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ISLAM POSTMODERNE








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samedi 15 mars 2014

Une centralité souterraine 4

Rappel d'amères vérités avant une probable réplique révolutionnaire


Il est des circonstances et moments où se taire est le pire crime, le silence étant alors non seulement complice, mais aussi coupable que le forfait. C'est pour éviter ce que les grands partis cuisinent en douce, un véritable forfait pour l'essence même de la Révolution, que je lance ce crime d'alarme.

Élites déconsidérées, mais une active société civile

Toutefois, y a-t-il eu révolution pour nos élites ? À lire les propos ahurissants de celui que la politique éloigne du b.a.-ba du savoir universitaire, le plus proche conseiller du président de la République, on mesure à quel point nos élites sont désormais coupées du peuple. Elles ne sont intéressées que par le pouvoir, oubliant que le vrai pouvoir est désormais le peuple, ou si l'on préfère les foules. Or, on est à l'âge des masses et elles se chargeront de le rappeler aux oublieux le moment venu. Qu'ils y prennent garde !
C'est la société civile qui permet justement de dire ce qui précède, donnant à la fois la mesure de la gravité de la situation et de la possibilité d'éviter encore le pire. Notre société civile est la mieux placée aujourd'hui pour incarner le pouvoir du peuple, car elle n'en est pas coupée. Aux politiques donc de faire montre de plus d'humilité en lui donnant davantage de pouvoir, en la substituant aux partis déconsidérés, tout comme leurs chefs imbus de leurs ego. Qu'on organise au plus vite des assises de la société civile et qu'on envisage de leur transférer en toute légalité le pouvoir local sinon régional ! Sinon, le peuple finira certainement par le leur donner dans les pires conditions.

Révolution continue dans les esprits

Il ne faut pas se tromper; il suffit d'être à l'écoute du peuple et aller le voir survivre à peine dans les localités les plus déshéritées : une réplique de la révolution couve; ce sera un second coup du peuple qui emportera les soi-disant élites actuelles qui ont prouvé leur nombrilisme.
Le parti islamiste a échoué et il n'a quitté en apparence le pouvoir que pour assurer un retour, doté d'une nouvelle légitimité, pour imposer une lecture toujours obscurantiste de l'islam, même s'il en atténue les aspérités. Usant d'un langage double, il ne fait que de la rhétorique politique, d'autant que la langue arabe le permet à merveille, donnant au même mot le sens et son contraire.
Or, le peuple ne veut plus ni de langue de bois ni de langue fourchue. Il a faim de sincérité, de parole de vérité, d'une voix qui soit juste sur une voie de justice pour tous. Que l'on regarde donc notre paysage politique, juridique et même intellectuel ! L'assemblée abrite les meilleures comédies d'opéra bouffe digne des pires dictatures, le comique le disputant au tragique grâce au vernis révolutionnaire dont les faux apôtres tiennent à se draper. Mais la femme de César peut-elle donner ce qu'elle n'a pas?
C'est d'autant plus scandaleux que l'arsenal répressif de la dictature est toujours en vigueur en contradiction violente avec les droits et libertés arrachées dans la constitution par le dynamisme de notre société civile, et qu'on tient à laisser lettre morte. Que dire aussi de nos intellectuels qui ne savent pas être organiques et qui, s'ils ne singent pas un Occident en déclin, rêvent d'un Orient mythique, faisant totale obscurité des lumières d'une brillante civilisation islamique ?
Si notre bienpensance occidentalisée dénonce avec raison l'obscurantisme et les dérives d'une pensée islamiste déconnectée des réalités, elle ne fait pas moins montre d'un dogmatisme aussi pernicieux dans le sens opposé. La voilà qui rallie aujourd'hui ce qu'on présente comme la seule alternative au conservatisme politique, le parti de M. Caïd Essebsi qui n'est pas moins conservateur. Demandons-lui ce qu'il pense des lois liberticides punissant à tort des faits de société et des mœurs, et ce juste au nom de leur hétérodoxie et d'une supposée tradition sociale dont ils dénoncent les aspects politiques, mais taisent — ce qui est bien plus grave — les manifestations juridiques répressives.    

Réinvention nécessaire de la démocratie  

Aujourd’hui, il est beaucoup de gens qui ne veulent pas d’une vraie démocratie en Tunisie au prétexte que l’islam n’est pas démocratique. C’est faux, car l'islam a été une démocrate dès le début; ce sont des musulmans autoritaires, servant leurs intérêts égoïstes, qui en ont altéré le message; et ils veulent continuer aujourd’hui. Même le parti supposé islamiste se rallie à cette conception autoritaire de l'État pour imposer ses vues heurtant l'islam authentique, tolérant au point d'être libertaire. Ceux qui se présentent comme des islamistes modérés ne le sont en rien, cachant une intention maligne, ennemie des libertés, se référant bien plus à une tradition judéo-chrétienne qu'à l'islam.
Celle-ci, rejetée désormais par les siens à la faveur de la démocratie, s'était infiltrée en islam, et c'est elle qu'ils honorent, faisant par exemple des musulmanes des nonnes et des musulmans les adeptes de la violence et de la haine. Au-delà d'un discours lénifiant qui ne trompe plus personne, ils altèrent le message véritable de l’islam qui n'est ainsi plus de paix et d'amour, mais un rejet d'autrui, pure cruauté. De fait, ils l'assimilent au message d’autres religions qu'il est pourtant venu rectifier, message caricaturé par les zélotes de ces religions aussi avides du pouvoir terrestre qu'eux au point qu'ils ne veulent plus lâcher les commandes d'un État asservi à des visées manichéennes.
Le combat à mener aujourd'hui en Tunisie est entre un islam officiel liberticide et antidémocratique et un islam populaire véritable et même libertaire. C’est l’intention qui compte en islam; or, pour nombre de nos islamistes, c’est l’apparence dont ils font une idole.
La véritable urgence aujourd'hui consiste à délaisser ces questions métaphysiques qui n'intéressent pas le peuple et faire en sorte de le ramener à la politique en délaissant la saugrenue idée d'élections législatives et présidentielle avant la fin de l'année. Ce sont des élections municipales et régionales qu'il faut en premier en Tunisie. Et c'est un mode électoral adapté aux réalités du pays qu'il faut, revitalisant la démocratie participative, directe et citoyenne, moyennant un scrutin uninominal doublé d'un contrat de mission s'imposant à l'élu qui rendra compte de son exécution, car l'élu doit rester au service de ses électeurs toujours aux aguets de ses agissements.

Retour obligatoire à l'esprit de l'islam

Ceci n'est qu'un rappel, le devoir de tout musulman étant de rappeler la vérité foulée aux pieds par ceux qui prétendent défendre l’islam, en faisant une religion obscurantiste, alors qu’il a été et restera d’abord une révolution mentale. Surtout lorsqu'on voit faire d'une belle foi bien plus qu’une marchandise, un vil commerce.
À tous mes contacts réguliers avec la Tunisie profonde, ce pays du bas dont on se soucie si peu ou alors en visites folkloriques politiquement instrumentées, j'entends le peuple se plaindre de ses gouvernants, tout en rappelant une fibre spirituelle n'est plus à démontrer, À ces élites, celles surtout qui parlent d'islam, j'ai eu souvent des jugements terribles que je traduis le plus fidèlement par ces  exhortations : Repentez-vous en étant véridiques, en donnant l’exemple du musulman qui est d’abord juste avec autrui s’il ne l’est pas avec lui-même. Abolissez les idoles que vous adorez en vous en lieu et place de notre Dieu Clément et Miséricordieux, car vous n’adorez ainsi que le Dieu de la Bible vindicatif, haineux et intolérant.
J'y rajouterais le produit de mes propres investigations, à savoir que nos islamistes prétendument modérés donnent le plus mauvais exemple de leur religion en se montrant injustes, usant de mensonge, qui est la parole du diable, se passant pour un ange, finissant par salir l'esprit démocratique d'une religion dont l'éthique y est conforme.
Mais la vérité ne dérange pas que les obscurantistes; elle n'est pas non plus en odeur de sainteté chez les démocrates dogmatiques. Il en est ainsi du fait que l’islam est le sceau des révélations, que ses préceptes sont éternels, valables en tous lieux et pour tout temps; ou celui que notre foi est à la fois une religion et une politique, gestion de la cité au meilleur.
C'est cette dernière vérité qui impose l'évidence que si le dogme en islam est intouchable, ce qui touche à la vie quotidienne des croyants relève de leur souverain intérêt, qu’ils sont libres de déterminer et d’adapter selon l’évolution des mœurs et de la raison humaine bien imparfaite par rapport à la sagesse divine. C’est pour cela qu’il est deux règles fondamentales en islam qu’on bafoue : la première tient compte des circonstances de la révélation; la seconde impose de ne jamais négliger les visées de la Loi religieuse. Or, chez nous, religieux et laïcs communient dans le rejet de cette vérité.

L'islam tunisien est dans ses visées

Ce ne sont pas que nos musulmans politiques qui n'en ont cure. Ainsi, pour prendre un exemple récent, on a vu les uns et les autres — même si ce fut à divers degrés — manquer de mettre le feu au pays pour une fausse question d'un prétendu voile islamique et qui ne l’est nullement puisqu’il est bien attesté dans d’autres cultures, faisant même l’objet de commandements dans la Bible, qui n’existent pas dans le Coran. Le voile, en islam, n'a été que la manifestation d’une adaptation aux mœurs dominantes, l’une de ses raisons ayant été qu’à l’époque, une femme libre se couvrait pour ne pas être prise pour une esclave.
En la matière, comme en d'autres, il nous faut revenir à la visée du texte coranique et du Hadith, jamais à la lettre seulement; car l’esprit du Coran est aussi sacré que sa lettre, et même bien plus. Sinon, nous serions amenés à rétablir l’ablation de la main et l’esclavage !
Le plus grave, c'est qu'il y a eu et il y a toujours une terrible confusion entre nudité et lubricité, pudeur et pruderie et ce de part et d'autre et non seulement du fait de nos politiques ayant des références islamiques explicites. C'est qu'on a affaire, en l'objet, à des cryptoreligieux profanes qui n'osent pas accepter que la nudité, pour la prendre en illustration, ne soit pas nécessairement choquante quand elle ne relève pas de la pornographie. Ils n'acceptent surtout pas ce que fit Amina à Paris, lors de la journée de la femme, c'est-à-dire qu'une nudité soit utilisée en instrument de combat. Or, un tel combat ne peut qu’être encouragé par une religion comme l’islam qui est d’abord une théologie de la liberté et de la libération. Il suffit de rappeler que l'islam toléra que le premier pèlerinage se fasse selon la tradition arabe du nu intégral. Il suffit aussi, pour le passé, de lire la Rihla d'Ibn Battûta pour voir à quel point l'islam populaire est libéré. Et pour le présent, il suffit de fréquenter notre peuple hédoniste et libertaire dans l'âme quand il est à son aise.
Ainsi, pour revenir au haut fait de la journée de la femme, il est aberrant que l’islam qui est venu libérer la femme et élever son statut soit utilisé pour la brimer et la rabaisser du fait que cela n’arrange pas les machistes — pas seulement religieux — au nom d'une mythique spécificité de la société. Ce faisant, ils violent et l’islam et notre culture, même s’ils parlent en leurs noms.
En effet, notre religion commande d'user de la raison et de ne pas se contenter de se reposer sur l’effort des anciens qui n’ont fait qu’user de la leur propre en leur temps bien différent du nôtre. Aujourd’hui, il est beaucoup de gens qui ne veulent pas d’une démocratie en Tunisie au prétexte que l’islam n’est pas démocratique. C’est faux; l’islam ayant été une démocrate dès le début; ce sont des musulmans autoritaires, servant leurs intérêts égoïstes, qui en ont altéré le message. Et ils veulent continuer aujourd’hui; mais le peuple tunisien ne se laissera plus faire !
Le combat en cours en Tunisie est donc entre un islam officiel liberticide et antidémocratique et un islam populaire véritable, libéré au point d'être libertaire. À nos élites démocrates de choisir et d'épouser tant qu'il est encore temps la cause du peuple si elles veulent être patriotes; le peuple, lui, a déjà choisi. C'est ce que révèle l'observation sociologique du pays où une centralité souterraine est active, risquant désormais l'éruption à tout moment.

Publié sur Leaders