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mercredi 17 septembre 2014

Le génie de l'islam 7

Un islam du troisième type



L'islam en Tunisie, et plus généralement au Maghreb, n'est pas l'islam prévalant en Orient. Ni hier ni surtout aujourd'hui. Fortement marqué par un esprit rationaliste et spiritualiste, il a toujours aspiré à une originalité certaine, populaire et informelle souvent, car on a souvent essayé de gommer officiellement une telle spécificité.

Et comme elle est à forte teneur spirituelle, et donc soufie, l'oeuvre de Bourguiba en la matière n'a pas peu contribué à discréditer cet islam à la faveur de son esprit se voulant rationaliste et cartésien quand il n'était que dogmatique et cartésiste. Cela a profité, à la faveur de l'autoritarisme du régime bourguibiste, aux tenants de l'islam intégriste et souvent extrémiste. C'est ce qu'on voit aujourd'hui.

Or, de plus en plus de voix appellent à des retrouvailles avec l'islam tunisien, un islam de paix, d'amour et de libertés. C'est même un esprit islamique essentiellement libertaire et hédoniste qui n'est pas moins en stricte conformité avec l'éthique esthétique de l'islam, l'esthétique étant ici utilisée en son sens étymologique de sensible.

C'est un peu le sens de la démarche américaine lorsqu'elle a prôné une tenue en compte de la dimension islamique des sociétés arabes musulmanes, initiant l'alliance avec les islamistes qui a permis le Printemps arabe et qui n'est pas encore un printemps islamique.

Cette démarche est dénoncée désormais par certains au vu des excès que nous vivons de la part des plus extrémistes, et ce jusques et y compris au sein des cercles influents américains. Pourtant, une telle stratégie n'est pas à rejeter totalement; elle ne s'est trompée que sur la tactique employée.

En effet, la prise en compte de l'islam en politique est inévitable et était inéluctable, l'islam ayant son rôle à jouer sur la scène sociale en tant que composante incontournable du tissu sociologique et son emprise sur les esprits.

Toutefois, il ne s'agit pas de n'importe quel islam, mais de celui dont je parlais ci-dessus, un islam essentiellement soufi à réhabiliter. Il suffit de rappeler la figure tutélaire de l'islam en Tunisie que fut Junayd* et celle d'Ibn Arabi** au Maghreb pour dire à quel point l'islam peut être en phase avec les exigences de notre temps.

C'est donc un islam à la fois ancien et authentique que sui generis à redécouvrir, car même ceux qui se réclament d'une lecture modérée de l'islam n'en relèvent pas. En effet, un tel islam du troisième type est loin d'être modéré, il est révolutionnaire. C'est pour cela qu'on le rejette aussi bien du côté musulman que du côté occidental. Or, si l'islam doit avoir un avenir, il ne sera que soufi.***

Jugeons-en ! Cet islam est pour la consécration de l'apostasie comme parfaitement licite en islam. Il est aussi pour la reconnaissance de la liberté totale des moeurs dans le cadre d'une vie privée à sacraliser. Même la pratique originale ou minoritaire du sexe du sexe, comme l'homosexualité, y est admise. C'est que le sacré y est perçu autrement que comme un tabou, une nouvelle idole, mais d'abord et avant tout comme une sacralité morale. 

Voilà autant de spécificités qui expliquent bien pourquoi cet esprit islamique, qui est malgré tout le plus authentique, n'est pas près d'avoir les faveurs même chez les plus laïques de nos élites, car il suppose une révolution aussi bien mentale à laquelle ils ne sont pas prêts. C'est aussi bien évidemment une révolution juridique qui emporterait toutes les lois liberticides en vigueur dans les pays islamiques au nom d'un islam qu'elles violent.

Pourtant, une telle révolution est en cours dans les mentalités et le rôle des élites et d'en favoriser l'occurrence de façon qu'elle advienne plus vite et dans les meilleures conditions.  À la veille de la fête du sacrifice, voici un exemple de ce que serait cet islam rappelant cette vérité occultée, à savoir que la fête du sacrifice n'a rien à voir avec l'islam en dehors du pèlerinage, car elle est alors une célébration de la pratique d'Abraham sacrifiant son fils Isaac. C'est que l'islam, outre sa dimension de culte, est d'abord une culture, la foi n'y étant pas uniquement réduite au culte musulman mais aussi plénière, reconnaissant les autres Écritures sacrées consacrant l'unicité divine.   

NOTES :

* Junayd est considéré comme  ayant posé «les assises sur lesquelles furent bâtis les systèmes postérieurs du soufisme" (Encyclopédie de l'Islam, 2e édition). Avant même la fondation des tarîqa, il était désigné comme "Le seigneur des soufis", "Le maître des maîtres". C'est de son école et de sa lignée spirituelle que proviendront plus tard les confréries. Il est mort à Baghdad en 298 de l'hégire (911 de l'ère chrétienne). Pour plus de détails, voir : Enseignement spirituel, traités, lettres, oraisons et sentences, trad. R. Deladrière, Sindbad éd., Paris, 1983.
** Ibn Arabi est né en 560 de l'hégire (1163 de l'ère chrétienne) à Murcie, en Andalousie; mort en 638/1240 à Damas, il est considéré comme le plus grand maître soufi (al-sheikh al-akbar). Ibn Arabi n'a pas créé de tariqa, mais la profondeur de son enseignement métaphysique a exercé une immense influence sur les penseurs et mystiques venus après lui. Henry Corbin pense que son départ en Orient marque le début du déclin de l'islam. Auteur d'une oeuvre abondante que résume son grand texte : Fuçûç al-Hikam, partiellement traduit par Titus Burckhardt sous le titre : La Sagesse des Prophètes, Albin Michel éd., Paris, 1955, 1974. Voir aussi : Osman Yahia, Histoire et classification de l'oeuvre d'Ibn ul-'Arabi, Étude critique, 2 volumes, 1964, Institut Français de Damas éd. et aussi, du même auteur, Futûhât al-Makkiyah, d'après les critères scientifiques, 37 volumes, Le Caire. 
*** Voir, par exemple sur le soufisme : Eva de Vitray-Meyerovtch, Anthologie du soufisme, Spiritualités vivantes, Albin Michel, 1995.

Publié sur Contrepoints