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ISLAM POSTMODERNE








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lundi 16 décembre 2013

Vers la postdémocratie 1

Une recette miracle pour que M. Mehdi Jomaa réussisse 


Il fallait bien que l'échec des uns fût perçu comme le succès des autres; c'est une règle inévitable de la pratique politique à l'ancienne, plus que jamais en oeuvre chez nous. Car c'est au moment où un ordre ancien, quel qu'il soit bascule et entame sa chute, que l'on s'accroche aux vieilleries, profitant de l'intervalle séparant de l'arrivée d'un autre ordre, le paradigme nouveau.
Nahdha ne pouvait plus tergiverser; il lui fallait quitter le pouvoir après y avoir échoué à plate couture; elle devait toutefois sauver la face. De plus, il lui fallait un minimum d'assurance pour ne pas tout perdre, surtout ne pas devoir répondre des errements de trois années au pouvoir instrumenté à ses visées propres. Certes, elle tient toujours en réserve le credo démocratique et l'adhésion aux valeurs humanistes, mais elle n'en use qu'en dernier recours, sous la pression et en extrême urgence.
L'opposition la plus en vue ne pouvait pas ne pas accepter la sortie du parti majoritaire du pouvoir, même ainsi déguisée. Que l'on sache, le nouveau chef du gouvernement n'est pas membre du parti islamiste et n'est même pas un pratiquant religieux fervent. Certes, c'est risible pour un esprit démocratique d'en arriver à user d'un tel argument, mais il demeure fort significatif en un temps de confusion extrême des valeurs. Alors fallait-il faire montre de jusqu'au-boutisme? Assurément non, d'où la palinodie d'une abstention au choix final qui semble acceptation de la nouvelle donne, malgré tout et sauf surprise de dernière minute.
C'est qu'on attend — tout le pays attend — une véritable surprise de la part du nouvel élu. M. Mehdi Jomaa part en effet avec un a priori favorable, mais qui pourrait se retourner contre lui s'il ne veille pas à en user avec discernement. En l'occurrence, en un temps où, contrairement aux apparences, on veut croire encore aux miracles et on n'a que le choix de le faire; il est donc appelé à enchanter le pays. Or, il en a bien la capacité, les circonstances s'y prêtant à merveille. Je me permets de lui donner ici une recette miracle en trois points dont le bon sens, sinon la pertinence, se vérifie sur le terrain du point de vue d'une observation sociologique organique au long cours.
Rompre urgemment avec le conformisme et le dogmatisme ambiants
Plus que jamais, il nous faut de l'originalité dans notre action publique, non seulement en politique, mais aussi dans la gestion économique et sociale de ce pays. En bon gestionnaire qu'il est, le nouveau chef du gouvernement sait à quel point on ne peut manager une équipe non motivée; que dire d'un pays qui a perdu toute confiance en ses dirigeants, et qui doute de son avenir, en désespérant même. Pourtant, il suffirait d'un rien pour que cela change du tout au tout, car les réserves de vitalité sont intactes. Nous le verrons plus loin en abordant l'imaginaire du peuple.
Aussi, il nous faut rompre très vite avec le dogmatisme ambiant, ce conformisme logique supposant un seul langage à tenir — celui de la langue de bois — et une seule politique à appliquer — celle du libéralisme le plus sauvage. Il nous faut user, en lieu et place, de la sincérité à outrance, dire les choses telles qu'elles sont, les montrer sous leur vrai jour, quitte à choquer, quitte à provoquer; le peuple n'attend que cela pour retrouver une certaine confiance perdue en ses élites. Il nous faut aussi un modèle socio-économique dont le centre de décision se situe hors de la capitale et des agglomérations huppées du littoral, en se diffractant dans tout le pays, créant des centres à l'intérieur, y compris et surtout dans les zones les plus défavorisées.
Haro donc sur le discours bêtifiant et lénifiant à propos d'une démocratie vidée de tout contenu, du prestige de l'État qui est nul en l'absence de dignité reconnue au plus humble des citoyens, ou encore d'une souveraineté nationale désormais réduite à un simple slogan en un monde mondialisé et interdépendant !
Mettre l'imagination au pouvoir   
Il est temps que l'on réalise que notre pratique politique manque d'âme faute d'imagination au pouvoir. Que l'expérience de M. Jomaa dans le secteur privé lui serve utilement, lui qui connaît l'importance de l'éclair fulgurant d'une imagination novatrice et innovatrice.
Qu'il n'oublie surtout pas qu'il dispose dans le génie tunisien, cette essence résumant l'être profond de tout un peuple, du simple hère au plus doué de son élite, un trésor de savoir-faire acquis grâce à un talent indéniable d'adaptation, parfois même excessive, à toute situation.
Jusqu'ici, le Tunisien continue de s'adapter à de mauvaises conditions; qu'elles changent vers le meilleur, et on retrouvera le peuple prêt à étonner son monde ! M. Jomaa, ne doutez donc pas un instant de l'intelligence de ce peuple, jouez-en, mettez-la de votre côté, jouez même avec; on étonnera alors véritablement le monde, car la Tunisie est bien capable, non pas d'imiter les autres, mais de leur fournir un modèle de gouvernance politique sui generis. C'est même en cela qu'elle excelle.
Coller à l'imaginaire du peuple
Pour ce faire, il est impératif de tenir compte de l'imaginaire de notre peuple, humble, mais matois et malicieux, de cette malice badine qui est la santé de l'âme. Qu'est-ce à dire sinon de répondre à ses attentes? Quelles sont-elles? Si on essaye de les réunir rapidement et concrètement, quittant les sentiers battus des slogans creux, nous les réunirons en trois points à forte charge symbolique et pratique.
1 - L'horizontalité du pouvoir économique et politique avec une décentralisation accrue et de véritables pouvoirs reconnus aux régions et aux localités. On le voit, au plus fort de la crise, le peuple s'en sort; certes, très difficilement, mais il s'en sort en bricolant sa vie; d'où ce secteur économique informel qu'on dénonce et qui se révèle être une soupape de sécurité. C'est également et surtout grâce à des solidarités anciennes, traditionnelles, enracinées localement, qu'il arrive non seulement à s'en sortir, mais même à continuer à satisfaire son désir de profiter de la vie, servir une âme hédoniste quant au fond. Aussi faut-il passer dans l'urgence d'une démocratie représentative qui n'a plus de sens ­— et ce même en un Occident en pleine crise — vers une démocratie participative où la société civile aura un rôle majeur à jouer dans chaque localité. On l'a vu récemment avec le cas de Gabès; c'est le sens incontournable de l'histoire. Ce ne sont donc pas des élections nationales qu'il importe de réaliser au plus vite — et surtout pas au scrutin anonyme de liste —, mais bien des élections municipales au scrutin uninominal où chacun connaît personnellement son élu qui doit être continuellement comptable de son action devant ses électeurs par le biais d'instances de proximité dotées de pouvoirs et de compétences.
2. La dépollution du langage politique en traçant des lignes sûres d'orientation véritablement démocratique. Il faut d'urgence suspendre toutes les lois liberticides, y compris celles qui se prétendent fondées en termes religieux, une religion souvent mal interprétée, caricaturée et violée (je vise plus particulièrement ici les lois punissant l'incroyance, l'atteinte au sacré et à la liberté privée et de conscience). Pour cela, des signaux forts doivent être envoyés sans plus tarder à la société et au monde afin de ne pas laisser place au moindre doute; or, on sait à quel point celui-ci mine la plus sûre des volontés. Que le consensus soit donc obtenu pour insérer incontinent dans la constitution ces marqueurs incontestables de la modernité démocratique que sont : l'abolition de la peine de mort, la totale liberté de conscience en décriminalisant toute atteinte au sacré, qu'il soit en conviction ou du fait des mœurs, et en incriminant plutôt tout anathème pour incroyance ou athéisme. Ainsi et ainsi seulement aura-t-on plus de chances de susciter la confiance de part et d'autre sur les intentions des uns et des autres et d'ancrer la Tunisie dans une nouvelle modernité politique.
3. En un univers mondialisé où les souverainetés nationales n'ont plus de sens sans imbrication étroite dans l'interdépendance, la Tunisie ne saurait échapper à son ère géopolitique. Et celle-ci est forcément de dépendre de la sphère d'influence occidentale, sinon politique, du moins économique. Or, il serait illusoire, sinon criminel, de vouloir imposer à la Tunisie pauvre de relever du système capitaliste sans une compensation sérieuse aux nécessaires sacrifices sociaux, et ce par l'imbrication concomitante dans le système politique démocratique de l'Occident. La Tunisie est aux portes de l'Europe, elle en est même plus proche que les pays de l'Europe de l'Est, étant en quelque sort déjà économiquement et informellement membre de l'Europe. Toutefois, dans l'immédiat, cela n'a que des désavantages. Il faut donc que, de part et d'autre, on saute le pas : la Tunisie demandant son adhésion à l'Union européenne et celle-ci, comprenant enfin son intérêt stratégique sur le long terme, l'acceptant ou prenant l'initiative de le proposer. Dans cette attente, impérativement, notre pays doit innover diplomatiquement en réclamant la transformation du visa actuel obsolète et criminogène en visa biométrique de circulation, ne serait-ce que pour barrer la route aux extrémistes exploitant à fond la désespérance de notre jeunesse privée d'espoir du fait de la quasi-impossibilité pour elle de bouger, voir du monde et concrétiser en projets prometteurs les rêves dont sa tête déborde.
Voilà succinctement quelques mesures urgentes et d'envergure à prendre immédiatement ou de nature à alimenter une sérieuse réflexion; elles seraient autant d'électrochocs désormais nécessaires pour sortir de l'inertie morbide et mortifère qui caractérise aujourd'hui notre classe politique. Et c'est d'autant plus ravageur que le peuple, dans cet âge postmoderne qui est le sien, étant une ère des foules, des communions émotionnelles et des sens exacerbés, s'apprête à fêter l'anniversaire d'une révolution qui tarde à donner fruits. Car si le peuple a fait sa révolution, la classe politique tarde à faire la sienne; et celle-ci est mentale.
M. Mehdi Jomaa, c'est ce qu'attend le peuple de vous; enchantez-le en réenchantant la Tunisie et le monde; vous en êtes bien capable !
Publié sur Leaders