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mercredi 28 janvier 2015

Du fair-play au fair-pray 6

Sans éthique, le libéralisme n’est que la ruine de la politique




C'est quand il se réduit au domaine économique, y célébrant la seule loi du profit, que le libéralisme donne à voir la part hideuse de sa double nature qui est le propre de toute chose humaine sur terre, les parts du diable et de l'ange étant présentes dans l'humain qui dérive étymologiquement, faut-il le rappeler, de l'humus.

Comme le geste de se laver physiquement d'une manière régulière est nécessaire, il en va de même pour nos créations intellectuelles et nos idéologies. Aussi, quand il demeure sauvage, sans évolution éthique, que le libéralisme se fait ruine de la politique.

C'est à un tel libéralisme que certaines de nos élites continuent de se référer, pourtant. Heureusement, l'exemple grec vient à point nommé leur rappeler qu'il ne faut point limiter le libéralisme à sa part honteuse, mais l'équilibrer avec ce qu'il a de meilleur, sinon on ne le ruine pas seulement, mais on propage alentour le chaos.

Aux futurs  responsables de la Tunisie de méditer donc ce qui vient de se passer en Grèce et de s'inspirer de ses nouveaux dirigeants afin de ne plus continuer dans les errements des gouvernements passés.

Voici, à leur intention, ce que commanderait un libéralisme rationalisé tenant compte des réalités du pays. Il s'agit de mesures aussi symboliques que concrètes en prise avec les urgences du moment. Leurs retombées seront non seulement immédiates, mais spectaculaires aussi, car initiant la réforme impérative, aussi bien économique et politique que mentale, et ce  de part et d'autre de la Méditerranée.

Le terrorisme est également la corruption
Il faut d'abord prendre conscience que la gangrène de la corruption est aussi grave que le terrorisme, car ils s'alimentent mutuellement. Lutter contre inégalités flagrantes aggravées par la faillite du système éducatif et le dispositif juridique encore en place implique de rétablir d’abord l'État de droit à ce niveau, c'est-à-dire mettre un terme à la corruption généralisée.
Or, celle-ci découle pour beaucoup d'une mauvaise pratique libérale assimilée à un dogme aussi pernicieux que celui des intégristes religieux, à savoir l'inévitable financiarisation de la nature et la marchandisation du vivant avec tout ce que cela implique de passe-droits et d'achat de consciences.

Un tel néolibéralisme piaffe d'impatience au seuil de la Tunisie, et il ne doit pas y pénétrer sans obligation de montrer patte blanche. Aussi, des mesures strictes sont impératives contre son péché mignon de susciter sinon de vivre de la corruption.

Sortir en douce du néolibéralisme
Le mieux, bien évidemment, est de sortir du néolibéralisme. Cela pourrait même se faire avec la logique keynésienne à la base de la vérité, bien que dépassée, qu’elle a réussi l'accompagnement de la décolonisation des années soixante.

D’ailleurs, même les nouveaux Keynésiens pensent d'actualité une sorte de nouveau « new deal » en osant proposer un encadrement public plus strict du libéralisme et une régulation citoyenne démocratique.

La réforme interne du système qu'ils proposent — à laquelle adhèrent nombre de nos élites économiques — est que le pouvoir doit rester aux multinationales et aux banques, seules en mesure de créer la richesse, d’une part, et dont leurs intérêts sont difficiles à contrer, d’autre part. Pour eux, cela doit juste s'accompagner d'un peu plus d'intérêt à donner pour une transition écologique et sociale par la réinvention de quelque chose sur le long terme.

Ainsi, même chez les libéraux, on reconnaît l'impérative nécessité de sortir du néolibéralisme, quoiqu’en douce tout en récusant, toutefois, la meilleure technique en la matière. Il s’agit de celle tentée en Amérique latine et à laquelle va recourir la Grèce, à savoir la renégociation de la dette ou même sa suppression, et surtout la suppression des paradis fiscaux.

Une politique courageuse est possible 
Comment donc, pour la Tunisie, sortir du système injuste dominant le monde bien qu'il soit en crise, tout en  l'aggravant en l'exportant dans les pays de sa périphérie?

Tout d'abord, il est impératif de rompre avec les nouvelles formes de colonisation déguisée apparues dans notre pays qu'on veut réduire à un marché où tout ce qui est désormais impossible en Occident du fait de la réglementation y serait possible, profitant d'une législation défaillante qu'on tarde à réformer ou qu’en empêche de le faire.

Sans volonté politique affirmée, il sera impossible pour la Tunisie de faire face à la règle mondiale actuelle de fusion du politique et du financier qui annule la moindre autonomie de décision politique, celle-ci étant désormais définie et imposée par le capitalisme financier mondial. Or, il ne s’agit pas de nier une telle réalité ayant les traits d’une fatalité !

Rien n'empêche, en effet, d'innover en politique par l’introduction de l'imagination au pouvoir en recourant à des mesures en apparence anodine, mais ayant un impact dévastateur en termes de mutation mentale dans le Nord, mais aussi auprès de nos élites sur la complicité desquelles repose pour grande partie l'arrogance politique de ce Nord.

Il est vrai que ce n'est pas seulement l'économie tunisienne qui est aujourd'hui pilotée par un groupe restreint dictant ses lois aux États et même aux institutions internationales comme le FMI et la Banque mondiale; c'est le cas de la quasi-totalité de l'économie mondiale.

Mais il se passe quelque chose dans notre pays au niveau de la conscience politique qui est de nature à apporter une contribution utile à la solution de la crise du pays et de la région. Cela dépendra du degré de courage de nos gouvernants à vouloir sortir des sentiers battus de la marchandisation du monde soumis à la seule loi du profit.

Pour cela, par exemple, ils doivent juste avoir le courage d'envisager une autre politique que celle de l'endettement qui implique la remise en cause des subventions aux nécessiteux  dans un pays où la pauvreté a atteint les seuils de l'intolérable.

Les intérêts imbriqués de la Tunisie et de l'Europe
On ne le dira jamais assez, la Tunisie et l'Europe entretiennent une intimité d'ordre ontologique qui inclut tout le Maghreb malgré les dénégations de part et d'autre, plus idéologiques ou opportunistes que réalistes.

Un penseur aussi avisé que Hegel avait bien dit que le Nord de l'Afrique était une partie intégrante de l'Europe n'en déplaise aux intégristes des deux continents qui seront bien obligés de se plier à cette vérité déjà en partie réalisée avec la présence territoriale de l'Europe au Maroc de par ses présides. Ceux-ci, pour ne plus être assimilés à une séquelle de la honteuse colonisation, doivent préfigurer la future adhésion du Maghreb à une Europe enfin méditerranéenne.

En Tunisie, l'Union européenne, tout comme la France d'ailleurs, est le principal partenaire du pays, et ne serait-ce que pour cela, elle assume une grande responsabilité dans la situation de la Tunisie qu'elle soit positive ou négative. C’est pour cette raison qu'on a eu lors du sommet de Deauville, au lendemain de la révolution, des promesses d'aides financières mirobolantes. C’est l'incurie de nos gouvernants qui a facilité la tâche des Européens de ne pas tenir parole en ne faisant que transformer leurs promesses en prêts qui n'ont fait qu'aggraver la dette du pays. Ne dit-on pas qu'on mérite les gouvernants qu'on a ?

S'agissant de cette épineuse question de la dette, il est impératif que le nouveau gouvernement envisage son inévitable restructuration en osant exiger, non pas sa renégociation — aurait-il jamais le courage de faire, hélas ? —, mais un moratoire qui permettrait de réaliser un audit afin de distinguer la dette odieuse, fruit de la corruption.

Visant le court terme, étant plus audible qu'une renégociation et ayant des chances d’être entendue, une telle restructuration a en plus l'avantage de ne pas empêcher éventuellement des exigences plus radicales par la suite et qui pourraient même servir comme menace lors de la négociation.

Dans ce même cadre, il est fortement souhaitable que nos nouveaux dirigeants s'attaquent enfin sérieusement à la question des avoirs gelés dans les banques européennes, notamment françaises, et pas encore débloqués faute surtout de suffisante volonté politique de notre part.

Dans un autre ordre d'idées, mais non moins essentiel, la Tunisie  se doit de résister à l'accord en matière agricole présenté par l'Union européenne, un texte exactement identique quant à l'essentiel à celui qui était proposé par l'Union du temps de la dictature. En effet, il sera assurément catastrophique pour la Tunisie, avec de terribles conséquences sur son agriculture déjà trop mal en point.

Bien évidemment, il y a aussi le scandaleux accord dit de mobilité dont juste le protocole a été signé. Des négociations similaires sont en cours avec le Maroc et elles seront incessamment reprises avec notre pays. Aussi, la Tunisie ne doit pas conclure un tel accord d'immobilité qui ne présente aucun véritable intérêt pour elle, tout en contractant des engagements contraignants.

En effet, contre une promesse vague de délivrance facilitée de visas pour des personnes hautement qualifiées, on vise la conclusion d'accords de réadmission obligatoire, non seulement des ressortissants tunisiens en situation irrégulière, mais même de ceux qui auraient juste transité par le territoire tunisien.   

Au vrai, un tel accord serait honteux, car il entre dans le cadre de la volonté  de l'Europe d'exporter de plus en plus les politiques migratoires européennes, marquées par un esprit sécuritaire exagéré, vers les pays d'émigration; or, il est éthiquement insupportable de demander aux seuls pays de départ de gérer l'immigration.

Nos diplomates seraient inspirés, comme il m’a été donné de le faire avec succès lors de la première proposition de ce genre d’accords dans les années quatre-vingt-dix, de proposer un contre-accord où la réadmission sera liée au libre mouvement de nos ressortissants moyennant la technique parfaitement sûre du visa biométrique de circulation.

Oser l'éthique en faisant la « poléthique »
On le voit bien, le principal défi qui se pose aujourd'hui à l'équipe gouvernante en Tunisie est de rompre avec le passé. Outre l'arsenal juridique à abolir avec ses lois scélérates dans le domaine social et des moeurs, il importe de rompre avec l'ancien modèle de développement toujours en place réduisant à des slogans creux les revendications populaires justifiées à la dignité.

C'est ainsi et ainsi seulement qu'on confirmera l'acquis majeur que fut le processus électoral dont le principal enseignement a été la maturité des Tunisiens, démontrant qu'ils méritent bien mieux que l'actuel opéra-bouffe de la politique que leur livrent leurs politiciens du fait de mauvaises habitudes, l’inertie, y compris en matière de mentalité, étant une force terrible comme on le sait.

Sans de telles mesures dont la concrétisation tient à un minimum de courage de la part de nos élites politiques, la Tunisie continuera d'avancer à l'aveugle. Or, l'abîme est sous ses pieds où d'aucuns, se prétendant ses amis, n’hésitent pas à l’y pousser au nom de leurs seuls intérêts. Ce qu'ils ne savent pas, ces gribouilles de la politique, c’est que la chute de la Tunisie dans un gouffre que ne mérite pas son peuple les entraînera tout aussi sûrement avec elle ! 

On l'a compris ; ce n'est pas le néolibéralisme actif et agressif, qu'on voit trépigner d’impatience sur notre sol pour imposer sa loi, qui sauvera notre pays. Ce ne sera pas, à plus forte raison, la fuite en avant dans l'externalisation de la décision politique, la perpétuation des lois répressives ou encore un tour de vis supplémentaire aux libertés au nom d’une légitime lutte contre le terrorisme devant être conforme aux droits de l’Homme.

La politique de nos dirigeants doit avoir une dimension humaniste évidente qu'impose l'état de la société outre les événements fondateurs de la révolution qui fut, rappelons-le, un coup du peuple avec tout ce que cela veut dire en termes de  réplique et de contrecoup. Or, à ces derniers, on n'échappera certainement pas en l'absence de solutions de la nature de celles ce dont on a parlé ci-dessus.

Elles ont, en effet, une portée radicale, car agissant en une centralité souterraine, faisant sauter les freins de l'inconscient collectif, balayant les faux déterminismes politiques, économiques et idéologiques. Ce qui revient, tout simplement, à tenir compte  de l'imaginaire du peuple, faisant entrer l'imagination au pouvoir. Ce sera possible, en notre Tunisie profondément spiritualiste, en abondant la langue de bois pour user de conscience et d'éthique, s'adonnant enfin à ce que je nomme « poléthqiue ». 

Publié sur Leaders