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lundi 12 janvier 2015

Dés-ordre(s) du monde 3

FTDES : l'actualité brûlante du basin minier de Redeyef


  

Le forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES) a organisé les 9 et 10 janvier à Tunis une manifestation pour célébrer le premier mois de l’année, traditionnellement propice en Tunisie à un élan sociétal, pulsation majeure du processus révolutionnaire en cours dans notre pays.
C'est d'ailleurs sur cette caractéristique qu'on particulièrement insisté les intervenants durant la deuxième journée consacrée à deux panels de haut niveau traitant du rôle révolutionnaire des mouvements sociaux et de la société civile, le tout développé autour de l'exemple majeur du bassin minier de Redeyef.
À noter que la première journée a vu l'organisation d'une exposition et d'une manifestation dans la capitale ; et un hommage a été rendu à quelques-unes des figures emblématiques du mouvement social tunisien lors de la seconde journée.
Le forum organisera son édition pour 2015 à Tunis du 24 au 28 mars prochain avec au coeur de ses préoccupations la question de l'immigration en Méditerranée.
Ci-après une synthèse des principales et riches thématiques abordées lors de la manifestation de ce week-end.
La plaie toujours ouverte du bassin minier
Le vibrant hommage rendu au bassin minier en présence de certaines figures historiques dont certaines ont été distinguées a été l'occasion de relever l'aspect emblématique du bassin par la durée de ses événements et leur ampleur outre sa caractéristique majeure que fut la féminité de ses principaux acteurs et leur jeunesse dans une action généralisée à toute la population du bassin.
C'est ce que les participants n'ont cessé de répéter durant deux journées par des témoignages poignants et des analyses pertinentes de spécialistes de divers horizons. Un rappel historique a été fait de cette phase importante de la révolution qui en a constitué les fondements. Sa spécificité qui a été montrée (cf. plus loin), remontant à un passé lointain, est une manifestation qui démontre bien ce qui caractérise aujourd'hui la Tunisie, à savoir sa différence et son originalité tenant à la maturité de son peuple avec, en locomotive, un féminisme actif.
On ne rappellera jamais assez, en effet, que le bassin minier a été la première étincelle qui a embrasé par la suite tout le pays; et elle l'a fait car elle traduisait la profondeur l'aspect néfaste du système gouvernant le pays — et au-delà le monde entier — dans ses choix économiques, politiques, idéologiques et culturels.
Un tel rappel est d'autant plus nécessaire que la peur de revivre les malheurs de 2008 existe toujours chez les victimes de la répression passée, non seulement dans leur inconscient, mais aussi dans leur conscience révoltée par le cours des événements actuels.
Outre les retombée en termes de santé des luttes d'antan, il y a un réel sentiment d'injustice chez les militants de cette période capitale de l'histoire contemporaine de la Tunisie quand ils voient, non seulement la récupération éhontée dont fait l'objet leur combat, mais aussi et surtout le déni de leurs droits et la fragilité extrêmes des acquis de leurs luttes.
En effet, les protagonistes de ce haut moment fondateur de la Tunisie nouvelle estiment à juste titre ne pas avoir obtenu encore assez de résultats, à la hauteur de leurs immenses sacrifices, ni en réalisations concrètes ni en termes de juste reconnaissance des faits.
Ainsi, les mêmes revendications continuent d'être soulevées dans une indifférence de plus en plus grande comme si l'on voulait tourner la page pour renouer avec le passé honni des pratiques de la dictature.
Certains des maigres acquis ont même été reniés comme dans le cas  douloureux des travailleurs des chantiers. On a ainsi évoqué la honte de réclamer la restitution des salaires depuis 2008 ou de traduire d'office à la retraite à soixante ans sans considération aucune de la situation particulière des gens, outre la persistance de la sous-traitance dans le service public.
Par ailleurs, malgré sa proximité de zones à risques et la persistance du danger terroriste dans le pays, Redeyef est aujourd’hui sans aucune présence des forces de l'ordre; ce qui s'ajoute à une absence flagrante d’activisme utile du principal syndicat des travailleurs.        
Spécificité du bassin minier
La geste du bassin a prouvé qu'un autre monde était possible, gros d'une révolution sociale nécessaire, traduisant bien plus qu'une solidarité évidente des différentes strates sociales, notamment de la part de son élément féminin.
Le bassin minier est à ce titre emblématique de la nature à la fois hétérogène, variée et multiple de la sociologie tunisienne. En effet, la lutte des habitants du bassin minier ne s'est pas limitée à Redeyef, les femmes de la région,
présentes un peu partout dans le pays, passant de Sfax à Tunis, de Gafsa à Kasserine, de Kebili à Rjim Maatoug au gré du déplacement de leurs époux, frères et enfants, dans les différentes prisons du pays, les autorités les choisissant exprès les plus éloignées du lieu de résidence ; c'est ce qu'on a appelé le Voyage des sept prisons.
Le combat du bassin minier a mis le doigt sur les tares de notre société comme la corruption généralisée, la répartition injuste des richesses et l'exclusion, le tout dans le cadre d'un élan protestataire soutenu tout en étant pacifique.
La région tire ses particularités de son histoire propre, puisque les villes du bassin ont vu le jour à la suite de la découverte des gisements de phosphates au début du siècle dernier. Aussi ses habitants viennent-ils de différentes régions du monde, constituant un véritable kaléidoscope de nationalités diverses qui s’étaient ajoutées aux nomades anciennement sur place. On y a enregistré un mélange de salariés européens dont de nombreux Français et de Maltais, des Russes et diverses nationalités arabes, notamment d’Algérie, du Maroc et du Soudan.
Une symbiose étonnante de cultures et de civilisations méditerranéennes en est ressortie qui n'a pas peu compté dans la fibre militante marquant la région avec un activisme communiste assez précoce et une implantation syndicaliste tôt représentée par Med Ali El Hammi et les différentes incarnations du syndicalisme jusqu'à l'UGTT de Farhat Hached.
Or, si le nombre des travailleurs de la société des phosphates de Gafsa était d'un peu plus de neuf milles salariés en 1920, passant à seize milles en 1986/1987, il a chuté dramatiquement à cinq milles dans les années 2007/2008 malgré le redoublement de la production et des bénéfices.
Cela démontre l'étendue de la crise qui était due pour beaucoup aux malversations et aux injustices flagrantes. Et cela ne pouvait plus durer, ayant créé depuis longtemps une situation explosive  qui a finalement culminé durant l'année 2008 qui a vu le début d'une longue période de protestations et de répressions commençant en avril de cette année-là. C’était la manifestation nationale d’une crise internationale.
Une crise mondiale du libéralisme
C'est en 2011 que l'exaspération a atteint son niveau le plus élevé en Tunisie avec une exigence devenue impérative de la dignité se manifestant par le refus des inégalités flagrantes aggravées par la faillite du système éducatif et la gangrène de la corruption. Une telle quête se retrouve de l'autre côté de la Méditerranée avec des mouvements similaires, quoique sporadiques, comme ceux des Indignés ou les soubresauts de la Grèce et de la Turquie.
On parle d'échec aujourd'hui d'un tel élan alors qu'il n'a que trois ans; or, on ne change pas le monde en si peu de temps. L'idée fausse du Grand Soir est périmée; la lutte sociale nécessite du temps pour donner fruit, et la progression de ses acquis n'est pas linéaire sur son long cours, étant susceptible de retours et de retournements ; l'important demeurant l'inventivité et l'innovation dans la lutte où il est important pour la réussite qu'il y ait du nouveau.
Tout cela traduit la crise mondiale avérée du libéralisme. Or, malgré une telle crise, certains croient qu'il peut et doit continuer à dominer le monde; c'est le néolibéralisme et le néoconservatisme. Et ce qui rend encore plus dangereuse cette crise avec la financiarisation de la nature et la marchandisation du vivant, risquant tout simplement une déstabilisation générale du monde.
Certes, Il y a bien des rêveurs à la logique keynésienne, celle qui avait déjà accompagné la décolonisation des années soixante, qui pensent à une sorte de nouveau « new deal » par l’encadrement public plus strict du libéralisme et une régulation citoyenne démocratique. Dans le cadre de cette réforme interne du système, le pouvoir reste aux multinationales et aux banques qui ont leurs intérêts qu'il est difficile de contrer; mais on accorde plus d'intérêt à la nécessaire transition écologique et sociale par la réinvention de quelque chose sur le long terme.
Ainsi reconnaît-on, même chez les libéraux, que dans l'immédiat, il s'agira de sortir du néolibéralisme à tous les niveaux, mais en douce. Or, on sait parfaitement comment en sortir; on l'a bien tenté et on le tente encore en Amérique latine, même si on n'y arrive pas assez bien, à l'exemple de l'idée de la suppression des paradis fiscaux.
La crise du néolibéralisme
Toutefois, le rejet du néolibéralisme gagne du terrain, surtout le discours qu’il prône, érigeant une distinction entre un « nous » minoritaire et un « eux » majoritaire, dont on a pointé du doigt la gravité.
Réaffirmant la nécessité de sortir de ce système injuste dominant le monde bien qu'il soit en crise, on s'est posé la question lancinante et d'actualité : comment s'en sortir, en Tunisie et dans le monde ?
On a rappelé d’abord que la crise actuelle date des années 2008-2012, période de rupture dans le libéralisme classique dont on a pris alors conscience de la grave crise. Celle-ci était de facettes multiples, à la fois sociales, qu'écologiques, culturelles, idéologiques et politiques; ce que la Tunisie a illustré à merveille.
L'aspect politique de cette crise réside dans l'apparition de nouvelles formes de colonisation déguisée ouvrant une nouvelle phase nécessaire de décolonisation. On l'a vu, d'ailleurs, dans le cas de la Tunisie où l'on a mis au même niveau que d'autres questions habituelles de nature économique ou fiscale celle éminente de la corruption qui est d'abord de nature politique, ne se réduisant pas au simple bakchich d'antan.
Le grand défi d'aujourd'hui pour les États du Sud consiste à faire face à la fusion du politique et du financier qui annule la moindre autonomie de la décision politique, celle-ci étant désormais définie et imposée par le capitalisme financier mondial. D'où la nécessité de la convergence des mouvements sociaux pour définir ce qu'il faut faire au niveau mondial, car la réponse des États du Sud doit obligatoirement être globale afin de pouvoir contrer le pouvoir financier globalisé si puissant à l’échelle mondiale.
Dans cette perspective, les forums sociaux mondiaux ont pour ambition que dans chaque pays il y ait la coalition de l'ensemble des mouvements sociaux définissant une claire volonté de sortir du néolibéralisme. Il s'agit de démontrer ce que l'on peut faire pour résister aux diktats du FMI et de la Banque Mondiale, par exemple, tout aussi que de réaffirmer cela pour pouvoir le présenter en volonté réelle et non une simple intention ou même volition.
Les relations entre les mouvements sociaux sont devenues essentielles de part et d'autre de la Méditerranée, car en agissant des deux côtés de la méditerranée, on est assuré de faire avancer la cause des salariés face à un patronat qui ignore les frontières. Aussi, une synergie est-elle impérative entre le syndicalisme et l'action altermondialiste.
À ce titre, le mouvement syndical français s'est largement impliqué au-delà de sa société de base, soutenant les combats des syndicats en Tunisie. On l'y a vu notamment dans les combats pour les droits humains, les droits des femmes et des migrants, mais aussi soutenir des revendications dans le réseau international des centres d'appels ou auprès des journalistes indépendants et des grévistes dans certains secteurs. Et grâce à un  tel soutien, les travailleurs tunisiens ont remporté nombre de victoires contre des patrons ayant parfois un comportement digne de l'époque coloniale.
C'est que dans un monde globalisé, le patronat mène désormais une politique d'ensemble ; or, elle n'a jamais été aussi étendue à divers pays et continents dans le cadre d'une économie de plus en plus mondialisée à la faveur du pouvoir des multinationales qu'il soit direct ou indirect moyennant ses filiales et le phénomène de la sous-traitance.
Aujourd'hui, la quasi-totalité de l'économie mondiale est pilotée par un groupe restreint dictant ses lois aux États et même aux institutions internationales comme le FMI et la Banque mondiale. On voit ainsi en Tunisie, comme ailleurs, une politique active tendant à remettre en cause les subventions aux nécessiteux  dans une marchandisation du monde soumis à la loi du profit.
Résister à la politique européenne en Tunisie
L'Union européenne, tout comme la France en tant que principaux partenaires de la Tunisie, a une grande responsabilité dans la situation de la Tunisie qu'elle soit positive ou négative. Ainsi, on a eu lors du sommet de Deauville des promesses d'aides financières; et puis, on s'est limité à des prêts qui ont aggravé la dette du pays.
S'agissant de la question de la dette, la question de sa restructuration doit être posée, un moratoire devant être exigé par le gouvernement tunisien, car c'est audible et permet de réaliser un audit afin de distinguer la dette odieuse, fruit de la corruption. Une telle restructuration a l'avantage de viser le court terme; de plus, elle n'empêche pas la demande de moratoire tout en ayant des chances d’être entendue.
En matière de dettes, l'Allemagne a donné le bon exemple, mais il s'agissait d'une petite dette.  Car il est à rappeler que pour presque 50% la dette tunisienne est détenue par la Banque africaine,  la Banque européenne d'investissement et la France, ces deux derniers en possédant plus d'un tiers.
On a aussi évoqué les énormes avoirs gelés dans les banques européennes, notamment françaises qu'il faut débloquer. On a estimé de même qu’il est également de la plus haute importance pour la Tunisie de résister à l'accord en matière agricole présenté par l'Union européenne, un texte exactement identique quant à l'essentiel à celui qui était déjà débattu sous la dictature et qui aura de terribles conséquences sur l'agriculture tunisienne.
Il y a aussi le scandaleux accord dit de mobilité dont juste le protocole a été signé. La Tunisie ne doit pas conclure un tel accord qui ne présente aucun véritable intérêt pour elle, tout en contractant des engagements contraignants. Ainsi, contre une promesse vague de délivrance de visas pour des personnes hautement qualifiées, on vise la conclusion d'accords de réadmission obligatoire, non seulement des ressortissants tunisiens en situation irrégulière, mais même de ceux qui auraient juste transité par le territoire tunisien. 
Cet accord entre dans le cadre de la volonté de l'Europe d'exporter de plus en plus les politiques migratoires européennes vers les pays d'émigration; or, il est éthiquement insupportable de demander aux seuls pays de départ de gérer l'immigration.
Contrer le néolibéralisme globalisé en Tunisie
En Tunisie, aujourd'hui, rien d'essentiel n'a changé : l'ancien modèle de développement est toujours en place et les revendications de la dignité sont réduites aux slogans creux. Certes, il y a eu un acquis à ne pas négliger, celui des élections; mais cela demeure mineur par rapport à ce qui est encore à faire et surtout à éviter de faire. Aussi, certains n’ont pas hésité à affirmer que le pays avance à l'aveugle.
On estime que plus que jamais le néolibéralisme est actif et agressif en Tunisie, et il importe de le conter efficacement avec plus de solidarité au niveau de l'action sur le terrain et une réflexion axée sur la production d'une culture de lutte et de revendication.
D'une part, on assiste à des efforts soutenus pour l'externalisation de la décision politique et à un nouveau tour de vis des libertés au nom de la lutte contre le terrorisme. D'autre part, on ne cesse de vouloir encore plus de libéralisme comme ces exigences européennes de libéraliser le secteur agricole, ce qui ne servira que les intérêts de l'Europe.
Si la révolution tunisienne n'a pas assez produit ses fruits, c’est pour une grande part en raison de l'absence d'une pensée claire, le mouvement revendicatif ayant était brut sans paradigme structuré, malgré quelques productions de qualité, demeurant rares, comme le film de Sami Tlili qui a participé à l'hommage nécessaire que méritait le mouvement social tunisien et l'activisme de la société civile.
Le rôle de cette dernière reste important dans une telle lutte, comme l'a été celui des avocats qui a été rappelé et qui ont accompagné le mouvement depuis le premier jugement à Mdhila, un certain 19 janvier 2008, au dernier en juillet 2010, même si l'ultime dernier date effectivement (pour cause d'appel) de février 2011.
À ce propos, il a été fait rappel du rôle majeur joué par maître Chokri Belaïd qui s’illustrait dans ses plaidoiries par un immanquable trait cruel à l'égard de la magistrature dévoyée, tenant toujours à lui rappeler ses devoirs, insistant qu'il ne parlait pas tant pour défendre les victimes du jour que pour sauver l'honneur d'une magistrature devant être indépendante de tout pouvoir, surtout lorsqu'il était corrompu. 
Le rappel des événements du bassin minier est utile dans la lutte présente, car il permet de mettre l'accent sur la vitalité et la nécessité de l'attachement des masses et de ses élites à trois libertés essentielles : la liberté de s'organiser, de s'exprimer et de manifester pacifiquement. Un tel attachement a déjà aidé contre la dictature, et il aidera aujourd’hui à relever les défis du néolibéralisme globalisé en Tunisie.
La revendication de l'exercice de ces libertés ne peut être aujourd'hui contestée par le néolibéralisme comme n'a pu le faire le pouvoir en place avant la révolution. En effet, la dictature a été obligée de recourir à des textes anciens de lois remontant à la période du protectorat pour réprimer sévèrement les justes revendications (loi de 1894 ou décret de 1953, par exemple), les lois en vigueur ne lui étant pas de grand secours. 
Comme hier avec un pareil recours périlleux à la mémoire, le service du néolibéralisme oblige les autorités actuelles à recourir encore aux lois scélérates de la dictature et de les maintenir en vigueur ou même de les renforcer au lieu de les abolir, ce qui ne manquera pas de heurter la conscience populaire, aggravant la crise, minimisant du coup les chances de réussite en Tunisie d'un libéralisme sauvage. 
C'est ainsi que se met en évidence la dimension humaniste des événements fondateurs du bassin minier, qui ont eu une portée radicale, la centralité souterraine dont parlent certains sociologues.
Ainsi, si la révolution tunisienne s'est distinguée par l'absence de guides, ceux-ci étaient bel et bien disséminés dans la conscience collective, l’inconscient populaire, un imaginaire mûr pour un nouveau paradigme en gestation.    

Publié sur Leaders