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mardi 10 décembre 2013

Fin et faim d'un paradigme 3

Comprendre les révolutions arabes


L'Assemblée nationale française vient de rendre public un important rapport sur les Révolutions arabes en conclusion des travaux d'une mission d'information constituée le 14 novembre 2012 par la Commission des affaires étrangères. Présidée par M. Jacques Myard, cette commission dont le rapporteur était M. Jean Glavany se composait de Mmes Sylvie Andrieux, Marie-Louise Fort et MM Jean-Louis Destans, Lionel Luca, Jean-Philippe Mallé et Michel Vauzelle.
Les travaux de la mission ont effectivement commencé il y a une année environ avec nombre d'auditions en France, mais aussi des visites sur le terrain, y compris en Tunisie. Elle a eu pour ambition de comprendre non seulement les tenants et aboutissants de ce qu'elle appelle révolutions arabes, de préférence au terme consacré de printemps arabe, mais aussi d'apprendre à mieux connaître les peuples, leurs situations politiques, économiques et sociales. La mission estime qu'il s'agit là d'un impératif catégorique de connaissance de l'autre préalable à toute tentative de conclusions hâtives sur des processus au long cours, bien loin d'être achevés.
La fin d'un cycle
Le rapport commence par mettre en garde contre toute erreur consistant à sous-estimer l'importance de ces mouvements véritablement en profondeur aussi bien pour la région elle-même que pour la France et l'Europe. Il insiste sur la conviction des membres de la mission que les convulsions dans les pays de la rive sud de la Méditerranée marquent la fin d'un cycle historique, celui de la "stabilité autoritaire" qui a montré spectaculairement son inanité. Et cette fin de cycle se vérifie surtout dans l'inadaptation de la culture occidentale, ses acquis et ses qualificatifs, pour considérer les processus révolutionnaires en cours.
Il appelle particulièrement à ne pas céder à l'indifférence que pourrait générer la confusion accompagnant le changement dans des pays qui sont les partenaires naturels, sinon obligés, de l'Europe. En effet, remarquant que le partenariat euro-méditerranéen doit faire l'objet d'un véritable consensus dynamique, créatif et mobilisateur, le rapporteur ne manque pas de déplorer que seuls les pays d'Europe du Sud en soient véritablement convaincus, tout autant que de la nécessité de tenir compte de la nouvelle réalité l'imposant.
Il déplore aussi que l'on continue de considérer les pays en pleine mutation avec des yeux obnubilés par la politique intérieure propre aux pays européens, et qui a le tort de ne voir dans les pays méditerranéens de la rive Sud que des pays posant problème en étant une source d'émigration, en plus de relever d'une altérité difficile à accepter.
Le rapport ne manque pas de brocarder le complexe inévitable de puissance coloniale chez nombre de politiques, les amenant à émettre des jugements définitifs et des conseils à caractère néo-colonialiste sur l'avenir de ces pays et leurs futures orientations. En l'occurrence, il cite l'exemple de la France dans son approche de ce qui se passe en Tunisie.  
Appelant à moins de manichéisme et plus d'humilité, la mission appelle aussi à se débarrasser de l'illusion de pouvoir manipuler les événements qui ont lieu dans ces pays ou à "tirer les ficelles au Maghreb", insistant sur la nécessité de trouver une politique extérieure du juste ajustement entre l'indifférence et l'ingérence.
Et elle ne manque pas de dénoncer les amalgames dans l'approche de l'islam, insistant sur l'inexistence d'un seul islam qui serait monolithique et cohérent et qui constituerait la fameuse menace islamiste. La mission rappelle, à juste titre, qu'il n'existe pas de chef unique en islam, puisqu'il y a "autant de chefs qu'il existe de mosquées et par conséquent, d'imams", et même "autant d'Islams que de musulmans". 
Des réalités nouvelles
Rappelant que les rives Sud et Est de la Méditerranée étaient figées par des décennies d’autoritarisme dans ce que d'aucuns croyaient une nature durable formant une exception humaine, la mission tente de comprendre les ressorts de la subite mise en mouvement de la région fin 2010 et tout au long de l’année 2011.
N'hésitant pas à les qualifier de bouleversements historiques sans précédent depuis la chute de l’empire ottoman, la mission tente d'en décrypter la logique et la dynamique d'évolution même si elle concède que, près de trois ans depuis le début des événements, les situations demeurent "très contrastées, très sinueuses et très conflictuelles au plan interne." Pour dresser son constat, elle s'intéresse plus particulièrement aux réalités nouvelles en Tunisie, Egypte la Libye.
C'est qu'après avoir tenté de replacer les évolutions dans leur contexte régional, et malgré la divergence des situations, il a semblé à la mission pouvoir conclure qu’un mouvement d’ensemble était bien perceptible, une sorte de nouveau «  réveil arabe » qui serait global, bien que connaissant des traductions différenciées selon les contextes et les réalités nationales. Aussi dresse-t-elle un premier bilan de ces nouvelles réalités en se basant sur les révolutions plutôt abouties, à savoir la tunisienne, l'égyptienne et la libyenne.
Pour cela, elle a pris comme critères, et en angles d’approche, les principales valeurs démocratiques universellement consacrées que sont : le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, la situation des femmes et le modèle de développement économique et social.
Malgré une diversité et une instabilité de trajectoires dans chacun des pays concernés, la mission note la présence sur le devant de la scène d’acteurs nouveaux pour la plupart, tels que les islamistes, les forces dites « libérales » et surtout les activistes de la société civile. Elle a été aussi frappée par une apparition concomitante de défis nouveaux, mais identiques à relever et qui concerneraient un nouveau « pacte national » à définir, la situation des femmes à clarifier et le système économique et social à préciser d'urgence.
Bien évidemment, la mission n'a pas manqué de souligner l'implication qu'a sur l’action extérieure de la France et de l’Union européenne un pareil contexte changeant sur la rive Sud de la Méditerranée. Elle prévoit en ce sens un certain nombre de pistes d’action et de recommandations générales avec la nécessité de faire de la Méditerranée une priorité et de défendre les principes et les valeurs avec efficacité et cohérence.
S'agissant de l'Europe, l'appel se fait pressant pour une mobilisation plus grande pour la Méditerranée et la prise en compte de la jeunesse dans le cadre du projet euro-méditerranéen. Il est regrettable toutefois que la mission ne soit pas allée plus loin en proposant des actions concrètes, bien que paraissant encore trop révolutionnaire, comme la création d'un espace de démocratie méditerranéenne liant davantage les démocraties entre elles, celles confirmées de la rive Nord et celles à stabiliser de la rive Sud.
L'exemple de la Tunisie
Dans sa première partie, le rapport tente de présenter et de comprendre le "réveil arabe", en passant en revue les différents pays ayant été touchés par l'étincelle de 2011, montrant la différence d'impact dans les pays arabes s'étalant du Golfe à l'océan.
Ainsi, il note que sans être à l'écart du mouvement, le Golfe est globalement peu touché par les bouleversements de 2011. Ses monarchies, mais aussi celles du Maroc et de la Jordanie, sont préservées grâce, notamment pour ces dernières, à un choix d'une réforme par le haut. Seul le Bahreïn a connu un grave soulèvement maté dans le sang dans l'indifférence générale, ainsi que la République du Yémen où a été négociée une transition politique demeurant bien fragile.
Le rapport aborde aussi la situation de ces cas manifestement à part que sont les territoires palestiniens — qui demeurent le bruit de fond de la scène politique arabe —, le Liban et l'Irak, et la Syrie où la contestation est réprimée dans un bain de sang. 
Enfin, en Algérie, il note que des troubles graves éclatent bien mais restent sans conséquences du fait manifestement d'un blocage social, s'ajoutant à celui du système, empêchant que la contestation ait du souffle.   
Dans sa deuxième partie, le rapport s'intéresse plus particulièrement aux trois pays où la révolution a réussi et tente de dresser un bilan provisoire.
Pour ce qui est de notre pays, la mission commence par rappeler les faits, notant ce qui suit sur le départ de Ben Ali : "Certains ont vu dans sa fuite une ruse – il aurait espéré revenir très vite, une fois le pays en proie au chaos –, d’autres le résultat d’une révolution de palais favorisée par l’armée, qui avait été marginalisée sous Ben Ali et qui a refusé de participer à la répression pendant les derniers jours du régime. C’est en tout cas dans le cadre des institutions et avec le concours d’une partie de l’élite dirigeante que le changement s’opère dans un premier temps."
Décrivant la situation actuelle, elle estime que l'expérience de la troïka est une expérience sans équivalent, tout en remarquant l'excessif poids de Nahdha sur ses partenaires. Ce qui rend long et semé de difficultés le chemin de la Tunisie vers la démocratie, l'expérience de la transition se poursuivant sur le fil du rasoir avec des incidents de plus en plus multiples et un malaise politique grandissant.
La mission ne manque pas de signaler la dégradation inquiétante de la situation sécuritaire, l'aggravation de la délinquance et de la criminalité ordinaires et la porosité des frontières comme source supplémentaire d'inquiétude grandissante avec le développement de trafics en tous genres (armes, drogues et biens de consommation en provenance ou à destination de l'Algérie et de la Libye). Et pour finir, les attentats terroristes, même si le territoire tunisien reste encore officiellement terre de prédication pour les mouvements terroristes.
Malgré pareille montée des périls, la mission se pose la question de savoir si la Tunisie ne reste pas un exemple potentiel, le modèle recherché pour les autres pays arabes en révolution. Et elle lui trouve pour cela bien des atouts dont :  l'absence de lourdes pertes ayant accompagné le déroulement de la révolution, la traditionnelle bonne administration de l'État, l'ampleur de la classe moyenne et surtout la taille et la vitalité de la société civile. Sans oublier le rôle majeur de la puissante centrale syndicale, qualifiée comme étant "l'un des principaux 'anticorps' contre toute dérive du processus de transition" et qui est, en plus, une force de stabilité essentielle dans le paysage politique tunisien.


Publié sur Leaders