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vendredi 4 avril 2014

Pour une pol-éthique 2

Dans l’intérêt de la démocratie, ce qui reste de la troïka doit quitter le pouvoir
 
Il ne suffit pas que la Tunisie soit dans une situation fort délicate sur le plan économique et social, il faut qu’elle le soit aussi sur le plan politique; et d'une manière fort malsaine aussi, du point de vue d'éthique politique.
De qui s’agit-il ? De cette comédie au sommet de l’État faisant des présidents de la République et de l’Assemblée du peuple des citoyens au-dessus du commun des mortels. On se croyait, pourtant, en train de fonder une démocratie où le peuple est le souverain, et où tous les citoyens sont égaux ! Et de cela, ce sont bien les plus illustres responsables du pays qui sont comptables, en donnant l'exemple. Or il n'en est rien.
De plus, on sait qu'une des règles de base de toute démocratie qui se respecte est que tous les possibles candidats à un poste politique bénéficient d'un même traitement excluant que d'aucuns soient avantagés par rapport à d'autres. Et ce n’est pas le cas.
En effet, même s’ils s’en défendent, MM. Marzouki et Ben Jaafar sont en mesure, aujourd’hui, de profiter de leurs fonctions pour mener en douce une campagne avant tous leurs futurs adversaires. C’est non seulement illégal, mais immoral. Ils ont évidemment beau jeu de dire qu'ils ne savent pas s'ils vont se porter candidats aux futures élections, mais il ne s'agit là que d'entourloupe pour benêts. Ce que les Tunisiens ne sont pas; et le croire, c'est l'être.
Certes, l’un des deux intéressés assure être tout à fait prêt à démissionner si l’autre le fait aussi; justement, l’autre, le président Marzouki, ne le fera pas. Que prétexte-t-il ? Son devoir d'éviter la vacance du pouvoir ! Quelle belle excuse pour cacher une dévorante ambition d'occuper indéfiniment Carthage où il se plaît à jouer un refrain bien connu, attribué à un général de triste mémoire, ayant été le bourreau de la Commune de Paris : J’y suis, j’y reste.
En l'occurrence, il ne s’agit même pas d'une feuille de vigne, puisque nos rois républicains sont nus depuis bien longtemps. Leur guignolesque comédie ne fait même plus rire le bon peuple. Car un tel argument est d’une prétention abyssale, laissant supposer qu’en dehors de nos actuels responsables il n’est que des irresponsables incapables de les remplacer. Comme si la Tunisie manque d'hommes et de femmes d'État, compétents et neutres, en mesure de remplacer avantageusement nos actuels responsables ! Il reste à savoir qui est, en la matière, un vrai responsable et qui est irresponsable. 
Une telle attitude de la part des deux plus hauts responsables de l'État est une insulte à la démocratie et à l’intelligence des Tunisiens; aussi ne peut-elle continuer. Le dialogue national doit donc faire une priorité de la question de l’extension du principe des compétences aux deux têtes restantes de l’État.
En effet, il est actuellement la seule institution légitime au pays, où la légitimité consensuelle a remplacé une légitimité électorale saturée depuis longtemps. Il doit, par conséquent, achever l'œuvre commencée, car la troïka, aujourd'hui encore, continue de gouverner à travers le président de l'Assemblée et, surtout, du président de la République. Il y va de la crédibilité des parrains du dialogue et de toute la classe politique tunisienne.
Il faut savoir, en effet, si on s’affaire vraiment à fonder une démocratie véritable en Tunisie ou si, au prétexte que certaines formes caricaturales existent en Occident, on ne fait que jouer à un opéra bouffe de la politique. C'est l'avenir de tout le pays qui est en cause. Cela se vérifie chaque jour sur le terrain, le peuple en a assez de la comédie du pouvoir qu'on lui joue; bien trop mal même pour espérer le moindre satisfecit, y compris de pure complaisance. 
Publié sur Leaders