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ISLAM POSTMODERNE








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mercredi 25 mai 2016

Épiphanie postmoderne 3

Fin ou faim d'Ennahdha




Assurément, le dixième congrès du parti islamiste est un événement majeur dans la vie du parti Ennahdha et de la Tunisie. Pour l'un et l'autre, il aura soit des retombées positives — ce qu'on souhaite vivement,  un tel parti devant avoir sa place en Tunisie — soit négatives — ce qu'on craint eu égard au dogmatisme et extrémisme du noyau dur du parti, encouragé par l'antéislam venant d'Orient.
Au vrai, ce sera selon que ce congrès aura été la fin d'un type de parti comprenant à l'antique et l'islam et la politique, ou plutôt une faim réelle d'une autre pratique de la politique et de la lecture de l'islam qui soient en congruence avec les attentes du peuple tunisien.
Fin d'Ennahda, caricature d'islam
On sait que le parti de M. Ghannouchi n'est arrivé au pouvoir et n'y reste que par la grâce divine; il s'agit en l'occurrence d'un Dieu profane, celui qui manifeste Mammon en Tunisie : notre ami indéfectible d'outre-Atlantique.
C'est parce que le gendarme mondial a estimé nécessaire de jouer la carte islamiste afin de préserver l'ordre mondial obsolète qu'il domine qu'il a décidé d'abandonner son ancien soutien dans le pays en vue d'y mettre un nouvel allié.
Il s'agissait, d'une part, d'y avoir une nouvelle donne en phase avec le courant de religiosité qui travaille en profondeur les sociétés arabes, selon ses analystes néoconservateurs, et ce avec un parti tout acquis à sa cause néo-libérale. Et d'autre part, d'aller quelque peu dans le sens des aspirations populaires cataloguées à tort islamistes, quitte à créer un chaos, toujours propice à la manie du gendarme chez lui et aussi aux affaires.
En effet, Ennahdha a l'avantage aux yeux du chef de file du capitalisme mondial d'avoir un programme économique qui ne s'embarrasse pas de puiser dans un capitalisme sauvage ne manquant pas de rappeler au Yankee qui sommeille dans l'imaginaire de tout Américain le Far West et la geste du cowboy et du shérif.
De plus, le chef du parti islamiste est un modèle d'animal politique à l'ancienne qui sait, s'il le faut, n'avoir ni foi ni loi, jouant machiavéliquement des valeurs religieuses dont il se réclame pour le pouvoir et ses délices. (1)
Or, les temps ont malgré tout changé et, réalisme oblige, la Tunisie ne saurait être un simple marché comme le souhaite vivement l'Occident; son peuple ne rejouera pas la tragédie des Indiens d'Amérique qu'on a privé de leurs droits et  libertés, les casant dans des réserves. L'âge des foules qu'est la postmodernité ne le permet plus.
Le Tunisien est certes acquis à ses traditions et à sa religion, mais en tant que spiritualité et non en religiosité malsaine et immorale. S'il se revendique bien musulman, c'est qu'il voit dans l'islam une culture et non un simple culte. De plus, il se reconnaît d'abord et avant tout Tunisien.
Par ailleurs, l'islam tunisien est sui generis; ce qui suppose une foi libre et libertaire ainsi qu'un désir d'hédonisme et de l'altérite. Surtout, l'invarinat dans la psychologie tunisienne est cette volonté de liberté, croquant la vie à pleines dents.
C'est ce qu'Ennahdha n'a pas compris durant les premières années de la révolution tunisienne qui a été une véritable révolution de la mentalité populaire, mais pas de ses élites déconnectées des réalités. C'est pourtant ce qu'il est dans l'obligation de prendre désormais en compte dans son action politique et dans sa lecture de l'islam.
Et c'est ce qu'il ne semble pas encore prêt à faire, continuant à louvoyer juste pour contenter ses soutiens d'Occident tout en les trompant sur ses véritables intentions, se limitant au mieux à se démarquer des faux frères d'Orient ou à annoncer une prétendue séparation du politique du religieux.
Mais les paroles ne suffisent plus et les actes concrets sont attendus de sa part; ils se sauront toutefois venir sans pression réelle de la part de ses soutiens, extérieurs comme intérieurs. (2) C'est à cette condition qu'il ne pourrait alors plus échapper à son nécessaire aggiornamento dans l'intérêt de tous.
Pour cela, on doit enfin se convaincre qu'Ennahdha ne représente rien dans le peuple, sauf par défaut. C'est un colosse au pied d'argile qui vit sur les mythes, dont celui de l'adhésion populaire à ses vues religieuses. Ce qui n'est plus vrai.
Ses sponsors, l'Occident américain surtout, doivent savoir que l'alternative à Ennahdha existe bel et bien pour réussir l'expérience originale en Tunisie. Certes, la carte islamiste y sera toujours valable, et à jouer, mais plutôt d'un islam paisible, aussi ouvert sinon plus à l'Occident qu'Ennahdha tout en l'étant surtout aux valeurs humanistes et à celles du peuple. Le tout sans pratique d'esbroufe, comme sur cette nécessité de reconnaissance des faits qui s'imposent, telle celle d'Israël que n'ose pas Ennahdha au fallacieux prétexte que le peuple s'y opposerait; ce qui est absolument faux !  
Cette carte de rechange, c'est bien évidemment celle l'islam soufi que les salafistes, encouragés en sous-main par Ennahdha, ont combattu dès le premier jour, connaissant le danger qu'ils représentent pour leurs ambitions hégémoniques en Tunisie, terre ardente du soufisme, meilleur antidote à l'islam judéo-chértien salafiste.        
Faim d'Ennahdha, authentique islam
C'est en abandonnant leur rigorisme faussement islamiste, n'étant que la manifestation de la tradition judaïque en islam, qu'Ennahdha regagnerait le cœur des Tunisiens et répondrait à leur faim réelle de spiritualité et d'éthique. Car celles-ci ne sont plus dans les fausses manifestations, caricaturales qui plus est, de la religion ainsi qu'Ennahdha en offre l'affligent spectacle.
Par exemple, elles le sont dans un ramadan de libertés, où l'activité commerciale ne cesse pas de jour par obligation, où l'on ne force pas les gens qui ne souhaitent pas jeûner à se cacher, où l'on n'interdit pas à ceux qui veulent consommer de l'alcool à le faire, les obligeant à se comporter en criminels, s'en approvisionnant chez les contrebandiers, encourageant ainsi le crime. Or, le crime est loin de l'être dans la consommation d'alcool, nullement interdite en islam contrairement à ce que continue Ennahdha de colporter en violation des préceptes authentiques d'une foi libérale.  
La saine interprétation de l'islam n'est pas, non plus, dans la pratique du honteux et moyenâgeux test anal, ni dans la répression de la liberté sexuelle, qu'elle soit le fait de gens de même ou de différents sexes. Les jeunes ont bien le droit de vivre selon la nature placée en eux par Dieu, en assumant ce besoin essentiel pour l'équilibre psychologique et l'unité de l'humain.
Elle n'est surtout pas dans l'injustice faite à des innocents dont on détruit la vie pour cause d'un malheureux joint, bien moins nocif à leur santé qu'une cigarette, ou celle encore plus flagrante que subissent les femmes par une inégalité successorale que même la religion, au vu de ses visées, ne peut plus cautionner.
Ce ne sont ci-dessus que des exemples parmi tant d'autres sur des cas flagrants d'injustice et de fausse lecture de l'islam. Ils doivent, comme d'autres, faire l'objet sans plus tarder de la preuve concrète du changement du parti islamiste, car ce sont autant de violations caractérisées de la constitution d'abord, mais aussi de la religion correctement lue et interprétée.
Sur toutes ces questions, pour le moins, Ennahdha doit évoluer; et s'il le fait, ainsi que le commandent la morale et la bonne gouvernance, il créera alors une faim pour son parti dans le peuple.
Ce sera celle de l'honnêteté, de la sincérité et de la conscience dans l'action politique devenant éminemment éthique (ce que je nomme poléhique), honorant tout autant ses engagements politiciens que ses références religieuses.
Sinon, Ennahdha finira pas disparaître de la scène politique tunisienne comme tous les partis sans assise populaire véritable sinon simulée, ne sachant pas répondre aux attentes du peuple. Et celles-ci sont pour une plus grande liberté.
Cele ne se fera qu'en bousculant les stéréotypes mythiques sur la religion et du conservatisme social, un conservatisme qui n'est que dans la tête de certains dirigeants avides de contrôler la société et la jeunesse de plus en plus turbulente, contestant les lois scélérates d'un autre temps au point de chercher à gagner sa vie en la perdant sur les chemins de traverse. (3)   
Le Tunisien est bien mûr et il l'a démontré politiquement; il l'est tout autant socialement et est en mesure de réussir en mieux, dans son pays, ce qu'on a appelé movida en Espagne à la chute de sa dictature. (4) Alors, fin ou faim d'Ennahdha ? Qui vivra verra !

Notes 







Publié sur Kapitalis sous le titre : 
Ennahdha, suite et… fin ?