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mardi 30 juillet 2013

Tunisianité, volonté et volupté 9

Un modus non moriendi *


Quand les causes premières sont entachées d'excès, elles sont ipso facto déclassées en secondes. Or, j'entends ici emmener mes lecteurs loin du clapotis des causes secondes, comme disait Claudel, tout ce qui ne laisse pas entendre le bruit de fond du pays, clapotis dont se satisfont aujourd'hui nos élites au pouvoir et hors pouvoir, globalement éprises de leur docte ignorance quand elles ne sont pas imbues de leur personne, oubliant que le politique véritable est un homme ou une femme sans qualité, car il sait le prix des choses sans prix que seul un peuple humble juge à leur juste mesure.
En effet, lors des mutations d'envergure telle celle que nous avons la chance (malgré le malheur qui s'y attache inévitablement) de vivre, étant en cours en Tunisie avec le risque d'une mue instante et définitive en malchance, il est nécessaire de saisir les formes élémentaires des choses qui se donnent à voir, ce que le père de la sociologie moderne nommait les caractères essentiels d'une époque et qui sont ses empreintes indélébiles, immarcescibles.
Il ne s'agit plus de l'éclair inaugural que ce soit sous sa forme soufie bien connue chez nous ou selon le satori du bouddhisme zen ou encore l'intuition de tout grand intellectuel et scientifique. Il ne s'agit que de la sagesse populaire, de l'impression première toujours la bonne, de cette sagesse si banale du « comprendre » donnée à qui peut comprendre, le « Qui potest Capire capiat » des Latins ou « Al fhim Yfhem » des humbles de nos rues.  
Dans les événements que nous vivons présentement, il est évident que le parti majoritaire, mû par la peur du retour des avanies et persécutions passées, cherche à rester le plus longtemps au pouvoir, usant d'une légitimité politique usée jusqu'à la corde pour continuer à embrigader la société, ferrer les administrations, y placer partout ses militants.
On peut comprendre cette forme classique d'attachement au pouvoir, elle ne choque pas nécessairement sauf quand elle viole des principes essentiels. Or c'est le cas chez la frange majoritaire et dogmatique du parti islamiste, puisqu'elle emporte en sous-main l'instauration d'une dictature, pour le moins morale, aussi abjecte que l'autre, car dans les deux cas, c'est l'ordre transcendant qu'on impose, celui de la peur, outre le silence des cimetières.
Il est vrai qu'il existe aussi en face de ce parti majoritaire des intransigeants pareils à lui, dogmatiques bien que laïques ou des affairistes patentés versant tout aussi facilement dans le fascisme puisqu'ils n'ont en vue que leurs intérêts; et on sait à quel point la défense des égoïsmes peut être immorale et cruelle.
Certes, dans les deux camps, nous avons aussi affaire à de véritables démocrates; mais qui sait écouter la voix de la raison quand elle se perd dans le ramdam des excès venant de toutes parts et des surenchères finissant par donner au faux des allures de vérité, viciant les plus nobles intentions ?
Les uns et les autres ne réalisent-ils pas que, pour le mieux, ils n'agissent que sur la scène d'un petit théâtre de marionnettes, un guignol, quand ils ne sont pas que des ombres s'agitant sur le mur d'une grotte, des silhouettes qui, bien que sans ficelles, ne sont que le reflet de vrais acteurs invisibles ?
La Tunisie, du fait de sa position géostratégique, est une pièce majeure d'un puzzle dont elle n'est pas la maîtresse; au mieux, elle est l'abacule d'une mosaïque à laquelle elle a juste le loisir de donner le motif, la coloration.
Dans une réalité aussi complexe, les intérêts majeurs des puissances du jour ne laissent que la plus infime marge de manœuvre aux intérêts mineurs — même les plus légitimes — s'ils s'y opposent, l'intérêt général ou la conception que l'on s'en fait commandant toujours. Aussi, il ne suffit plus, comme le conseillait le poète, de feindre d'instiguer les événements qui nous dépassent. Bien mieux, en notre monde d'aujourd'hui, cette postmodernité qui n'est que la revanche des valeurs du Sud, il est tout à fait possible, non plus de feindre ni de subir l'événement, mais de le créer. Toutefois, il faut savoir l'insérer dans le cadre général des phénomènes subis, tenir un compte exact des circonstances d'ensemble; en un mot, suivre le courant, ne jamais chercher à le remonter — ce serait non seulement vain, mais suicidaire ! —, tout en gardant toujours la capacité d'initiative à la moindre occurrence qui se présente. Et on fait aussitôt montre de tout son talent à l'innovation. Alors, bonjour l'artiste !
Pareillement, en Tunisie, alors que les fascismes intérieurs et extérieurs menacent comme jamais, que les agents doubles et triples se multiplient, agissant les uns au nom ou au service des autres pour brouiller, non seulement les pistes, mais surtout les cerveaux, il est temps d'agir pour les plus sincères de nos politiques, les moins exaltés, étant les plus avisés de l'intérêt du pays et du peuple. 
Présentement, de la part des plus sages dans chaque camp, ce serait chercher si ce n’est un modus vivendi, du moins un modus non moriendi,* une sorte de compromis pour, sinon vivre ensemble, du moins ne pas mourir, ensemble ou séparément. Car, assurément, la perte d'un camp est inévitablement celle de l'autre, comme la victoire de l'un, avec les excès qu'elle a entraînés, a mis sur orbite pour un succès probable ses adversaires hier voués aux gémonies. Mais, dans les deux cas, ce ne sera que le drame et l'ignominie pour les plus sincères des deux camps, soit le sacrifice d'une occasion historique de faire de la Tunisie une démocratie véritable. Or, le peuple la mérite amplement et on l'envie de pareille chance au point de tout tenter, en nous opposant les uns aux autres, pour la faire échouer. Et la haine de l'autre, quel qu'il soit, ne donne qu'abominations et infamies.
Il est une capacité bien particulière au peuple tunisien qui est celle de son adaptation à toute situation, la meilleure comme la pire; il suffit que la situation s'installe dans la durée pour qu'il s'y laisse aller par une sorte d'idiosyncrasie le portant à accepter l'inévitable, cette sorte de fatalisme réaliste, une adaptabilité excessive. Cela rappelle le personnage de Leonard Zelig campé par Woody Allen au cinéma dans un de ses films les plus personnels. Homme caméléon, capable de toutes les transformations, physiques comme psychologiques au contact d'autres personnes, et ainsi de se fondre dans le décor, il lui suffisait d'être en contact avec quelqu'un ou quelque chose pour en épouser immédiatement les caractéristiques.
Mais si Allen dans son film sous forme de faux documentaire joue des films d'actualité pour simuler un destin factice, avec la faculté étonnante d'adaptation du Tunisien, c'est la fiction qui rejoint la réalité et devient matérialité. Ainsi en irait-il, du fait de cette adaptabilité outrancière, de la dictature en Tunisie qui, supposée définitivement abolie par le Coup du peuple, est restée dans les têtes et se prépare à revenir au galop. Aujourd'hui, elle tire profit du laisser-aller au désenchantement général à l'égard de la Révolution et ses acquis en termes de libertés foulées aux pieds, d'anathèmes lancés de part et d'autre indistinctement sur les uns et les autres.
On est à un moment de vérité; et si l'on n'y prend garde, le pire est demain arrivé en Tunisie, ne serait-ce que du fait de cette exacerbation de la faculté d'adaptation du Tunisien. Si on ne cherche pas à imposer le meilleur et y croire pour le faire advenir et surtout durer, quitte à sacrifier certains de ce qu'on pense, dur comme fer, relever de ses droits, pour y avoir droit sur le long terme, la Tunisie profonde pourrait ne plus arriver à accepter l'état actuel des choses bien que gros de belles promesses. Elle se laissera alors aller aux chants des sirènes l'attirant à sa perte, son talent d'adaptation nécessitant que la situation à laquelle elle doit s'adapter, cette démocratie rêvée, soit inscrite dans la durée.
C'est pourquoi, pour les combattants authentiques des libertés et des droits de l'Homme, il est nécessaire d'avoir de la foi en notre pays, la foi permettant d'agir pour les valeurs auxquels on croit et de réussir à les imposer afin d'arriver à les faire tenir quelque temps, ce laps de temps nécessaire à la faculté d'adaptation de la Tunisie de se déclencher. Alors, et alors seulement, on pourra considérer la bataille des libertés gagnée, et ce tant que durera la foi en sa durabilité. 
En Tunisie, les nuages n'ont jamais été aussi gros et menaçants dans le ciel politique, un ciel tombé sur la tête de certains et que d'autres ne sont pas loin de remuer par peur de finir sous terre, y envoyant en premier leurs ennemis ou supposés tels. Pour tous, ce n'est rien de moins que le retour de la dictature qu'ils n'annoncent plus, mais précipitent par une action irresponsable qui ne sert que les ennemis de la démocratie. Alors, redisons-le solennellement : faute d'un modus vivendi absolument nécessaire, pensons au moins à un modus non moriendi* qui est plus vital que jamais et pour tous.

* Compromis pour ne pas mourir.