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samedi 24 janvier 2015

Du fair-play au fair-pray 4

Gouvernement Essid : le lion qui fait la grimace




Avec le gouvernement de Monsieur Essid, la locution « Faire la grimace » pour dire signifier son désaccord, son mécontentement trouve sa plaine matérialisation.

En l’occurrence, c’est ce que fait le chef du gouvernement — dont le nom, comme tout le monde sait, veut dire lion —, le désaccord qu'il afficherait portant sur les acquis de la Révolution pour lesquels il signifierait son mécontentement, préférant aller à contre-courant des attentes populaires.

Car que veut le peuple sinon un gouvernement en mesure de réaliser l'union du pays divisé en deux grandes tendances, l'une à peine majoritaire incarnée par le parti de M. Caïd Essebsi et l'autre représentée fortement par le parti islamiste ?

En choisissant de faire finalement la part belle à la présence des libéraux de l’UPL au gouvernement, sacrifiant ainsi la fibre sociale représentée par le Front populaire, le gouvernement Essid nous offre une soupe gouvernementale à la grimace, réservant un accueil hostile aux attentes populaires déclarées ou diffuses.

Certes, il a réussi le tour de force de satisfaire Ennahdha sans l'avoir au gouvernement, des ministres réputés indépendants ne lui étant nullement hostiles.

Toutefois, on ne peut que s’interroger, d'ores et déjà, sur la durée de vie d’un tel gouvernement en une Tunisie où la société civile incarne à merveille l'adage disant qu'on n'apprend pas à un vieux singe de faire la grimace.

En effet, il y est plus que jamais d'actualité au sens qu'il ne sert à rien de s'adonner à des trucs relevant de la ruse politique à un peuple d'expérience, désormais averti de tous les arcanes de la politique politicienne, refusant la moindre jonglerie, se faisant qui plus est au nom de l'éthique.

Rappelons-le, c'est ce qui a pesé le plus dans la défaite de l’ancien président Moncef Marzouki qui, malgré ses qualités humaines certaines, a manqué de la principale qui était d'être éthique dans son action, ne l’ayant pas conformée à ses idées demeurées de purs slogans creux.

C'est ce qui semble arriver au Président Caïd Essebsi avec ce premier gouvernement de la Nouvelle République qui viole déjà des engagements éthiques pris lors de la campagne électorale. Citons-en juste la règle du non-cumul qui devait être une ligne rouge; or, que voit-on : il n'y a pas une seule exception qui viendrait confirmer la règle; il y en a une pluralité !

On ne citera pas non plus le nom de certains ministres dont des militants des valeurs non des moindres dénoncent le passé au service de la lutte contre ces mêmes valeurs, ainsi que le fait Madame Kennou qui fut candidate à la présidence et qui juge sévèrement son collègue devenu ministre de l'Intérieur.

Il ne reste donc qu’à espérer que le nouveau gouvernement qui semble assuré d'avoir l'investiture à l'Assemblée des Représentants du Peuple se hâte de rectifier le tir en s’attelant à la priorité de mise en œuvre, non seulement de l'engagement présidentiel d'abolir la législation actuelle sur les stupéfiants, mais aussi toutes les lois d'ancien régime qui sont aussi liberticides que  scélérates.

Ainsi et ainsi seulement il aura une chance de renouer avec les attentes populaires et de s'assurer la durée nécessaire pour espérer réussir à sortir le pays de la terrible crise qu'il vit.

En effet, cette crise est d'abord dans les têtes, et elle est assurément nourrie grâce à la perpétuation de l'ordre ancien par l'arsenal juridique honteux toujours en vigueur. C'est donc en osant ne pus tarder l'abolition de cet ordre, décidant pour le moins un moratoire à son application, que le gouvernement Essid obtiendra la seule investiture qui vaut véritablement aujourd'hui, celle de l'adhésion des plus larges couches de la population à son action.

Avis à M. Caïd Essebsi dont Monsieur Essid est la parfaite incarnation de sa politique voulue pour la Tunisie ! Qu'il se rappelle que si le monde humain trompe par un commerce de grimaces, comme l'affirmait Alain, qu'il suffit de chanter un chant de paix avec gesticulations et grimaces pour qu'il devienne un chant de guerre, comme l'a rappelé avec perspicacité Jean Giraudoux, qui fut rappelons-le écrivain et diplomate.
    
Publié sur Nawaat