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vendredi 20 mars 2015

Polésie, politique poétique 1

Fête de l'indépendance : ne nous voilons plus la face !



  



En ce triste jour de fête de l'indépendance, il ne faut pas qu'on se voile la face; car le coeur n'est pas à la joie ni au mensonge. Le drame du Bardo est celui de la Tunisie martyrisée, la Tunisie ensanglantée, mais la Tunisie toujours éprise de volonté de vivre en liberté.
Aussi, disons la vérité telle qu'elle est nue, car on ne doit plus pratiquer la pudibonderie en politique puisque, déjà, notre religion est loin d'être prude. Il est temps qu’on l’admette et qu’on le reconnaisse ! Toute omission sera coupable en ce temps de confusion de valeurs.

Le terrorisme se niche aussi dans les têtes

Il faut d’abord avoir le courage de rappeler que les auteurs du lâche attentant du Bardo ne sont que des sous-fifres, de pauvres gars soumis à des esprits manipulateurs. Ceux-ci agissent certes dans l'ombre, mais ils ont aussi des complices objectifs qui eux affichent des propos terroristes en toute impunité au vu et au su de tout le monde.
En effet, certaines figures de notre classe politique continuent de parler de l'islam — qui est fondamentalement une religion de paix — en termes de religion de jihad, chantant les mérites de la guerre sainte se trompent ainsi de religion, car la guerre sainte n'existe pas en islam. 
Quand certains parlent de Jihad, ils ne font qu'encourager le terrorisme, car il n'est plus qu'un seul jihad en islam, le jihad akbar, l'effort maximal sur soi afin de donner le meilleur exemple. Aussi, on ne fait que semer les graines du terrorisme, trompant les esprits simples des jeunes influençables qui deviennent les exécutants de telles idées fausses formant une idéologie terroriste.
Il est donc temps que les porte-paroles officiels de l'islam en Tunisie osent déclarer qu'il n'y a plus de jihad qui compte, nulle part sur terre en islam, que le jihad akbar! 
Pourtant, on ne le fait pas et on n’est pas prêt de le faire, continuant de jouer avec le feu, gardant de fausses idées arrêtées sur l’islam. 
Or, comme disait Péguy, il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise pensée, c’est d’avoir une pensée toute faite. Car, de telles pensées héritées d’une jurisprudence islamique obsolète deviennent dans les têtes mal faites un permis pour tuer.

Le terrorisme est une négation des libertés

Comme le disait Maurice Blanchot, on vit depuis quelque temps dans une époque où « le langage cessa de lier les mots entre eux suivant des rapports simples, et devint un instrument si délicat qu'on en interdit l'usage au plus grand nombre. Mais les hommes manquant naturellement de sagesse et le désir d'être unis par des liens défendus ne leur laissant aucune paix, ils se  moquèrent de cette interdiction. »
C’est que les libertés d’être ce qu’on est, de vivre et de penser en toute impunité se sont rétrécies sérieusement. Un arsenal de lois scélérates entend gérer la moindre  manifestation de vie, tuant la vie. D’autant plus que les consciences vives démissionnent de leur rôle.  Ainsi que l’assurait encore l'auteur du Dernier mot, « Elles à qui rien n'était interdit et qui savaient s'exprimer, gardèrent le silence. Elles semblaient n'avoir appris les mots que pour mieux les ignorer et, les associant à ce qu'il y a de plus secret, elles les détournaient de leurs cours naturels. »
On est ainsi de plus en plus soumis à une loi d'airain du conformisme logique que des lois liberticides héritées de l'ancien régime ne font qu'aggraver. Or, le terrorisme n’est que le prolongement de telles lois, car il entend aggraver la dictature physique en y ajoutant une dictature morale. 
Comme tout obscurantisme, il s’attaque en premier aux libertés qui sont la meilleure manière de socialisation.  C’est en étant libre que les jeunes qui ont de l’énergie la dépensent utilement, les lois les canalisant, mais ne les étouffant pas. Ce sont de telles lois d’éducation qui tirent vers le haut (c’est le sens étymologique du verbe educare); ce qui fait leur intérêt. Or, nos lois tirent vers le bas, ce qui balise le terrain aux terroristes.

La négation du terrorisme par les libertés

Seule la culture des libertés constitue le meilleur rempart contre ceux dont l'idéologie et le but sont de tuer les libertés et d'instaurer l’obscurantisme de la loi du plus fort. Car aucune police aucune armée du monde ne sauront lutter efficacement contre des terroristes trouvant asile auprès de certaines franges de la population, y compris parmi les élites, qui considèrent leur combat sinon juste du moins justifié.
Ce qui fonde une telle horreur sur laquelle il ne faut plus fermer les yeux, c'est justement que nombre de nos compatriotes se sentent être des sujets d'un État dictateur et non pas des citoyens ayant des droits, vivant dignement.
C'est à ce niveau qu'il faut commencer d'agir avant de penser à la répression. Nous réussirons à mieux contrer le terrorisme qui s'attaque à notre État de droit et à nos libertés en consolidant justement ces droits et en élargissant le rayon des libertés. Certes, ce n'est pas évident à dire ni à faire ; pourtant, c'est la seule issue pour sortir de l'engrenage terroriste.   
Que notre fête de l'indépendance soit donc celle de la libération du dogmatisme logique et de la bienpensance ! Que cet anniversaire marque le signal d’une politique enfin transfigurée où l'on osera enfin se départir de la langue de bois d’une politique à l’antique pour la pratiquer comme l'art qu'elle est. Et que la politique en Tunisie relève de la poésie, cette voix du coeur qui seul au coeur parle et arrive, pour paraphraser Eluard.