici et là — et ce malgré le fait que les résultats étaient attestés honnêtes et les élections, les premières libres en Tunisie — sont bien davantage des réflexes conditionnés relevant du plus classique européocentrisme que par une juste observation des réalités objectives.
Les enseignements du vote tunisien :
Pour nous, observant au plus près ces réalités depuis si longtemps, nous pensons que les vrais enseignements de ce véritable moment historique pour la Tunisie, mais aussi pour toute la région, sont les suivants :
1 — Le vote a marqué la maturité du peuple tunisien qui a su traduire dans les urnes son sens politique tout autant que son attachement à ses valeurs propres.
2 — Le sens politique est apparu dans la sanction des partis comme le PDP qui ont fait montre d'arrogance durant la campagne, allant jusqu'à braver la loi, ainsi que ceux qui ont cru pouvoir s'assurer des voix en les achetant par tous les moyens, sans nécessairement écarter ceux qui, parmi des hommes ayant servi l'ancien régime, semblaient sincères dans leur volonté de mettre leurs compétences au service du peuple. Ainsi a-t-il été fait montre de la tolérance marquant l'âme du peuple en ses profondeurs.   
3 — L'attachement aux valeurs est apparu par l'inclinaison vers le parti qui a semblé être le plus représentatif, le parti de Rached Ghannouchi ayant su incarner une réelle authenticité et une véritable constance, aussi bien dans son discours idéologique que dans son action politique.    
Mais que l'on ne s'y trompe pas !  Ce vote massif pour un tel parti est moins un plébiscite borné en faveur d'un parti théologique qu'une adhésion à ses idées présentées durant la campagne électorale comme un condensé entre une authenticité réelle et un modernisme raisonné que le logo du parti a su intelligemment magnifier, usant d'un efficace message subliminal à ne pas négliger. 
En somme, lors de ces élections libres, a joué à fond ce que je trouve être un esprit de contradiction bien prégnant dans le caractère du Tunisien et ce pour un choix politique sous une forme paroxystique, comme une formule destinée à faire avancer les choses. En effet, on sait d'expérience que les solutions aux situations les plus compliquées ne peuvent véritablement venir que des acteurs les plus radicaux, censés être responsables de ces situations et, à ce titre, se trouvant être les mieux habilités à les simplifier (et les « décomplexifier » en quelque sorte, tout en décomplexant les consciences qui y sont rattachées, ce qui est le plus difficile à faire), car disposant de plus de latitude d'action en termes d’atouts psychologiques. 
Une nouvelle donne en Méditerranée :
Or, en Tunisie, quelque chose de nouveau est en marche; ce que j'ai appelé dans un article publié ici même une nouvelle alliance du sabre et du goupillon, une alliance à la tunisienne se faisant entre les deux pans majeurs de la société tunisienne, celui attaché à ses traditions culturelles et celui ouvert à la modernité, tous deux commuant dans une culture de l'originalité et de la modération.
Aujourd'hui, en Tunisie, une nouvelle page politique s'écrit avec des retombées positives, sans prix, dans tout le bassin méditerranéen, pour peu que la communauté internationale occidentale, notamment européenne, ne rechigne plus à agir pour que ce processus aille jusqu'au bout, et surtout pour annihiler la moindre tentation des forces de l'ombre — encore marquées par les réflexes de l'ancienne donne politique désormais révolue : le régime déchu en Tunisie ou l’ancien ordre mondial — de céder à la forte tentation du syndrome algérien, défaisant un processus électoral plutôt exemplaire et surtout instructif au nom d'une peur injustifiée d'un pseudo-péril islamiste.
Certes, les Occidentaux, y compris dans les rangs des intellectuels les plus progressistes, sans parler de l'élite tunisienne réagissant à l'occidentale, c.-à-d. selon le réflexe éculé de la peur de l'islam, sont dubitatifs quant à l'avenir de la laïcité en Tunisie. Et ils ont tort ! En effet, la Tunisie est aujourd'hui en mesure de démontrer qu'elle est et restera laïque et ce même avec un parti islamiste au pouvoir qui n'aurait nullement trop d'hésitation à se réclamer de la laïcité sainement comprise.  
Il est temps, en effet, d'en finir avec une fausse conception de la laïcité importée d'Occident et qu'on a voulu plaquer sur des réalités arabo-musulmanes radicalement différentes. Car en terre d'islam, il n'y a pas d'église pour la séparer de l'État; et la religion musulmane n'est pas une pure foi, de simples rites; elle est aussi une politique au sens de principes de gestion de la cité. Or, étymologiquement, au-delà de la conception qui s'est imposée en Occident, la laïcité est ce qui est commun au peuple; or, qu'est-ce qui est plus commun au peuple tunisien que ses valeurs islamiques, notamment celles d'humanisme et de tolérance?      
Il est ainsi pour le moins saugrenu de voir une référence intellectuelle comme Jean Daniel, parlant de dérapage en commentant les propos censés de Ghannouch sur la consternante incapacité du Tunisien à parler sa propre langue, usant et abusant d'un sabir qui dénote une fêlure dans les structures de base de la communication sociétale, ramener cela à une attitude de défiance à l'égard du français ou à l'influence anglophone dont serait marqué le leader d'EnNahdha. Certes, on peut ne pas partager la justification à coloration religieuse de ce dernier d'une action pour le retour à un meilleur usage de l'arabe, mais on ne saurait contester ses fondements et sa pertinence, la maîtrise de sa langue pour l'homme (qui est, de plus, LE fondement de son identité), étant la condition sine qua non d'un développement sain et paisible de sa personnalité.     
Bien entendu, il ne reste pas moins, eu égard aux spécificités de la Tunisie, sa localisation géostratégique, mais aussi ses besoins économiques et les aspirations à la dignité de son peuple, que l'Europe — et plus particulièrement la France, du fait du passé, mais aussi du présent d'une interdépendance irrépressible, notamment psychologique et humaine — peut s'estimer concernée par ce qui se passe en Tunisie, être sensible à tout ce qui contrarierait son influence. Nous dirons aussi qu'au nom de son propre intérêt, elle a même le devoir de faire en sorte que n'échoue pas le processus en cours.
Mais cela ne saurait se faire en criant au loup, en dénonçant une démarche censée, raisonnablement nécessaire à l'amélioration d'un état des choses critique, ou en cherchant à défaire par tous les moyens ce que la démocratie a fait. Elle peut surtout aider à inscrire dans la durée la marche tunisienne vers la démocratie par un véritable geste de haute valeur stratégique, nécessitant du courage et un réel sens politiques, car aux conséquences à la fois politiques, économiques et humaines immenses, mais obéissant dans le même temps aux exigences de la nouvelle donne politique et géostratégique du monde nouveau dans lequel nous sommes bien installés depuis quelque temps. 
Il suffit, en effet, de donner des leçons quand on ne fait rien de concret pour traduire son affichage ostentatoire d'attachement aux valeurs des droits de l'Homme ! Il est temps, enfin, de faire en sorte que soit levé cet affront à une liberté fondamentale de l'Homme qu'est la formalité du visa !
Car pour tout observateur objectif, il s'agit là de la survivance d'une mesure relevant de temps révolus à laquelle on continue de s'accrocher aveuglément au lieu de penser sérieusement à une rénovation d'ensemble d'une politique migratoire qui marche sur la tête, la fermeture des frontières n'ayant jamais été la solution de la clandestinité érigée partout en grande cause nationale, alors qu'elle en reste bel et bien la cause principale.      
Si l'on voulait enfin s'y atteler, le nombre réduit de la communauté tunisienne en France et à l'étranger plus généralement aidant, la politique occidentale s'honorerait alors d'un éloquent rappel au respect des droits de l'Homme tout en aidant concrètement à ancrer la Tunisie dans la modernité retrouvée, facilitant pour ses citoyens l'exercice du premier des droits humains, celui de la liberté de circulation.  
 De fait, la levée du visa pour la Tunisie aidera assurément le processus de modernisation en cours aux frontières sud de l'Europe, ancrant le pays dans la modernité retrouvée en apportant de l'air à son économie. Cela sera par un allégement certain d'une part du lourd poids du chômage, grevant la réussite de la plus ambitieuse des politiques économiques, avec l'ouverture de nouvelles perspectives devant des jeunes qui pourraient, à titre d'exemple, dans la mesure où ils sont assurés de la liberté de bouger, rivaliser d'ingéniosité par la création d'entreprises et d'initiatives à cheval entre les deux rives de la Méditerranée dans le cadre d'une coopération décentralisée, enfin redynamisée, aux retombées bénéfiques dans tout le bassin méditerranéen.
Loin des réflexes rappelant le temps éculé de l'impérialisme, valorisant le processus en cours par la reconnaissance du droit du Tunisien à se déplacer librement en ayant mérité de faire entrer son pays dans le concert des pays politiquement modernes, l'Europe — et en son sein la France, en appuyant de tout son poids une telle initiative — accompagnera de la sorte, de façon volontariste et originale, le nouveau cours des choses du monde dont il faut être aveugle pour ne pas voir qu'elles sont entrées dans un cycle inédit nécessitant un renouvellement urgent et radical de nos catégories de pensées antiques dépassées.
Les trois règles d'or de la réussite :       
Il reste que pour pouvoir espérer que soit actionné un jour pareil levier sur le plan international (ne serait-ce que théoriquement, en ouvrant enfin le débat sur sa pertinence), une réelle volonté en ce sens doit être exprimée clairement et péremptoirement par les premiers concernés par une telle mesure, soit les dirigeants tunisiens eux-mêmes. En effet, comme nous l'avons indiqué dans un autre article publié ici, il faut que la future diplomatie tunisienne fasse de la demande de levée du visa pour le Tunisien un axe majeur de la politique extérieure du pays au nom du peuple tunisien et ce comme une requête impérative en tant, à la fois qu'acquis majeur que condition nécessaire de sa réussite dans la transition démocratique. 
Cette première action devra faire partie, à notre sens, des trois règles d'or de la réussite du futur gouvernement transitoire tunisien qui aura pareillement, sur le plan interne, outre la mise en oeuvre de sa politique sociale et économique, à user d'actions symboliques à haute portée devant toucher le discours politique en usant du langage de la vérité, osant s'adresser au peuple en adulte majeur; et quelle meilleure façon d'agir ainsi que de faire toute la lumière sur l'événement fondateur de la modernité tunisienne, les péripéties du 14 janvier ! 
La troisième règle d'or est pour nous, enfin, de ne pas se limiter à la formulation du texte actuel de l'article premier de la constitution qui semble faire consensus, mais d'oser l'améliorer dans un sens plus équilibré comme nous l'indiquions par exemple, mettant davantage l'accent sur les notions d'État de droit et de respect des libertés, notamment de conscience, sans rogner l'importance des références à l'islam et à l'arabité, à leur place dans la société tunisienne.    
De la sorte, on fera bien montre de ce que d'aucuns appellent bien justement la coupure radicale avec le passé, ce qui inclut aussi la façon de faire la politique, cette politique à l'antique qu'il faut répudier (cf. à ce propos notre autre article ici). Et cela finira par amener les plus réticents des Tunisiens demeurant sceptiques quant à l'avenir, gardant une certaine distance avec les événements, à s'y impliquer avec plus de volontarisme et de conviction.
Il existe, en effet, chez le Tunisien un besoin permanent de recul nécessaire avec les événements du fait d'une empathie trop forte faisant tantôt douter de ses propres capacités à changer les moindres aspects des choses au nom d'un principe de réalité, devenant soudain exorbitant, tantôt exaltant, la simple volition devenant alors en un torrent d'énergie empotant tout sur son passage. C'est ce dernier phénomène qui a agi lors de la Révolution, et on assiste actuellement, comme lors d'un retour de balancier, au sentiment opposé dans l'attente d'un nouvel élan. L'essentiel est d'arriver à stabiliser ce mouvement de balancier dans un sens positif en le fixant grâce à une politique volontariste, intelligente et sincère, rompant avec les ingrédients de la politique d'antan, se fixant des règles d'or d'action, telles celles évoquées ou encore plus ambitieuses.
Ce faisant, outre une réussite exemplaire méritée, on réussira à faire que s'arrête chez certaines élites, tant nationales qu'internationales, cette tendance de regarder et de commenter la vie politique d'aujourd'hui d'un point de vue réducteur faisant de l'état politique actuel des démocraties occidentales la référence absolue pour juger par a priori une réalité différente, la condamnant d'avance à l'échec du seul fait qu'elle se développe à partir de principes et de convictions différentes; ou alors, il faut faire montre d'objectivité en reconnaissant que ces références aujourd'hui dénoncées comme rétrogrades furent à la pointe du progrès politique et humain, dans le cadre d'une riche civilisation islamique, lorsque les choses étaient plutôt sombres en Occident !