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I-SLAM : ISLAM POSTMODERNE








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dimanche 28 décembre 2014

Rêve-olution continue 6

Bilan de la présidence Marzouki : la diva qui chante faux



         À la veille de la passation historique des pouvoirs en Tunisie, le temps est au bilan de l'oeuvre à Carthage du président sortant qui y est entré avec la flatteuse réputation de militant des droits de l'Homme.
Oeuvre au noir
         Le bilan des trois années de Moncef Marzouki ressemble trop à ce que les alchimistes qualifient d'oeuvre au noir, une phase de putréfaction nécessaire au pouvoir pour se régénérer. Son œuvre négative serait alors ce travail du négatif dont parle Hegel donnant du tout positif avec son successeur.
         En effet, l'histoire nous l'apprend, aucune nouvelle démocratie ne peut naître sans articulation à une ancienne. C'est tout le mal qu'on souhaite à notre pays en ce temps des voeux.
         Le président sortant, malgré ses valeurs affichées, n'a eu en vue à Carthage que son maintien en place, oubliant que la vraie démocratie est dans le combat pour les valeurs et dans l'alternance.
         Ainsi s'est-il accommodé de l'arsenal juridique de la dictature, n'osant même pas abolir les lois scélérates ; de même a-t-il appuyé un gouvernement à l'économie ultralibérale et à l'esprit moralisateur et liberticide. Il poussa aussi le zèle antidémocratique jusqu'à publier un livre noir qui ajouta à la noirceur de Carthage du temps de la troïka.
Politique à l'antique
         Durant les années Marzouki, la présidence a manqué la révolution mentale dont elle avait besoin. Car pour faire l'économie d'une réplique révolutionnaire couvant dans certaines têtes, la Tunisie a besoin d'une nouvelle façon de faire la politique qui ne soit plus celle d'antan, une politique à l'antique où l'on se contente de simuler le renard et dissimuler les faiblesses en jouant au lion.
         C'est d'une ambition pour la Tunisie qu'a manqué Moncef Marzouki qui n'a eu en vue que le service de sa propre ambition. Celle pour la Tunisie consiste en la mise sur pied d'une démocratie concrète, où le pouvoir est décentralisé réellement, où le peuple est encore plus libre pour se sentir réellement digne.
         Outre le maintien  des lois liberticides de l'ancien régime, le militant qui est entré à Carthage en décembre 2011 n'a pas osé libérer leurs victimes, comme celles des lois pour consommation de cannabis, pas plus dangereux que la cigarette, ou pour homosexualité dont l'incrimination viole la lettre et l'esprit de l'islam.
         Il n'a pas su non plus lever toutes les réserves aux conventions internationales contre les discriminations, telle la Cedaw, ou adopter celles qui ne l'ont pas été. Ainsi, il n'a même pas fait au moins autant que son actuel successeur quand il était Premier ministre.
Présidence Castafiore
         En quittant Carthage, la réputation de M. Marzouki en tant qu'ancien militant des droits de l'Homme est donc au nadir. Cela tient surtout à son manichéisme et à l'illusion entretenue pour tromper son auditoire sur une prétendue symbiose entre l'islam et la démocratie à laquelle il n'a nullement travaillé.
         Sa présence à Carthage fut une présidence Castafiore. On sait que dans la bande dessinée Tintin du Belge Hergé, le personnage de la Castafiore est celui d'une cantatrice de renommée internationale dont la caractéristique majeure est d'avoir une voix puissante qui fait fuir tous ses amis, son art vocal leur échappant. Tintin, qu'elle propose de prendre en auto-stop dans l'un des épisodes de ses aventures, préfère continuer à pied son long chemin que d'avoir à subir sa voix.
         C'est ce qu'a fait le peuple tunisien en préférant un vieux sage à un jeune lunatique, la Tunisie se comportant comme le fidèle compagnon de Tintin, le capitaine Haddock, sur lequel la cantatrice a pourtant jeté son dévolu. Comme ce capitaine, la Tunisie mature a démontré avoir une aversion pour le type d'air d'opéra de son ex-président qui n'est que Castafiole ou Castapippe.
         Marzouki a été la parfaite incarnation de cette représentante caricaturale du bel canto, inspirée d'une véritable soprano américaine chantant faux, tellement ses années de présidence de Marzouki ont été faite de convictions fausses, d'annonces tonitruantes sans contenu réel et d'une agitation politique castratrice pour les valeurs.
         Avec la présidence Marzouki, c'est un volume inédit de Tintin à Carthage qui se referme ; et c'est par une seule interjection que l'histoire résumera assurément son bilan en matière des droits de l'Homme, pourtant son titre de gloire en entrant au palais : tintin !
         Un seul exemple suffit ici à démontrer la vacuité de ce bilan, l'abolition de la peine de mort supposée être une cause éminente pour M. Marzouki et son parti. Elle n'a pas été défendue, même quand on a été si proche de l'inscrire dans la constitution, la moitié des membres du parti du président votant contre l'abolition.
         Outre cette cause éminente, Moncef Marzouki ne fit rien pour imposer ses vues économiques supposées sociales, acceptant celles libérales de ses partenaires, mettant au rancart ses slogans de réforme agraire, de révision du système fiscal ou d'audit de la dette.
         La présidence de M. Marzouki a été marquée par un alignement aveugle sur les vues du parti Nahdha au point de se retrouver hors-jeu quand le parti islamiste, par réalisme, a éprouvé enfin le besoin d'évoluer. C'est donc en roi nu qu'il quitte le pouvoir qui aura constitué finalement le coeur de cible de son combat.
         À Carthage, il a sinon retrouvé sa vraie nature, du moins mué, transformé par les délices des hautes sphères de l’autorité, passant du militant supposé des valeurs en ce scribe d'une tour d'ivoire s'autocélébrant.
Vacuité des valeurs
         En une Tunisie où l'esprit populaire est frondeur, porté à la contradiction, ce ne sont que les institutions crédibles en mesure de donner une réalité à cet esprit qui manquent.
         Or, le postulat de départ de M. Marzouki a été totalement erroné, estimant la société tunisienne pas assez prête à la démocratie pour cause de conservatisme. Une telle distance avec la réalité, pour ne pas dire déphasage avec la vérité, est apparu sous son vrai jour chez le président lors de sa campagne électorale, parlant d'urgence éthique de la démocratie tout en n'hésitant pas à la violer, se retrouvant bien loin de cette esthétique consubstantielle aujourd'hui à l'éthique.
         Chez lui, il y avait bien plus que cette déconnexion d'avec le peuple dont il prétendait être l'enfant. Il y avait aussi ce qui caractérise tous les nouveaux bien-pensants, un conformisme logique qui a été la loi d'airain de la politique de Marzouki durant ses trois années à Carthage.
         Que ce soit sur Jabeur Majeri, Amina ou Weld 15, pour ne citer que les cas les plus célèbres, sans parler des exactions et des tortures reprenant de plus belle dans les commissariats et les prisons, outre l'usage disproportionné de la violence par les forces de l'ordre, il n'a jamais dit mot, donnant l'impression d'être sur une autre planète, alors qu'il était au cœur des événements.
         Expliquant la longévité des dictatures arabes, M. Marzouki cite dans l'un de ses livres, à juste titre, certains facteurs externes, évoquant l'instrumentalisation par elles de la cause palestinienne. C'est de bonne guerre de le rappeler, mais qu'a-t-il fait durant trois ans pour se distinguer sur ce chapitre du conformisme dogmatique de son partenaire et chercher à imposer un discours honnête et sérieux sur cette question? Bourguiba l'avait fait depuis si longtemps, pourtant !
         Sous Marzouki, la diplomatie tunisienne a été sans sens ni âme, une bien triste marque de fabrique, alors que les diplomates de talent ne manquent pas dans le pays. Et le président qui a des compétences avérées en la matière en assume la plus grosse responsabilité. À l'exception du dossier syrien — où il est allé, en plus, à contre-sens des intérêts du pays —, il n'a pas fait montre de dynamisme, n'ayant jamais eu le courage d'oser aller au-delà de l'utopie et innover en matière de politique extérieure.
         S'agissant du registre de l'islam politique où il était attendu par ses anciens compagnons militants des droits de l'Homme, M. Marzouki  a déçu son monde en s'alignant sur la conception antédiluvienne de son partenaire islamiste. Or, l'islam politique en Tunisie ne peut être celui que professait le parti Nahdha, avec lequel il est en train heureusement de prendre ses distances. Pourtant, jusqu'au bout, M. Marzouki s'y est identifié alors qu'il prétendait militer pour un islam de gouvernement en mesure de relever le défi démocratique.
         M. Marzouki, en tant que médecin qui fait des diagnostics et des pronostics, devait savoir que c'est par élimination souvent que l'on finit par poser le diagnostic. Pourquoi n'a-t-il pas procédé de la sorte avec son partenaire qu'il a continué à présenter comme modéré quand il était évident qu'il était loin de l'être, sinon en tant que façon de trompe-l'œil, ses actes et ses comportements prouvant qu'il agissait encore en douce pour un islam obscurantiste ?
         Il n'a ainsi pas reconnu les différences dans le domaine des mœurs ni abandonné l'antédiluvien crime de blasphème et d'atteinte au sacré. Il n'a pas osé criminaliser tout anathème pour athéisme — que la société civile seule imposa — et ne reconnut pas le droit à l'apostasie, pourtant bien établi en islam.
Oxymore à quatre pattes
         On suit difficilement M. Marzouki quand il parle de son action pour une conception démocratique de l'islam en Tunisie. Y a-t-on abrogé les lois liberticides ? Non ! A-t-on arrêté d'y recourir en s'abstenant de poursuivre des innocents pour avoir exercé librement leur droit à l'expression ou pour avoir assumé leurs mœurs ou affiché leurs préférences éthiques et morales différentes de l'ordre moral qu'on voulait imposer de force au pays? Que nenni ! Et du droit à l'impertinence, consubstantiel à la démocratie qui se respecte? Point !
         Durant sa campagne électorale qui a fini par le montrer sous son vrai jour, M. Marzouki a aggravé son bilan déjà par trop déficitaire en usant et en abusant de l'épouvantail du risque de la dictature à combattre, s'autorisant volontiers de verser dans le manichéisme tout en affichant dans le même temps les valeurs de l'humanisme.
         Avec de telles contradictions, Moncef Marzouki n'a été au final qu'un oxymore sur pattes,  l'oxymoron étant la figure de style qui résume le mieux notre époque postmoderne qui est, outre la réunion de mots en apparence contradictoire, celle aussi du zéroïsme de sens.
         Avec le président sortant, durant les trois années de sa présidence, on n'a pas fini d'entendre un son de cloche et son contraire, au point de se demander s'il ne faisait pas, lui qui aime montrer sa connaissance de l'arabe, une fixation sur ces mots au sens contraire dont notre langue est riche. Une telle particularité qui relève de la richesse rhétorique de la langue arabe n'est toutefois en politique que jonglerie et duplicité.
       Durant sa campagne, M. Marzouki a assuré se retirer de la vie politique s'il devait échouer; et l'échec consommé, on l'a vu aussitôt caresser le fol espoir de lancer un nouveau mouvement, espérant subtiliser leurs troupes à ses soutiens de la présidentielle.
       Cela met bien en exergue les aspérités du personnage, les contradictions de sa personnalité et ses incantations de valeurs réduites à de simples slogans creux. Ce qui ne fait que rappeler le sens étymologique de l'oxymore qui signifie ce dont l'absurdité est flagrante.


Publié sur Leaders