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ISLAM POSTMODERNE








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vendredi 16 août 2013

Le sens de l'histoire 1

Sens pour une crise utile

Triste sort de l'Égypte :
Il suffit de nous voiler la face ! Le moment n'est plus aux discours lénifiants ou jusqu'au-boutistes, et la vérité s'impose. Aussi, la première à dire est que le sort de la Tunisie, qu'on le veuille ou non, ne relève pas uniquement de ses enfants. Les dramatiques événements du pays du Nil nous le rappellent à bon escient, au demeurant.
Hier, au début de leur révolution désormais confisquée, les révolutionnaires d'Égypte, ou ce qu'il en restait, ne cachaient pas qu'ils étaient inspirés par les Tunisiens et disaient vouloir faire aussi bien qu'eux sinon mieux. Est-il possible donc, aujourd'hui, aux révolutionnaires de Tunisie, ou ce qu'il en reste, de dire la même chose au moment où leur révolution risque de connaître le même sort que sa sœur nilotique ? Y a-t-il moyen d'actualiser cette révolution au lieu de l'enterrer ?
Le temps n'est plus aux tergiversations ni aux calculs partisans. Certes, il ne peut échapper aux arrière-pensées des uns et des autres, cherchant dans le maintien ou le retour au pouvoir la protection contre des lendemains que l'on assimile au pire, chacun à sa manière. Pourtant, pour peu que prime l'intérêt suprême du pays auquel on ne manque pas de se référer, nul parmi eux ne peut nier la nécessité d'agir et d'innover, donnant enfin pleine mesure à cet imaginaire qui nous travaille, faisant et défaisant nos actes les plus résolus.
Imaginaire populaire :
Qu'impose donc l'imaginaire populaire, puisqu'il s'agit de revenir à la légitimité du peuple, laquelle n'est pas nécessairement représentée par le formalisme réducteur de l'opération électorale ? Doit-on, en effet le rappeler ? En ces temps postmodernes, la légitimité populaire se manifeste désormais par une souveraineté permanente, de tout instant, du moment que la volonté du peuple est libre, librement et massivement exprimée.
Cet imaginaire est gros d'une exigence de dépassement du conformisme logique ambiant, invitant à puiser dans le réel que le dogmatisme fait irréalité, et ce quitte à aller au-delà de l'utopie pour le chercher; car le possible y est toujours présent pour qui a le courage de l'y quêter.
Le conformisme ambiant veut que la crise tunisienne soit une crise interne, alors que l'on sait qu'elle a, sinon des origines, du moins des implications étrangères. Aussi le vrai courage impose-t-il d'envisager la solution dans le cadre géostratégique auquel le pays ne saurait échapper.
Le conformisme suppose des solutions classiques, de technique politique sans effets ni immédiats utiles, pour insuffisance de temps, ni médiats satisfaisants; or, la situation nécessite des mesures ayant un impact psychologique choc, faisant appel à la symbolique tout autant qu'à la raison, mais une raison qui soit sensible, puisant dans la connaissance ordinaire de la sagesse avérée du peuple.
Interdépendance des démocraties :
Cette raison et cette connaissance nous disent que la révolution en Tunisie, la transformation censée être radicale de la pratique politique, du donné social et du comportement éthique, ne peut être préservée qu'à deux conditions précises. D'une part, que la démocratie projetée soit articulée à un système ayant fait ses preuves en la matière. Et d'autre part, que cela se fasse dans un espace évident de liberté permettant à un peuple, et sa jeunesse notamment, de se remettre à vivre alors qu'elle étouffe dans les frontières de ce qui est devenu une réserve, et forcément une cocotte explosive. Car l'absence d'espoir, la soif de vivre, fait de la mort, pour toute jeunesse, une ultime espérance.
La chance de la Tunisie — et qui est aussi un handicap si l'on ne sait en tirer profit — est sa position géographique. Elle lui ôte toute prétention à une politique véritablement souveraine si elle ne sait être subtilement en harmonie avec les considérations géostratégiques prévalant autour d'elle et s'imposant à sa destinée.
Il ne sert à rien donc de clamer une illusoire souveraineté nationale si celle-ci ne tient pas compte des impératifs politiques dans la région. Il est inutile, notamment, de prétendre mener une diplomatie indépendante tenant compte de considérations idéologiques si notre politique étrangère ne s'intègre pas harmonieusement dans le système diplomatique global régnant, non seulement en Méditerranée, mais aussi dans la sphère occidentale de laquelle la Tunisie ne saurait se détacher, son sort en relevant nolens volens. Ainsi en va-t-il de l'arabité ou de la maghrébinité du pays, relevant bien souvent de l'incantation que du pur réalisme.
Inlassablement, je m'évertue à répéter que la Tunisie pourrait faire réellement montre d'ingéniosité politique et d'indépendance diplomatique en poussant à l'extrême la logique de ses contraintes. Ainsi, d'une condition supposée contraire, elle pourrait faire une arme redoutable en termes politiques et économiques.
Espace de démocratie méditerranéenne :
S'agissant de son sort lié à l'Occident et à l'Europe, elle doit en faire, non pas un handicap, mais un atout, et ce en ne se contentant pas de ce qu'on lui propose, à savoir de faire partie de l'extérieur de la sphère occidentale. Je dis qu'elle est en droit d'exiger, non seulement pour son propre intérêt, mais aussi pour celui bien compris de ses voisins, d'intégrer cette sphère au nom de sa nouvelle démocratie dans le cadre d'un espace démocratique méditerranéen auquel elle pourra appeler, en faire même le cheval de bataille d'une diplomatie enfin innovante.
Il ne suffit pas — ainsi que le fait ici même un illustre ancien ministre des Affaires étrangères — de rappeler la nécessaire rengaine de la solidarité arabe et maghrébine ou la différence des fonds culturels en Tunisie et en Europe ou encore le contentieux palestinien pour évacuer à bon compte ce que je considère comme la solution incontournable de sortie de crise en Tunisie s'inscrivant tout simplement dans l'inéluctable sens de l'histoire.
Et d'abord, car contrairement aux mathématiques, la somme des nullités reste une nullité; ainsi prétendre ériger un espace démocratique entre pays maghrébins relève non pas de l'utopie mais de l'ineptie, car aucune tradition démocratique n'existe dans ces pays qui soit en mesure de tirer l'attelage vers la réussite. Or, une démocratie naissante — et je le répète volontiers — a besoin d'être articulée à un système ayant fait ses preuves pour réussir d'abord et ensuite agglutiner autour d'elles d'autres prétendants à la démocratie.
Ensuite, parce que les différences culturelles n'ont jamais empêché les rencontres ni les plus riches fécondations. De plus, le propre d'une démocratie est justement de dépasser ce qui éloigne pour cultiver ce qui rapproche.
Enfin, on sait pertinemment que le problème palestinien n'a de solution que dans le cadre d'avancées démocratiques de part et d'autre, devant se manifester du côté arabe par l'acceptation de l'altérité, y compris tel que l'avait déjà préconisé depuis si longtemps le président Bourguiba.
Aussi, ce serait bien dans le cadre d'un espace de démocratie méditerranéenne à inventer — et pourquoi pas francophone, en attendant, si la France voulait innover en politique étrangère et renouer avec l'esprit français d'antan ? — que le conflit de Palestine aura sa solution. Dans cette attente, pareil espace commençant avec la Tunisie permettra aux uns et aux autres de s'apprivoiser mieux culturellement tout en stabilisant une démocratie à peine née, qui est en train de s'asphyxier et qui ne pourrait que transformer, en réussissant, la scène du monde. La question est de savoir si l'on veut vraiment  cette issue !
Adhésion de la Tunisie à l'Europe :
On l'a compris, c'est autour de cet acte majeur auquel j'ai déjà appelé d'une demande par la Tunisie d'adhésion à l'Union européenne que s'articule ma proposition de sortie de la crise actuelle dans notre pays. Cette candidature devant forcément conduire à de longues négociations, la Tunisie aura aussi à appeler à la transformation immédiate du visa actuel demandé à ses ressortissants pour voyager en Europe en un visa biométrique de circulation. Il tombe sous le sens que pareille mesure, devant être mise en vigueur le plus rapidement possible, aura un impact psychologique éminent tout en demeurant aussi respectueuse des considérations sécuritaires liées à la pratique actuelle du visa.
Ceci est le volet international de ma proposition, son aspect le plus spectaculaire, constituant une mesure d'un ensemble que j'appellerais le sens 3 vers 5 (soit trois actions et cinq décisions), et qui est une sorte d'adaptation inversée à la politique du sens 5 vers 3 (ou 5' vers 3') connu en génétique moléculaire.
En effet, en biologie, on parle de sens 5 vers 3 (et plus exactement 5' vers 3') pour désigner la synthèse en acide nucléique par enzyme à partir de matrices d'ADN ou d'ARN. Or, pour sortir de la crise actuelle, une opération pareille de génétique moléculaire est désormais nécessaire en génie politique ; et j'use ici de cette dernière expression en termes neutres, comme on le ferait de celle de génie mécanique, sans exclure un certain clin d'œil à l'intention de nos élites.
Actualisation de la révolution :
C'est d'une matrice nouvelle du Coup du peuple tunisien qu'il s'agit, une actualisation de la révolution où la politique est appelée à être transfigurée grâce à la sublimation par les uns et les autres de leur égoïsme partisan et leur égotisme de carrière ou du prestige personnel. Seul l'intérêt du pays doit compter et il importe que ce soit celui de la majorité du peuple, sinon sa totalité.   
Et ce n'est nullement impossible si l'on se rappelle que l'académicien, philosophe et psychologue René Huyghe[1] disait que "les grandes inventions viennent à leur heure; elles demandent pour éclore d'être aidées par un climat favorable, par un appel... elles ne surgissent qu'en réponse à une attente". Or, l'attente est là et l'appel est lancinant. De plus, la force est bien en nous; il suffit d'en prendre conscience en se souvenant aussi de ce qu'affirmait, par exemple, André Gide de nous : "Tout Arabe, et si pauvre soit-il, contient un Aladdin près d'éclore et qu'il suffit que le sort touche : le voici roi."[2]
De plus, l'histoire humaine nous apprend que la pensée ne devient innovante qu'en situation de risque majeur; aussi, rien qu'à ce titre déjà, la crise actuelle que nous endurons pourrait n'être que bénéfique. Notons, d'ailleurs, qu'au sens étymologique, elle est synonyme de "crible", soit ce qui permet le passage au tamis des valeurs, éliminant celles qui sont obsolètes et qu'on s'obstine à croire toujours pertinentes.
En l'occurrence, la crise ne peut être que la phase décisive de l'évolution de notre société; ce qui pourrait être en mal comme en bien. Autrement dit, la grave rupture d'équilibre que nous vivons est de nature à tout moment de se résorber en se muant du déséquilibre actuel en des équilibres assumés par tous moyennant des concessions des uns et des autres dans l'intérêt général.   
Sens de l'histoire :
Par conséquent, à mon avis, pour que le changement inéluctable se fasse en bien, la sortie de la crise actuelle pourrait prendre, en mesures politiques, le sens 3 vers 5 qui suit :

1 - La composition d'un gouvernement de compétences indépendantes de toute affiliation partisane; car n'en déplaise au parti islamiste et à ses affidés, c'est incontournable dans la situation présente;
2 - la proclamation par tous les partis politiques d'une charte de bonne pratique politique, mettant hors la loi la violence, consacrant l'islam tunisien, dans sa tolérance avérée et son humanisme œcuménique, en valeur commune de référence, et s'engageant à l'action pour les libertés publiques et privées dans le cadre de l'État de droit, démocratique et pluraliste.
3 - la réactivation des travaux de l'Assemblée nationale Constituante avec pour mission limitativement définie de :
3.1 / suspendre toutes les lois liberticides héritées de l'ancien régime;
3.2 / déclarer solennellement les droits inaliénables du citoyen tunisien dans une charte (un modèle existe déjà sur mon blog auquel j'ai appelé au lendemain de la Révolution)[3] mettant en exergue son droit imprescriptible à la dignité moyennant une démocratie sereine et apaisée, conforme aux standards internationaux, et son droit à la libre circulation dans le cadre d'un espace à créer entre démocraties; 
3.3 / présenter officiellement la demande d'adhésion de la Tunisie à l'Union européenne; et dans cette attente exiger la transformation du visa actuel en visa biométrique de circulation en conformité avec le principe de libre circulation du citoyen tunisien, érigé en axe majeur de la diplomatie tunisienne;
3.4 / constituer une première commission de techniciens pour parachever la constitution et une seconde chargée de la rédaction du code électoral en vue d'organiser rapidement les futures élections;
3.5 / fixer une date limite pour la fin des travaux de l'Assemblée avec la suspension immédiate des traitements et surtout des indemnités aux députés (à l'exclusion éventuelle, selon les situations personnelles, d'une portion minimale nécessaire), les circonstances actuelles nécessitant que soit consacré et donné en exemple le service de la nation comme un honneur se passant de rétribution.      

Ce sens, qui n'est que la reproduction politique du phénomène biologique naturel précité, est bien évidemment fonction de la volonté des plus sages parmi nos élites actuelles; or nul ne doute désormais de l'importance du facteur volontaire pour toute guérison, surtout celles qu'on qualifie de miraculeuses où, plus qu'ailleurs, la volonté du malade de retrouver la santé demeure le principal agent.
Réquisits incontournables :
Pour ce faire, il nous faut cesser aux uns et aux autres de cultiver notre différence certaine en hostilité, en faire plutôt une aménité; car nos valeurs ancestrales sont foncièrement ouvertes à l'altérité, et c'est le message œcuménique de l'islam authentique. Certes, c'est difficile quand on est en butte à l'adversité, l'inimitié ne pouvant que rarement ne pas donner sa pareille. Mais triomphe-t-on avec gloire sans périls et sans adversité cruelle ?
Il nous faut sublimer nos divisions; et nos partenaires étrangers, logiquement si vigilants à leurs intérêts stratégiques, doivent aussi cesser aussi de jouer aux pyromanes. Mais, pour leur demander cela, pour les appeler à être enfin à la hauteur de leurs responsabilités propres, nous faut-il assumer les nôtres !
Et d'abord en veillant à ce que chacun muselle ses intégristes et ses excités pour appeler enfin à la parole juste et être en droit de demander qu'en face, les pays frères et amis cessent de garder les yeux fermés sur les réalités incontournables suivantes :
— Qu'une démocratie ne peut naître sans une certaine prospérité économique.
— Que la prospérité économique ne saurait prendre racine dans un environnement fermé.
— Que l'être humain, principal producteur des richesses, ne saurait vivre en vase clos et les créer; car il a besoin de circuler librement et sans entraves, tout autant que ses créations, les marchandises.
— Que la fermeture des frontières et une ineptie et a montré ses effets pervers et contre-productifs.
— Qu'il existe bien une alternative à la fermeture des frontières tout en respectant ses exigences sécuritaires, et ce par le système du visa biométrique de circulation.
— Qu'une nouvelle dictature ne saurait revenir en Tunisie sauf en créant un foyer de tensions permanentes, du fait que des forces irrésistibles, pouvant devenir quasiment chtoniennes ou infernales, ont été libérées par le Coup du peuple tunisien, et elles ne sauraient plus s'invaginer en se repliant sur elle-même comme une cavité en biologie. Or, seul un système de liberté dans un espace démocratique peut les canaliser, en faire des forces productives et non destructrices.
— Qu'une démocratie, même imparfaite en Tunisie, est le plus sûr moyen d'assurer la stabilité dans la région avec la création future d'un espace de paix et de prospérité.
— Que la démocratie en Tunisie ne saurait exclure les dimensions essentielles du peuple que sont sa composante populaire et sa composante religieuse qui doivent communier en une laïcité réinventée.
— Que la laïcité à créer en Tunisie est celle que donne son sens étymologique, à savoir la prise en compte de ce qui est commun aux plus larges masses, soit une spiritualité populaire qui n'a rien à voir avec l'esprit de religiosité intégriste, mais rien non plus avec la sécularité telle qu'exportée de certains pays étrangers, bien plus anticléricale que démocratique.
— Que l'islam est démocratique dans son essence par l'absence d'église et le rapport direct entre le croyant et son créateur; ce qui suppose la réouverture sans plus tarder de l'effort d'herméneutique et d'exégèse des textes sacrés qui a fait la civilisation islamique et qui doit se libérer de la dictature du texte littéral pour privilégier le recours à l'esprit éminent du texte sacré.     

Notes :


[1] Dialogue avec le visible, Flammarion, 1955, p. 13.
[2] Si le grain ne meurt, Gallimard, 1924, p. 597.